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La Kommandantur du Vésinet

Une Kommandantur provisoire avait été installée à Chatou, 20 avenue des Tilleuls dès juin 1940. En novembre elle fut déménagée au 18-20 boulevard des Etats-Unis, au Vésinet, dans l'ancienne demeure de Jean Valéry Moncharville, qui avait exercé entre le 9 juillet et le 15 août 1875 les fonctions de maire provisoire.
La Kommandantur (structure de commandement de l’armée allemande, commandement militaire local en région occupée) avait pour mission de dicter aux autorités locales les consignes de l'occupant, en particulier les mesures concernant les juifs et les mesures de sécurité [1].

Le plus souvent, l'armée allemande installait ses Kommandanturs dans de très beaux bâtiments, châteaux, manoirs, hôtels particuliers ou villas spacieuses. Celle du Vésinet peut être appréciée grâce à un article publicitaire, paru peu de temps avant la guerre, alors que la villa était à vendre [2].

Vous qui aimez le XVIIIe siècle, connaissez-vous une demeure rappelant cette gracieuse époque jusque dans les moindres détails et où se trouvent des meubles et des objets absolument authentiques de ce temps-là"?
C'est au Vésinet, à quinze , kilomètres de Paris, à Paris pourrait-on dire en notre époque d'automobile et de trains électriques, que l'on découvre cette oasis.


La propriété -Façade principale

Entourée d'un grand parc s'étendant sur un hectare environ, la demeure s'enclôt dans l'enveloppe architecturale d'un castel construit avant la guerre, mais entièrement dans le style du XVIIIe siècle; cet écrin en pierre de taille se montre donc tout à fait approprié au bijou que constitue tout cet intérieur ancien.
Dès le seuil, on a le XVIIIe siècle sous la main, puisque la grille d'entrée est une pièce de fer forgé de l'époque !

Le grand salon avec ses sièges Louis XV, la chambre de repos avec son lit chinois, précieusement ornementé, ses tableaux à sujets de pastorales, la salle à manger, dont le mobilier présente les lignes courbes et simples du Louis XVI, au milieu de boiseries peintes en bleu pastel et provenant, comme celles de la pièce précédente, d'un château ayant appartenu à Mme de Genlis, l'éducatrice des enfants du dernier roi de l'ancien régime, offrent le décor du XVIIIe siècle le plus séduisant et le plus pur. Les nombreuses statuettes posées sur les cheminées, sur les tables et dont plus d'une représente des figures d'Amours, les lustres, les appliques, les motifs à guirlandes de roses complètent un ensemble des plus raffinés dans son authenticité.


Le fumoir


Le salon


Le salon sous un autre angle

Les chambres de maîtres du premier étage et du deuxième étage, la grande pièce, sorte d'atelier d'artiste ou de cabinet de curiosités, selon l'expression d'autrefois, dans laquelle le rustique de Louis XIII voisine avec les vestiges de la Renaissance, continuent de nous maintenir sous l'emprise du passé et au milieu de ses agréments.


Deux aspects de la salle à manger


Deux aspects du studio

Le parc rappelle dans son tracé bien français la noblesse des jardins de notre XVIIIe siècle. De grands arbres, qui ont plus de cent années sur leurs branchages, prêtent leur fond de verdures à des statues de bronze ou de marbre, également anciennes, à un puits Renaissance, à un masque de pierre millénaire, à une vasque offrant les courbes gracieuses du Louis XV.
Ce décor mariant l'antique avec les œuvres des sculpteurs de l'ancien régime n'est-il pas tout à fait caractéristique ?


Le perron sur jardin                et le perron principal


Vue sur le parc - Le puits et le bois

Le futur et heureux acquéreur de ce domaine, — car celui-ci est à vendre, — pourra revivre dans ce cadre les heures claires d'une époque où l'existence était pour les privilégiés un artistique enchantement. Mais il aura aussi à sa disposition toutes les ressources que doit souhaiter un home moderne. Plusieurs salles de bains, une salle de sport ont en effet été prévues dans la demeure où sont installés le chauffage central et l'électricité. Quant aux communs, ils abritent, sous le vêtement d'une maison normande, les logements des concierges et du personnel, ainsi qu'un garage, une écurie, une remise, etc.
Cette habitation confortable, aménagée par un homme de goût et un connaisseur, illustre d'une manière éclatante la maxime « utile dolci », puisqu'on a dit que le XVe siècle avait été le temps de la douceur de vivre.

Une petite annonce, dans des journaux de 1924, montre que la façade n'était pas encore agrémentée d'un balcon ni le perron encadré de colonnes à cette date. Elle montre aussi que le terrain comptait, à l'origine, plus de 9000 m² et qu'il fut mis à la vente en 4 lots : trois petites parcelles de 560, 750 et 800 m², la propriété principale conservant un peu plus d'un demi hectare avec la maison et ses communs. [3] Le morcellement n'eut pas lieu alors. Mais ce n'était que partie remise.

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    [1] D'après Chatou Notre Ville - "Les réquisitions allemandes sous l'Occupation", 12 octobre 2007.

    [2] Aux portes de Paris, par Pierre Lhorte, in La Renaissance de l'Art français et les industries du Luxe, N°14, avril 1931.

    [3] Le Journal, n°11714, 12 novembre 1924.


Société d'Histoire du Vésinet, 2011-2014 - www.histoire-vesinet.org