D'après Le Courrier de Versailles, 18 septembre 1884.

L'incendie de la maison Willet

"Un incendie considérable a éclaté dimanche à une heure du matin au Vésinet, dans la maison habitée par M. Willet, d'origine hollandaise. Cette maison de plaisance est située sur la route de Chatou, près du pont du chemin de fer. Grâce à la promptitude des secours, le foyer de l'incendie n'a pas gagné les maisons voisines.
Une femme, domestique dans la maison incendiée, prise de peur, s'est précipitée du deuxième étage dans le jardin, et s'est fracturé la jambe droite. Aucun autre accident de personne n'est à signaler.

A dix heures du matin, tout danger était conjuré, et les pompiers regagnaient leurs communes respectives ; seuls, ceux du Vésinet sont restés en permanence. "

Abraham Willet (1825-1888)

Le compte-rendu de ce fait divers est lapidaire mais les dégâts matériels sont considérables ; ils seront évalués à "plus de trois cent mille francs", "cinq cent mille" un peu plus tard. Certes ils sont couverts par une compagnie d'assurances mais les pertes consistent surtout en œuvres d'art. Une remarquable galerie de tableaux a été la proie des flammes. [1]
Abraham Willet, fils d'un médecin réputé d'Amsterdam, est surtout connu pour avoir consacré la fortune de sa femme à constituer une importante collection d'objets précieux (porcelaines chinoises de la dynastie des Kangxi ; collection de verrerie, d'argenterie et de céramique ; bronzes, faïences et porcelaines ; livres et tableaux) rassemblée au fil des voyages effectués par le couple, dans les années 1860 et 1870, dans toute l'Europe. C'est une partie de cette collection, en particulier un salon Chinois, qui est partie en fumée cette nuit du dimanche 14 septembre 1884.

Villa, route de Chatou au Vésinet (Seine et Oise)
par M. Eug. Bardon, architecte. (Pl. 46) -
Extrait de La Brique Ordinaire (sans date).

 

Le chalet de bois, accolé à la maison, fut entièrement détruit par le feu, mais la villa, en briques, a mieux résisté. Elle existe toujours et le chalet a été remplacé par une extension en brique. [2]

La maison que M et Mme Willet ont habitée de 1874 à 1884, à l'angle de la Route de Chatou (n°107) et du Boulevard de Ceinture RG, (actuels boulevards Carnot et d'Angleterre) était due à l'architecte de Chatou, François Eugène Bardon (1843-1901). Des dessins d'architecte et le plan avaient été publiés. Quelques toiles représentant la maison et le jardin ont brûlé. D'autres, dues principalement au peintre hollandais Conraad Metzelaar (1846-1881) sont exposées au Musée Willet-Holthuysen, à Amsterdam et donnent une idée de ce que pouvait être la collection disparue. [3]

Coen Metzelaar, Le salon dans la maison de M. et Mme Willet-Holthuysen au Vésinet (1875-1885)
Huile sur toile, 33 x 46 cm
© Musée Willet-Holthuysen, Amsterdam

  

  

Atelier d'artiste de M. Willet, situé au premier étage [2]

Coen Metzelaar, Le salon de M. Willet au Vésinet (1880),
Huile sur toile, 69 x 48,5 cm,
© Musée Willet-Holthuysen, Amsterdam

   

   

Atelier d'artiste de M. Willet, situé au premier étage [2]

Coen Metzelaar, Salon chinois (étude d'intérieur, I) [détail]
Huile sur toile, 46,5 x 33 cm,
© Musée Willet-Holthuysen, Amsterdam

Coen Metzelaar, Salon chinois (étude d'intérieur, II) [détail]
Huile sur toile, 46,5 x 32,5 cm,

© Musée Willet-Holthuysen, Amsterdam

Après ce drame, la famille Willet quitta le Vésinet.
Les Willet-Holthuysen étaient très proches des Franken-Vangogh, Johanna (1838-1919) et son mari Daniel (1838-1898), historiens et collectionneurs d'art qui demeuraient au 36, route de Croissy au Vésinet à partir de 1886. A ce cercle d'amis appartenaient aussi Adolphe Mouilleron et André Mniszech, tous amateurs d'art. Au décès de Mme Willet Holthuysen en 1895, Daniel Franken, en plus d'en être l'exécuteur testamentaire, hérita d'une importante somme d'argent et des ruines de la villa Willet. A la mort de Daniel Franken, sa veuve vendit la maison – a priori toujours en ruine – à Mme de Plunkett. C'est probablement cette dernière qui réhabilita la maison principale et construisit l'extension en briques dans le même style (on retrouve en effet une date "1899" au dessus de la porte de la maison principale).

Alfred Henri de Plunkett, négociant, hérite de la maison en 1905. Il sera conseiller municipal au Vésinet en 1912 et jouera un rôle très actif dans les diverses œuvres de bienfaisance durant la première guerre mondiale. Il meurt en 1934 et la maison devient la propriété de Mme Marguerite Bourgeois...

    Notes:

    [1] Selon des papiers familiaux conservés par le musée d'Amsterdam, le feu résulterait de l'embrasement d'un rideau par une bougie trop proche. Il n'y eut pas de blessés mais les trois petits chiens de Mme Willet Holtuyssen ne purent s'échapper.

    [2] Précisions fournies à l'actuel propriétaire par le conservateur du Musée Willet-Holthuysen à Amsterdam.

    [3] Les clichés ci-dessus sont empruntés à Michaël Martin.


Société d'Histoire du Vésinet, 2012-2013 - www.histoire-vesinet.org