La Grotte du Lac du Champ de Courses

Les grottes, dans les aménagements paysagers du XIXe siècle, sont « un élément clé du vocabulaire pittoresque de l’époque, tout à la fois décor romantique, exploit technique, et fantaisie architecturale ». [1] Elles apparaissent dans les parcs publics comme dans les jardins privés, et deviennent un véritable genre artistique, porté par les rocailleurs, maîtres du ciment imitant la nature. Car elles sont presque toujours artificielles, construites en ciment armé, en « rocaille », ou en grès rapporté. Elles servent à créer des effets de nature sublimée : fraîcheur, mystère, théâtralité, cascades, passages secrets. Elles incarnent l’esthétique romantique et l’essor des parcs urbains. Elles s’inscrivent dans une longue tradition de fabriques de jardin, mais elles prennent une ampleur nouvelle avec l’urbanisme haussmannien et les grands parcs publics.

Au Vésinet, le plus bel exemple est évidemment la Grotte du Lac des Courses, le Grand Lac dite aussi grotte des Ibis. Elle est au Vésinet le chef d'œuvre de Matthias Chabot (1826-1881), artisan alpicois, maître rocailleur renommé, auteur de réalisations spectaculaire au Bois de Boulogne et à Longchamps.[2]
Dans l'aménagement d'origine du parc paysager autour du grand lac, tandis que l'hippodrome en fait le tour, le sentier qui permet au promeneur de découvrir au plus près le plan d'eau et ses vues pittoresques, traverse la grotte qui en est un passage obligé. On y entre d'un côté, on la traverse entouré des bruits de l'eau rugissante, ruisselant ici et là, on découvre de l’intérieur « les chutes d'eau qui provoquent au soleil des effets ravissants » et puis on en sort à l'autre bout. Dans le prolongement exact de l'avenue du Grand-Veneur, la perspective historique voulue par Henri IV, elle ménageait comme une trouée dans la végétation.
Durant les premières années, elle est ouverte à tous les vents mais dès que la municipalité acquiert le grand lac, des grilles sont mises en place, fermées la nuit puis à la mauvaise saison. La grotte sera complètement inaccessible à partir des années 1970. On ne la met déjà plus en valeur, réservant la publicité à la cascade rendue plus tumultueuse avec l'augmentation générale du débit en 1973-74 et dont l'amoncellement chaotique de la (fausse) rocaille fait le bonheur des enfants sous le regard complice et plus ou moins rassuré des parents.

A défaut des maîtres de l'Impressionnisme, la Grotte du Lac des courses (plus tard le Lac des Ibis) attire les peintres du dimanche qui en laissent des témoignages émouvants.

La grotte du grand Lac par Alphonsine Dubray (1869-1952)

artiste amateure, mère de l'instituteur Maurice Dubray

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La Grotte, par Robert Pique (1925)

peinture (huile sur toile) probablement d'après photographie [3]

Les cartes postales restituent l'évolution de la végétation et des ambiances. La grotte et la cascade en ont inspiré un grand nombre avec parfois des légendes erronées (voir ci-dessous).

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La Cascade dans le prolongement de l'avenue du Grand-Veneur

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L'entrée béante de la grotte (vers 1900)...

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La Grotte située par erreur au Lac Inférieur

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La cascade du Lac des Ibis (1915)

située par erreur au Lac inférieur.

Des rocailles dont certaines, par leur taille, pouvaient être assimilées à des grottes, furent édifiées dans certaines propriétés. Presque toutes ont disparu et celles qui subsistent font l'objet de mesures de sauvegarde au titre des jardins remarquables (SPR) et des éléments décoratifs à protéger (PLU). [4]
Une attention particulière est à porter sur la rocaille qui existait dans la propriété Pierson (villa des Pages) avant qu'elle soit acquise par le Dr Raffegeau. Elle fut considérablement agrandie lorsqu'elle dût dissimuler un complexe appareillage destiné à fournir de l'eau chaude ou de l'eau froide à pression et à débit très mesurés pour l'établissement d'hydrothérapie. Ces mécanismes ont de nos jours été démontés mais la rocaille monumentale et sa grotte subsistent.

Vestiges de la rocaille et de la grotte de la Villa des Pages.

clichés SHV, 2005.

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    Notes et sources

    [1] Michel Niles, La genèse d'une cité-jardin, Le Vésinet 1857-1866, mémoire de Maîtrise, Université Paris I, 1989 ; Bulletin de la Société d'horticulture de St Germain en Laye, 1864-1867.

    [2] Rapport sur les grottes et cascades de M. Chabot au Vésinet, Société d'Horticulture de Saint-Germain, 1868.

    [3] Datée de 1925, peinte par un artiste de 19 ans (fils d'Henri Pique futur conseiller municipal et frère de Louis Pique dont le nom est sur le monument aux morts) la toile représente le paysage tel qu'il pouvait être au XIXe siècle. Une photographie a pu servir de modèle.

    [4] Rocailles protégées au titre du PLU : cf. Le Charme, allée d'Isly ; Beau-Chêne, av G-Clemenceau ; Le Grand Lac, av. des Courlis ; Maison St-Charles, av. d'Alsace ; ...


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