L'Espérance
Société de Gymnastique et de Tir

Première Société sportive du Vésinet, la Société de Gymnastique et de Tir, dont la fondation fut approuvée par arrêté préfectoral du 30 juin 1887, avait son siège au Gymnase municipal aussi appelé "Salle des fêtes". Les épreuves se tenaient dans les bâtiments élevés sur les terrains de la commune et dans la salle dite des Fêtes construite en 1883, près de l'école de garçons, de l'autre côté de l'avenue des Pages (à l'emplacement de la cour de la Poste actuelle).

Les deux faces de la médaille frappée pour l'Espérance du Vésinet, Société de Gymnastique et de tir

Collection Ghestem

 

Présentation de l'Espérance dans le mémoire de l'instituteur Désiré Thibault (1890)


Sous le titre de Société de Tir et de Gymnastique, "L'Espérance" est fondée une société dont le but est l'étude théorique et pratique des exercices militaires et gymnastiques; et de resserrer les liens d'amitié qui doivent exister entre les jeunes gens du Vésinet.
La direction de la société est confiée à un Comité composé de quatorze membres qui étaient en 1889:

      MM. Chameroy, président

          Badou, vice-président

          Deglaire, secrétaire

          Foucault, trésorier

          Teulière, moniteur chef

          Lagarde, moniteur adjoint

          Solom, directeur de tir

          Périchet J., sous-directeur de tir
      et six membres assesseurs.


 

 

Tout membre actif payait une cotisation annuelle de 12 frs et tout membre associé 6 frs. Il y avait aussi des pupilles et des membres d'honneur. Les exercices de tir avaient lieu sur un terrain communal attenant à la salle du gymnase. Un terrain de 400 mètres fut loué à la societé pour l'établissement d'un châlet de tir et d'un terrain réservé. Outre un concours mensuel, la Société organisait des concours spéciaux à l'occasion des fêtes locales, comme on peut le voir dans la reproduction d'une colonne de la Gazette du Vésinet, ci-dessous:

La Gazette du Vésinet, n°1, première année
dimanche 29 juillet 1888
Coll. Ghestem

Liste des membres actifs de l'Espérance (Octobre 1891)

      Amice, Asile National, au Vésinet.

      Beaume, à Croissy.

      Behuré, rue Albert-Joly, au Vésinet.

      Bonieux, rue de l'Eglise, au Vésinet.

      Courtin, route de Chatou, au Vésinet.

      Debeaupuis, avenue des Charmes, au Vésinet.

      Decaux, avenue Hoche, au Vésinet.

      Desmousseaux A., rue du Départ, au Vésinet.

      Desmousseaux F., rue du Départ, au Vésinet.

      Desmousseaux P., au Vésinet.

      Duchâteau, rue du Marché, au Vésinet.

      Dumont, route de Chatou, au Vésinet.

      Durant, rue Félicien-David, au Vésinet.

      Flory, à Croissy.

      Foucard, à Croissy.

      Grauser, place de l'Eglise, au Vésinet.

      Hazenfratz, allée de la Meute, au Vésinet.

      Hugly, à Chatou.

      Jaklé, à Croissy.

      Lafayette, au Vésinet.

      Landon, à Croissy.

      Lejeune, au Pecq.

      Lutiau, avenue Alsace-Lorraine, au Vésinet.

      Martial, rue du Marché, au Vésinet.

      Maugé, aunVésinet.

      Muller, boulevard du Nord, au Vésinet.

      Ozanne, av. du Ch.-de-Fer (R.G.), au Vésinet.

      Pierre, à Croissy.

      Pihou, au Vésinet.

      Quetier, au Pecq.

      Quinty, à Croissy.

      Récois, à Croissy.

      Revardeau V., place de l'Eglise, au Vésinet.

      Revardeau G., place de l'Eglise, au Vésinet.

      Roux, avenue de la Passerelle, au Vésinet.

      Sohm, place de l'Eglise, au Vésinet.

      Vaignier, rue Auber, au Vésinet.

      Wach, rue de l'Eglise, au Vésinet.

Comme le bataillon scolaire mis en place par Jean Laurent en 1882, et équipé à ses frais, cette société sportive ne cache pas son objectif de préparation militaire. Il s'agit de donner aux jeunes hommes une bonne condition physique, des rudiments de manoeuvres militaires et une solide préparation au maniement du fusil. Le nom même de L'Espérance évoque l'espoir de reconquérir un jour les territoires laissés en 1870 aux mains de l'ennemi prussien. La présence de l'Orphelinat des Alsaciens-Lorrains sur le territoire de la commune est là pour entretenir ce sentiment de revanche.
Ce phénomène fut d'empleur nationale et entraîna la mise en place d'une règlementation particulière: Les sociétés de tir, dont quelques unes existaient avant 1870, étaient autorisées, à la condition de n'avoir eu aucune compromission politique antérieurement, mais un décret de 1878 du ministère de la Guerre favorisant des sociétés mixtes mit un coup d'arrêt aux sociétés civiles de tir. Les sociétés mixtes étaient composées de civils, de militaires, de réservistes et de pupilles âgés de 17 à 21 ans; elles étaient constituées au sein de régiments qui fournissaient les stands, les armes et les munitions. A partir d'octobre 1885, les statuts des sociétés mixtes de tir durent être soumis à la fois à l'approbation du ministre de la Guerre et à celle du préfet.
Entre 1880 et 1914, les sociétés de gymnastique, et les écoles normales d'instituteurs organisaient des séances de tir, les amicales laïques comme les patronages catholiques faisaient du tir leurs raisons de société. L'esprit de défense de la nation habitait aussi bien la droite que la gauche. Le patriotisme était partagé, mais les instituteurs qui étaient chargés de mettre en place un nouvel enseignement primaire voulu par les lois de janvier et mars 1882 et avaient le désir d'une "refonte de l'esprit national", eurent un rôle déterminant au sein de leurs classes et à l'extérieur, par l'organisation d'activités paramilitaires. D'ailleurs la loi du 28 mars 1882 rendait l'instruction primaire obligatoire pour tous les enfants de six à treize ans et mettait la gymnastique et le tir au nombre des matières d'enseignement des écoles primaires publiques de garçons.

Les statuts de ces sociétés affichent les mêmes buts: "développer le goût du tir, encourager et vulgariser, dans la mesure du possible, avec l’arme de guerre et en général avec toutes les armes, les exercices de tir, de manière à former des tireurs habiles, animés de sentiments patriotiques et de rendre des services au pays " (Abelpierre, 1897) ; "le but de la société est d’entretenir la vigueur du corps pour conserver celle de l’esprit, de développer les goûts et les sentiments virils par la pratique des exercices corporels, d’étendre et de perfectionner l’art du tir, de resserrer entre les membres les liens d’union, de jeter les bases d’une bonne discipline et de préparer les citoyens à la défense de la patrie " (Aurillac, 1886); "avec la gymnastique nous faisons des hommes forts et adroits, complétons notre œuvre en faisant des militaires instruits et disciplinés" (Angoulème, 1880 où la société s'appelait aussi L'Espérance).

La Société mixte de Tir du Vésinet et Chatou, fondée en 1907, répondra à une nouvelle évolution règlementaire alors même que Aristide Briand, estimait: "au moment où la réduction du service militaire exige plus que jamais, des jeunes soldats, des aptitudes et des qualités d'adresse préalablement acquises, il est de l'intérêt du pays que se multiplient les sociétés scolaires et postscolaires de tir à courte distance (...) mais aussi à l'arme de guerre, qui sera donnée par les soins de l'autorité militaire locale, dans toutes les écoles normales dont le siège est une ville possédant une garnison".


Société d'Histoire du Vésinet, 2008 - www.histoire-vesinet.org