D'après Alain-Marie Foy dans Le Vésinet, revue municipale, n°41, décembre 1977.

Les limites du Vésinet

Entre le 21 février et le 2 mars 1612, furent plantées onze "haultes bornes", pour fixer les limites est-nord-est, nord et nord-ouest des terres royales du Vésinet. Ces bornes étaient de pierre dure, de hauteur de trois pieds [environ 1 mètre] hors de terre. Elles portaient "les armoiries de Sa Majesté". Le procès-verbal de plantement des bornes qui fut dressé à cette occasion décrit l'opération en un manuscrit de dix-huit pages.

  • Les Limites avec le Seigneur de Chatou

L'emplacement exact des bornes n'est pas connu; on ne possède pas le plan de l'arpentage et du bornage. En lisant le procès-verbal, on peut tout au moins suivre le chemin qu'ont parcouru les personnes chargées de déterminer la place de chaque borne. Ce bornage est essentiel pour l'histoire de notre commune en effet, la frontière actuelle entre Chatou et Le Vésinet au nord du boulevard Carnot en résulte intégralement. Le 21 février 1612, donc, une délégation se transporte "en la garenne de Vésinet, en et au dedans du grand chemin qui conduit du port au Pec à Chatou" (l'actuel boulevard Carnot). Etaient présents le baron de Pallueau sieur de Frontenac, capitaine et gouverneur des châteaux, parc, forêts et grurie de Saint-Germain-en-Laye, Sainte-James et La Muette et maître particulier des eaux et forêts de Saint-Germain ; maître René Le Caron "son lieutenant desdites Capitaineries et maîtrise"; maître Michel le Grand, procureur du roi ; Jean de Lastre, greffier ; Jean Duremare et Jean Sadron, gardes ; le seigneur de Chatou, Thomas le Pilleur; maître Pierre Marie, procureur fiscal de Chatou ; Jean Painparé, greffier ; un certain Jean Bontemps ; et les deux mesureurs et arpenteurs jurés Michel le Saige et Sulpice Chevalier, qui planteront ce jour-là les deux premières bornes.

Borne aux armes de Henri IV (Musée)

Borne forestière portant les armes de Henri IV,
découverte dans la propriété de M. Derumaux, avenue Horace Vernet (1972).

Un mesurage complémentaire est effectué le 24 février, le seigneur de Chatou cédant à Sa Majesté "treize arpents quartier et demi de terre, sablon et superficie étant dessus", ce qui représentait une portion de la route de Saint-Germain. A cette occasion est aussi mesurée une "autre pièce de terre contenant vingt-deux arpents à la mesure du roi", cédée au roi et appartenant à un marchand et laboureur de Montesson et "assis sur le terroir de Chatou". Il pourrait bien s'agir de la partie du Vésinet délimitée aujourd'hui par l'avenue du Parc, le boulevard Carnot, le boulevard de la République.
Le bornage reprend le 27 février trois nouvelles bornes sont plantées. Voici la description de l'implantation de la cinquième: "aussi laissant la susdite borne à dos allant le long desdits bois de la trahison acquis par Sadite Majesté et les landes qui restent audit sieur de Chatou allant gagner le chemin qui conduit de Montesson au port au Pec
[actuelle route de Montesson] a été planté une autre borne de même pierre et hauteur que celles cy dessus, en laquelle est empreinte à un côté d'icelle les armoiries de Sadite Majesté regardant lesdits bois de la trahison, ladite borne distante de la susdite de trente perches [170 à 200 mètres].
Le 28 février, les sixième, septième et huitième bornes sont dressées. On peut estimer à bon droit que la huitième borne se trouvait à l'angle de l'avenue Pierre-Curie et de l'avenue des Pages. Mais pour les autres, on peut simplement faire des suppositions, sachant les distances (en perches) les séparant. La septième pourrait se situer à l'endroit où l'avenue des Pages s'infléchit pour épouser le tracé de la limite d'avec Chatou. La sixième, au fond d'une propriété du boulevard des Etats-Unis. La cinquième aussi, d'ailleurs.

  • Les limites avec le Seigneur de La Borde

Le 2 mars 1612, on plante les trois dernières bornes, destinées à marquer la séparation avec les terres du seigneur de la Borde, après l'acquisition que le roi en a fait d'une partie. On se transporte alors "sur le bord de la rivière de Seine, proche et attenant les bois et terres vendus à Sadite Majesté par ledit sieur de la Borde". Le point de départ du bornage doit se situer en bordure de Seine, dans le prolongement approximatif de notre chemin du Tour-des-Bois.
La neuvième borne est alors plantée, mais à treize perches et demie de la Seine (quatre-vingts mètres environ) "à cause du débordement des eaues"-. La dixième est placée sans doute non loin du carrefour actuel rue des Merlettes chemin du Tour-des-Bois. Quant à la onzième et dernière, tout laisse à penser qu'elle est dressée au carrefour Hoche / Tour-des-Bois / Curie / Limites [2] et qu'elle permet au tracé de la frontière de rejoindre la huitième borne.

C'est un exercice délicat mais passionnant que d'emboiter le pas -- à trois cent soixante-cinq ans de distance -- des "mesureurs et arpenteurs jurés". Les descriptions données par le procès-verbal de 1612 n'ont pas la précision souhaitable, d'autant que le plan d'arpentage nous fait défaut. Il reste bien des inconnues, notamment pour déterminer l'emplacement des quatre premières bornes.

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    Notes

    [1] Ce bornage fut probablement complété et peut-être renouvelé plusieurs fois. On connait l'arrêt du Conseil d'Etat du 5 avril 1751, qui ordonnait la fixation, la délimitation, et le bornage de la forêt du Vézinet. Le plan établi en 1780 par Main, premier arpenteur de la Maitrise des Eaux et Forêts de St-Germain, en dénombre 32 depuis la Seine en limite du Terroir de La Borde jusqu'à la Seine en limite du Terroir de Croissy.

    [2] En 2006, à la demande des riverains l'Allée des Limites fut renommée Allée des Limites des Chasses Royales.


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