Les habitants célèbres du Vésinet > Nathan Grunsweigh (1880-1956)

Nathan Grunsweigh peint le Vésinet

A la Galerie Pierre, en 1926, Grunsweigh expose une vingtaine de paysages de banlieues parisiennes et des natures mortes. "C'est un artiste sincère, consciencieux et savant. Il s'est démontré excellent peintre de figures. Puis il a été séduit par des aspects de banlieues parisiennes et il a ajouté une note inédite à la peinture des zones suburbaines."
Tandis que les peintres parisiens sont surtout soucieux d'en donner, d'après Raffaelli, "l'impression de tristesse et même de détresse, Grunsweigh a surtout été frappé par tant de menus efforts pour créer du joli, pour entourer d'arbres une facade de briques, blanche et rose, et même un mensonge de briques obtenu par de la couleur sur de la caillasse. Il a noté avec un soin, épris les charmes de petits jardins, qui se continuent de murs en murs et semblent, par l'accumulation des frondaisons, se multiplier en grand parc dans l'horizon."
C'est un artiste dont le vigoureux développement est incessant, l'évolution très franche, en dehors de la mode, et son art, qui se prouve à la galerie Pierre par les plus intéressantes réalisations, donne des promesses d'avenir."
[1]
"Grunsweigh. Ses œuvres, fines et nuancées, représentent des rues de banlieue, des petits jardins des environs de Paris, de ces paysages où il semble que la Ville et la Campagne luttent pour une suprématie. C'est là qu'il vit, dans une petite maison, dans une triste rue. Le matin, les gens vont travailler à Paris et les rues sont vides ; le soir, les silhouettes rentrent par le train, et ça continue. Ça n est pas gai. Mais Grunsweigh est un consciencieux, un homme simple, et parfois un gris léger, un joli gris argenté, luit comme un reflet de perle dans son œuvre mélancolique." [2]

Il a exposé dans de nombreuses galeries et divers Salons dont, à Paris, au Salon d'Automne au Grand Palais (en 1921, 1924, 1926, 1937), au Salon des Tuileries (en 1923 et 1936), et au Salon des Indépendants (1926). [3]

Place du Marché (c) D. Goguet

    "Grunsweigh peint avec amour la banlieue de Paris et donne tout le caractère des petites rues à jardinet..."[4]

    "...Paysages du Vésinet, d'une vie si exacte, dans leurs maisonnettes comme bercées d' arborescences" [5]

Derrière la place de l'Eglise

    "Grunsweigh donne un bon paysage suburbain, une place du Vésinet dont il sait saisir le caractère à la fois délabré et coquet" [6].

    "Grunsweigh élargit la viduité désolée des avenues de banlieues " [7].

    "Grunsweigh peint avec une nuance d'émotion très particulière les petites rues du Vésinet." [8]

Lac des Ibis

Cinéma Le Select

Cinéma (2e version)

©Oscar Ghez Collection, Musee Hecht, Universite de Haifa

Déjeuner champêtre sur les fortifications (54x73cm) [9]

© Oscar Ghez Collection, Musée Hecht, Université de Haifa

                        Eglise au toit rouge (73x92cm) [10]

      © Oscar Ghez Collection, Musée Hecht, Université de Haifa

Pont de Croissy (dit aussi "Route forestière").

Le pont de Croissy pris pour une route de montagne !

Lac_de_Croissy

Pelouse_de_la_Gare

Jeune_fille_dans_un_jardin

Allée_arborée

La place de l'église              

L'église Ste Marguerite

    "C'est un modeste et un obstiné, qui observe et ne déforme pas et qui aura son heure, de par la force de son émotion picturale et son honnêteté de rendu."

    ..."C'est aussi un excellent peintre de figures." [11]

Ses natures mortes sont précises et expressives, il apprécie les couleurs fortes et les textures dynamiques. Son travail a été principalement influencé par les peintres de la première École de Paris dont il a fait partie et où il fut l'ami de Chaïm Soutine, Michel Kikoine et Pinchus Krémègne. Il milita à la Ligue pour le repos sabbatique en France et en Algérie.
Il a peint principalement des vues de la banlieue parisienne et des thèmes du folklore juif. En même temps, on trouve dans son œuvre des influences post-impressionnistes et même cubistes. Maurice Raynal y décèle une influence d'Utrillo « indéniable ». [12]
Grunsweigh, qui y a vécu durant plus de vingt ans, a beaucoup représenté les rues du Vésinet, leurs maisons de ville, les places, mais aussi quelques villas au milieu de leur parc, le lac des Ibis, le lac et le pont de Croissy (que l'on présente sous le titre "Route de Montagne"), le Cinéma Le Select, près de la gare (deux fois), la gare elle-même (deux fois), l'église, le temple, les pelouses... Il donne ainsi de la couleur à nos vieilles cartes postales. On notera, au passage que les peintures sont présentées dans les ventes avec des titres des plus fantaisistes.

Grunsweigh a aussi représenté les villes voisines, par exemple, ci-dessous, Croissy, son église et la chapelle du Prieuré et à Chatou, la mairie.

Auto-portrait de Nathan Grunsweigh (1943).

Longtemps donné pour mort en déportation en 1943, assassiné par les nazis [13] Nathan Grunsweigh a, en fait, échappé à la Shoah comme les trois quarts des juifs vivant en France à cette époque. Il a passé l'Occupation à Saint-Mandé où il a survécu à la Guerre avec toute sa famille. Il a continué à peindre, il est mort en 1956 et il est inhumé au cimetière du Montparnasse. [14]

Le collectionneur d'art Oscar Ghez (1905-1998), qui avait acquis après la guerre des œuvres de peintres juifs de l'école de Paris dont certains morts en déportation, gardait ces toiles dans son musée du Petit Palais de Genève. Il en offrit 137 à l'Université de Haïfa en 1978. Parmi celles-ci plusieurs toiles de Grunsweigh qui font désormais partie du fonds Oscar Ghez au Musée Hecht à Haïfa.

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    Notes et sources :

    [1] Gustave Kahn, Mercure de France, 15 juin 1926

    [2] Fels, Les Nouvelles littéraires, 29 novembre 1924.

    [3] Catalogues Altius (maison de vente), Varsovie, 2011.

    [4] Mercure de France, 1er janvier 1925.

    [5] Revue de la quinzaine, Mercure de france, juin 1928.

    [6] Mercure de France 15 octobre 1925.

    [7] Gazette des Beaux-Arts 1er juillet 1926.

    [8] Revue de la quinzaine, Mercure de france, décembre 1931.

    [9] Ce tableau, peint à peu de distance du domicile du peintre, sur la pelouse de l'allée de la Gare, représente sa femme Fanny, sa fille Adeline qui lui a souvent servi de modèle, et ses deux fils David et Daniel (Oscar Ghez Collection, Musee Hecht, Université de Haifa).

    [10] Cette "Eglise au toit rouge" est le Temple protestant du Vésinet. (Oscar Ghez Collection, Musee Hecht, Universite de Haifa). Il se trouve au voisinage du Pont de Croissy, au Vésinet, peint par Grunsweigh sur une toile curieusement titrée "Route de Montagne".

    [11] Gazette des Beaux-Arts 1er juillet 1926.

    [12] Les Arts, L'Intransigeant,11 octobre 1923.

    [13] Nadine Nieszawer, Marie Boyé, Paul Fogel -Peintres Juifs à Paris 1905-1939 Ecole de Paris, Editons Denoel, 2000.

    [14] Rachel Perry, historienne d'Art, Université de Haifa (communication personnelle, 2017).


Société d'Histoire du Vésinet, 2010-2018- www.histoire-vesinet.org