D'après Le Ménestrel (1873-1891) et autres revues musicales — par JP Debeaupuis (SHV).

Bianca Donadio, prima donna modeste et distinguée

Bianca Donadio, 1877Ayant reçu comme beaucoup de jeunes filles de bonne famille, une excellente éducation musicale, Fanny Marie Gabrielle Dieudonné aurait sans doute réservé ses prouesses vocales aux salons de musique si son père, mort subitement à 61 ans, n'avait laissé sa famille dans une situation financière délicate.
Recommandée par Mme Peudefer, son professeur de chant, à Moritz Strakosch, directeur du Théâtre Italien de Paris, Blanche entre dans la troupe renommée de MM. Strakosch et Merelli. Après quelques mois de travail avec l'orchestre, elle débute dans La Sonnambula de Bellini, en décembre 1873. On lui a trouvé un pseudonyme qui évoque l'Italie : Bianca Donadio [1]. La critique est bienveillante et le public est conquis.

    Bianca Donadio, Florence, 1877

    C'est une intéressante jeune artiste, rappelant la Nilsson au physique et la Patti au vocal, —d'un peu loin, il est vrai— mais toutes distances gardées, il y a vraiment quelques reflets de ces deux rares météores sur la physionomie et les lèvres de la débutante. [...] Sa voix est pure, bien timbrée, et porte loin malgré son petit volume relatif. Parfois, elle vibre trop ; c'est la mode du jour. Sa phrase musicale est déjà bien dessinée, bien ponctuée et d'un bon sentiment. Mais les traits de bravoure, les ornements témoignent d'études encore incomplètes, ainsi que la pose de voix elle-même. Néanmoins, des bouquets sont tombés aux pieds de la nouvelle Amina. C'est que la voix sympathique de Mlle Donadio et son maintien modeste autant que distingué ont généralement plu et méritent de vrais encouragements. [2]

    ...elle a débuté aux Italiens, ce soir, connaissant à peine le théâtre, n'ayant jamais vu jouer la Sonnambula ! Plusieurs fois son inexpérience l'a trahie. Notamment à la fin du premier acte. Rappelée par toute la salle, le rideau s'est levé, elle s'est trouvée toute seule sur la scène. Voyant cela, vivement intimidée, elle a traversé le théâtre en courant, à la recherche de son ténor, qui a heureusement surgi de derrière un portant et lui a tendu la main pour saluer le public avec elle. Le public, tout en riant, a rassuré la débutante en lui lançant plusieurs fort jolis bouquets. [3]

Ferdinand Strakosch, frère de Moritz, impresario d'opéra, prend en main la carrière –prometteuse– de cette jeune débutante. Quelques mois à peine après ce premier succès, les voilà partis vers le Nouveau Monde. A la New York Academy of Music, avec l'orchestre Philharmonique, elle chante en concert les airs de Rosina du Barbier de Seville et ceux d'Elvire de Don Giovanni. Le public américain lui fait un triomphe.
Plutôt que le Théâtre Italien de Paris, qui ne va pas bien et fermera définitivement en 1878, Ferdinand Strakosch préfère décrocher pour la jeune diva, de fructueux contrats dans les "Théâtres Italiens" de toute l'Europe et au-delà. En 1876, elle sillonne le vieux continent de St-Petersbourg et Moscou, à Budapest, Prague, Berlin, Bruxelles, Londres dans les rôles titres de Lucia de Lamermoor, Dinorah ...
En 1877, Bianca affonte pour la première fois le public italien. C'est à Florence, pour la saison d'automne, avec entre autres les airs de Rosina d'il Barbiere, de la Sonnambula, de Mignon d'Ambroise Thomas, et l'Ophélie d'Hamlet du même compositeur, ouvrage dans lequel la nouvelle prima donna a fait sa réputation en Russie et en Allemagne. Elle reçoit un accueil enthousiaste ; la presse italienne fait observer que Mlle Donadio a été engagée à des conditions jusqu'ici inconnues en Italie, et la présente comme une cantatrice di primo cartello.
Turin, au début de 1879, lui réserve le même accueil :

THÉÂTRE VITTORIO-EMANUELE. — Le mardi 1er, de nouveau Mlle Donadio, dans le Barbiere di Siviglia. La soirée a été plus brillante que celle du 29. La salle était comble. Mlle Donadio (Dieudonné) s'est surpassée. Non seulement elle a chanté adorablement le bijou musical que chacun connaît, parfaite de distinction, elle a donné au personnage de Rosina tout le charme, toute l'élégance voulue. Sa physionomie reflète avec habileté les diverses situations de la pièce, et elle est tour à tour, et avec égal succès, gaie et sérieuse, maligne et tendre. Son triomphe a été grand, et les spectateurs enthousiasmés n'ont cessé de battre des mains avec frénésie.[4]

Le 28 septembre 1878, "Gabrielle-Marie-Fanny-Isabelle Dieudonné, dite Bianca Donadio, artiste lyrique", achète au Vésinet "une propriété de campagne, route du Village, n°11, consistant en un pavillon d'habitation construit au milieu du jardin, avec sous-sol, rez-de-chaussée, deux étages, réservoir, jardin, salle de billard ; le tout contenant mille sept cent soixante-deux mètres cinquante centimètres environ tient par devant à la route, au fond au chemin-de-fer, d'un côté à M. Demazure et d'autre côté à M. Monthulé. Ladite vente ainsi faite, moyennant le prix principal de trente et un mille francs."[5]
Elle y loge sa mère et sa soeur Valérie et vient elle-même s'y reposer entre ses tournées à St-Petersbourg et Moscou, Rome, Milan, Naples, Bologne...1880, Nice, Naples, Lisbonne, Porto, Venise, Florence, Bruxelles, Barcelone, Milan et Turin.

La presse locale ou nationale signale parfois cette vie discrète et paisible: ... Mlle Donadio, qui est bien la plus tranquille et la moins tapageuse de nos étoiles lyriques, continue à se reposer dans le plus grand calme sous les ombrages du Vésinet... [6].

Les représentations de la Donadio en France, tant à Paris qu'en province sont extrèmement rares depuis qu'elle a quitté le Théâtre Italien de Paris et cette rareté en garantit le succès. Lors de son passage au Théâtre Italien de Nice, en février 1880, la salle est comble et des ovations sans fin. Qu'on en juge par ce feu d'artifice du journal la Saison :

Quel gracieux et fin talent ! Quelle jolie voix fraîche et souple, étendue et vibrante, admirable dans le médium comme dans le registre élevé ! Quel sentiment exquis dans l'expression et quelle science du chant cachés sous la verve la plus étourdissante ! Le plaisir d'entendre la Donadio ne saurait être payé assez cher, et Méphisto rétracte ici toutes les réflexions méchantes que sa mauvaise humeur lui a inspirées plus haut. Il ne se souvient plus de rien que du talent exquis de la pupille de Bartholo, de la façon dont elle a dit tout son rôle et les variations de Proch dans la scène de la leçon de chant. Oh ! ces variations ! on les a bissées, trissées, saluées de vingt salves d'applaudissements ; on ne se lassait pas d'acclamer l'oeuvre et l'interprète. Quelle perfection dans les vocalises et les notes piquées! La Donadio a obtenu un de ces triomphes qui marquent dans la vie d'une artiste et nul doute que dans la Sonnambula, avec des partenaires capables de la mieux seconder, son merveilleux talent ne brille encore d'un nouvel éclat.[7]

Rendez-vous est pris pour l'année suivante...
La Donadio, enchaîne les représentations à Naples, Lisbonne, Porto, Venise, Florence, Bruxelles, Barcelone, Milan et Turin où on monte Hamlet et où elle reste jusqu'au début de 1881. Puis de nouvelles tournées triomphales la mènent à Gênes et Venise. Puis elle est de retour à Nice.

Le vieux théâtre est à son comble, le soir du 23 mars 1881. 

Au moment où les artistes allaient entrer en scène au Théâtre Italien où l'on jouait, pour les représentations de Mme Bianca Donadio, la Lucia di Lamermoor de Donizetti, une formidable explosion se fit entendre; immédiatement un violent incendie se déclara et les flammes envahirent la scène et la salle. En une heure le théâtre a brûlé complètement.
L'explosion s'est produite au moment de l'allumage des premiers portants dans la coulisse. On a fermé le compteur qui appartenait à la ville. Ce compteur est le seul pour la scène et pour la salle. L'obscurité s'est faite immédiatement. C'est en vain que les spectateurs, affolés, essayèrent de gagner les portes ; on s'entassait aux portes, on s'écrasait littéralement.
Le lustre éteint, la salle n'était plus éclairée que par les flammes de l'incendie; une fumée épaisse remplissait les couloirs. Nous renonçons à décrire les scènes épouvantables qui se sont passées dans ces quelques minutes, pendant lesquelles les plus vigoureux ont essayé de lutter contre la mort sans y parvenir.
Quand les secours sont arrivés, l'incendie avait fini son oeuvre de destruction. Il ne restait plus qu'à essayer d'arracher à leurs atroces souffrances les rares malheureux dont on entendait encore les cris déchirants. Au fur et à mesure, les cadavres étaient transportés dans la galerie supérieure de l'église Saint-François-de-Paule.
A dix heures, on était maître du feu. Les Compagnies de débarquement des navires mouillés en rade de Villefranche étaient arrivées avec les embarcations et les pompes de la marine. Immédiatement des prises d'eau ont été organisées directement sur la plage. Un aspirant de marine a été blessé au bras par un éclat de verre. Un autre a été blessé à la jambe. Tous les marins ont été admirables de courage et de dévouement, ainsi que les pompiers de la ville et les détachements du 111e de ligne.
A trois heures du matin, cinq voitures des pompes funèbres ont transporté les cadavres de l'église Saint François-de-Paule au château.
 [8]

On put identifier 59 des quelque 100 victimes, peut-être davantage, retrouvées dans les décombres. Parmi elles, plusieurs choristes et Cottoni, basse bouffe de la troupe italienne; il a succombé à l'asphyxie au moment où il allait atteindre la porte de sortie, après être descendu trois étages. M. Strakosch, a été blessé légèrement à la jambe; une simple foulure. Bianca Donadio a pu échapper au désastre. Elle s'est sauvée tout affolée de sa loge, où elle s'était trouvée tout à coup plongée dans l'obscurité la plus complète. Elle était déjà habillée pour entrer en scène.


Incendie du Théâtre italien de Nice, 23 mars 1881
Couverture de l'Univers illustré, n°1358, 2 avril 1881

Le Théâtre avait été construit bien avant l'annexion, en 1860 et pouvait contenir de six à huit cents spectateurs. A l'origine, le parterre était debout. Depuis trois ans on y avait mis des banquettes. A hauteur d'homme s'élevait un rang de loges découvertes, puis une galerie. Les fauteuils d'orchestre étaient piteux et le plancher rempli de trous. Cependant, des deux côtés des fauteuils d'orchestre, là où sont les strapontins, passaient deux couloirs où l'on se tenait généralement debout.
A l'entrée, devant le contrôle, s'ouvre une porte de trois mètres de large, puis de chaque côté deux petites portes d'un mètre. Dans les couloirs de dégagement, deux personnes étaient gênées pour passer de front. Quant à la galerie supérieure, elle rejoignait le palier du premier par un escalier plus étroit encore. C'est dans ce boyau que les malheureux furent piégés. "Les coulisses étaient telles que les artistes ne s'engageaient pas une seconde saison pour ce théâtre" peut-on lire dans le Gaulois. Les loges "ressemblaient à des trous à rats; pourtant, quelques-unes avaient des fenêtres du côté de la mer; c'est probablement par là que Mme Donadio a été sauvée".

Mais lo Spettacolo deve andare avanti. Dès le début avril, Mlle Donadio est au Théâtre Costanzi de Rome. Puis ce sera San Sébastian, Lisbonne, Gênes (où elle est applaudie par le maestro Verdi et par M. Gambetta).
Au début de 1884, un projet de contrat est près d'aboutir pour permettre aux parisiens de juger des progrès de la jeune débutante de 1873. Il y aura bientôt dix ans qu'elle ne s'est pas produite à Paris. Le Théâtre des Nations est pressenti. Mais les cachets habituels de la diva font reculer les directeurs parisiens. C'est finalement à Rome que la prima donna créera, en italien, Lakmé de Léo Delibes.

C'est à Mlle Donadio que revient l'honneur d'avoir la première rompu la glace. Très joliment arrangée dans son costume d'Indienne, elle chanta avec une grâce et un art exquis des strophes qui provoquèrent une première salve de bruyants applaudissements.
Le public demanda le maestro qui, avec ses habitudes françaises, aurait, peut-être, voulu se soustraire à l'obligation d'apparaître sur la scène, mais "paese che vai usanse che Irovi", Mlle Donadio alla le chercher dans la coulisse et le présenta aux spectateurs qui l'accueillirent avec de bruyantes démonstrations de sympathie.
A partir de ce moment, le succès alla en augmentant jusqu'à la fin de l'opéra qui se termina, le rideau baissé, par trois rappels. Il y en avait eu une quinzaine pendant le cours de la représentation.
[...] Si nous passons maintenant aux artistes, nommons tout d'abord en première ligne Mlle Donadio, qui a été charmante pendant tout l'opéra. Le rôle semble écrit pour sa voix et elle en a tiré des effets merveilleux. Aussi le public ne lui a pas ménagé les manifestations de son enthousiasme. Dans la légende du Paria, un morceau d'une difficulté énorme, elle a enlevé la salle.

Malgré des critiques unanimement élogieuses et un accueil frénétique de tous les publics amateurs de "théâtre italien", Ferdinand Strakosch ne parvient pas à concrétiser les projets de contrats parisiens que la presse évoque chaque année au moment du mercato. Immanquablement, Mlle Donadio quitte à l'automne sa villa du Vésinet pour les scènes lointaines où le public en redemande, pour des cachets inconnus à Paris (on a payé des loges jusqu'à 600 frs pour entendre la diva).
En juillet 1883, on apprend que Mlle Donadio a refusé un engagement aux Amériques de 600.000 frs pour pouvoir chanter à Paris, à l'occasion de la réouverture du Théâtre italien. La presse publie à cette occasion un portrait particulièrement élogieux, sous la plume de Fernand Strauss, directeur fondateur des Folies Bobino, assurément un inconditionnel de la diva !
Mais en septembre, on déchante. Bianca est repartie pour le théâtre Costanzi de Rome et sa rentrée à Paris reportée à avril 1884 ... En fait, elle n'y chantera plus jamais.

Le séjour estival au Vésinet, en 1884, se prolonge car les théâtres italiens sont fermés pour cause d'épidémie de choléra. La saison automnale est gâchée. Bianca délaisse alors la Compagnie Strakosch pour celle de Mapleson et embarque pour une tournée à Londres et Dublin avec un nouveau partenaire, le ténor suisse, Giuseppe Frapolli. Mais pour d'obscurs problèmes de droits d'auteurs, les représentations de Dublin sont annulées. Mlle Donadio et M. Frapolli trouvent ensemble un nouvel engagement à Monaco avec les Concerts Padeloup. Dans la troupe, un violoniste virtuose: Marsick. Partout le succès est au rendez-vous, à Rome puis à Berlin, encore avec Frapolli, où Bianca ajoute à son répertoire le rôle de Catherine de l'Etoile du Nord de Meyerbeer.
Au début de 1886, une curieuse rumeur, reprise dans plusieurs journaux parisiens, annonce que Mlle Donadio compte entrer au couvent.

Le bruit a couru, cette semaine, de l'entrée en religion de la célèbre cantatrice Bianca Donadio. Il serait vraiment dommage d'ensevelir dans un cloître tant de grâce et de talent. Nous croyons heureusement qu'il n'en sera rien, puisque la nouvelle nous parvient de ses nouveaux succès au Théâtre Regio, de Turin. On va même jusqu'à dire à présent que si Mlle Donadio prend un voile, ce ne sera pas celui de religieuse.
...
On a beaucoup parlé, ces derniers temps, de la prise de voile de Mlle Donadio. Il paraît que la charmante cantatrice s'est ravisée et que, voile pour voile, elle préfère décidément celui de mariée à tout autre. Il est fort question de sa très prochaine union avec un jeune ténor de la plus belle eau
.[9]

Le mariage est célébré à la mairie du Vésinet le 14 mai 1887, par Aimé Foucault. L'heureux élu est un ténor de nationalité helvétique, lui aussi spécialisé dans le Théâtre Italien, connu sous le nom de Giuseppe Frapolli. Les témoins du marié sont Ferdinand Strakosch, l'ancien impresario de Bianca et Mariano de Padilla, un autre grand artiste lyrique qui fut souvent le partenaire de Bianca. Cette dernière a pris comme témoins des voisins et amis, étrangers au monde du spectacle.
Les deux jeunes mariés (ils ont 41 et 38 ans) honoreront leurs contrats après la trève estivale. Puis ils disparaîtront de la scène à peu près en même temps.

Joseph Maxime Hercule Frapolli (1846-192?)
Né d'un père originaire du Tessin suisse (Joseph Antoine) et d'une mère espagnole d'Andalousie, Joseph a vu le jour le 29 mai 1846, à Oran en Afrique du Nord, où son père, connu comme sculpteur, exploitait des gisements de marbre. De retour en Espagne, la famille Frapolli a habité Malaga et Giuseppe a d'abord étudié l'architecture à l'Université de Séville avant d'aller étudier le chant à Côme, en Italie. Il a débuté dans La Juive de Halévy et Scribe (1872). Il a ensuite mené une carrière internationale de ténor mais il n'est guère mentionné dans la presse musicale que comme le partenaire des grandes prima donne de l'époque.
Il a plusieurs fois croisé la route de Bianca Donadio mais leur relation semble avoir pris corps durant la tournée britannique, avec la Troupe Magleson durant la saison 1884-1885, à Londres et Dublin. Elle s'est poursuivie à Monaco (1885-1886) aux Concerts Pasdeloup. Giuseppe Frapolli était alors marié et n'obtint le divorce qu'en janvier 1887, peu de temps avant d'épouser Bianca Donadio.

Au mois d'avril 1891, les gazettes reprennent la nouvelle lancée par presse italienne selon laquelle Bianca Donadio vient de se retirer, à Bologne, dans le cloître des Nonnes du Saint-Sacrement. Cette décision aurait pour origine un vœu prononcé alors que la chanteuse, menacée par les flammes, voyait sa dernière heure arriver. Le journal New-Yorkais The Sun rectifie et précise même qu'il s'agit du couvent Sainte-Anne, dans la via Merulana à Rome, où Bianca est devenue sœur Amina. Pour finir l'histoire sur une note romantique, le Sun raconte que les nombreux admirateurs de Signorina Donadio se ruent à l'église où les religieuses de Sainte-Anne chantent des hymnes et des cantiques, la voix enchanteresse se mêlant modestement à celles du chœur.[10]
La revue le Ménestrel, qui loua si souvent le talent de la prima donna, opposa un démenti net à cette issue mystique: "la signora Bianca Donadio-Frapolli, plus que jamais attachée au monde et en parfaite santé, jouit dans sa villa du Vésinet, près de Paris, au milieu de sa famille, du bien-être qu'elle a su acquérir par son inestimable talent".[11] Cette version est confirmée par les tables de recensement du Vésinet qui attestent que Joseph et Fanny Frapolli, rentiers, vécurent dans leur maison du 11, rue Thiers pendant (au moins) vingt-cinq ans [12, 13, 14].

Le mot de la fin sera de Maurice Strakosch (1825-1887) que l'on surnomma le Leverrier de nos étoiles lyriques : "Les cantatrices ont une gloire éclatante, mais il n'en demeure que le souvenir". C'était avant l'invention du gramophone, du disque en vinyl, du CD, du DVD, du .mp3...

    [1] On a parfois confondu avec elle, à ses débuts, Mlle Donadio-Fodor, autre artiste lyrique de l'opéra-comique et de l'opérette, de moindre renommée.

    [2] Le Ménestrel, 21 décembre 1873.

    [3] La Comédie, 21 décembre 1873.

    [4] Le Monde artiste, 1er décembre 1878.

    [5] Le Courrier de Versailles, 13 octobre 1878. La route du Village est devenue rue Thiers en 1878. C'est la rue Henri-Coppet depuis 1934.

    [6] Le Ménestrel, 14 septembre 1884.

    [7] Article de La Saison repris par le Ménestrel, 1er février 1880.

    [8] Univers illustré, n°1358, 2 avril 1881 ; Le Gaulois, 29 mars 1881.

    [9] Le Gaulois, 16 mai 1887.

    [10] Sainte Cécile, Journal de musique, 23 mai 1891; The Sun, 12 june 1892.

    [11] Le Ménestrel, 16 mai 1891.

    [12] Tables de recensement, 1881 à 1911, Le Vésinet. On peut noter qu'à partir de 1901, Fanny Frapolli est inscrite avec la nationalité suisse. La famille Frapolli est recensée en 1911 pour la dernière fois. Il n'y a pas de relevés en 1916 et en 1921, la maison a changé d'occupants.

    [13] Cependant, l'Annuaire des cinq départements de la Normandie, (1901-1927) nous apprend que Joseph Frapolli en reste le propriétaire jusqu'en 1924 au moins.

    [14] Elle sera vendue en 1937 par les héritiers de Joseph Frapolli. (Archives de Me Raymond Bové, notaire à Pontoise, dépositaire du cahier des charges et chargé de la vente).


Société d'Histoire du Vésinet, 2010- www.histoire-vesinet.org