D'après Le Semeur de Versailles et de Seine-et-Oise, 22 janvier 1911 et 16 février 1928

La mystérieuse Mme Lebreton, née Bernadotte (1830-1911)

Au mois de janvier 1911, un court article parut dans le journal hebdomadaire Le Semeur de Versailles et de Seine-et-Oise, sous le titre "Mort d'une héroïne", pour rendre compte du décès d'une modeste pensionnaire de l'Asile du Vésinet. Ces quelques lignes furent reprises par divers titres régionaux et parisiens, dont le Journal des Débats et Gil Blas sans en retenir cependant tous les détails.

Mort d'une héroïne

Une modeste héroïne vient de s'éteindre à l'Asile national du Vésinet. C'est Mme Lebreton, ancienne cantinière du 1er Zouaves, titulaire d'une médaille militaire et de deux médailles de sauvetage. Petite-fille d'une cantinière, Mme Perrot, qui fut chevalier de la Légion d'honneur ; fille du commandant Bernadotte, officier de la Légion d'honneur, Mme Lebreton naquit en 1830, en Algérie, au fort de Mers-el-Kébir.

Elle se maria en 1845, et devint cantinière des zouaves. C'est en cette qualité qu'elle prit part aux campagnes de Crimée, d'Italie, du Mexique, et à la guerre de 1870, où elle fut blessée et faite prisonnière. Enfin, dernièrement encore, elle suivit, malgré son grand âge, la colonne qui opéra au Maroc, et là elle reçut une nouvelle blessure et fut retenue captive pendant quelque temps. Veuve, sans famille, sans fortune, elle rentra à l'asile du Vésinet ; c'est là qu'elle vient de mourir.

Le Semeur de Versailles et de Seine-et-Oise, n° 225, 6e année, 22 janvier 1911

Dix-huit ans plus tard, le même journal, Le Semeur, consacra un bref article sous la signature de Gaston Boudan dans sa rubrique "variétés", à notre cantinière, en titrant cette fois sur la parenté supposée de cette dernière avec le général Bernadotte, maréchal de France puis roi de Suède et initiateur de la famille régnante de ce pays. ce nouvel article comporte quelques divergences avec le premier et on serait en droit de supposer qu'il s'agit de rectifications :

Une cousine du Roi de Suède à l'Asile du Vésinet

Il y aura 98 ans le mois prochain, 29 mars 1830, naissait à Mers-el-Kébir, près d'Oran, une fillette, dont le nom et la vie furent un véritable roman ; cousine de Roi, elle devait aller mourir complètement ignorée dans un hospice de vieillards de la banlieue parisienne, après une vie héroïque. Les quelques détails, que nous en donnerons auront certainement pour nos lecteurs la saveur de l'inédit et le charme d'une révélation.

Léontine Bernadotte était la fille de Hubert Bernadotte, un capitaine d'artillerie, qui avait épousé une vaillante cantinière, Rosalie Peyrot, chevalier de la Légion d'honneur. « Enfant de la balle » la petite Léontine suivit la tradition maternelle, épousa un soldat nommé Henri Lebreton, et devint cantinière. Elle fit toutes les campagnes du Second Empire : Italie, Crimée, les campagnes d'Afrique et la guerre de 1870-1871 ; elle avait également pris part à l'expédition du Mexique, et avait été faite prisonnière lors d'un combat au Maroc.

Véritable type de la cantinière de l'ancienne armée, Mme Lebreton, avait le culte de la gloire militaire et du dévouement, elle était titulaire de deux médailles de sauvetage et n'était pas peu fière de porter la médaille militaire. Puis ce furent les tristes années de la vieillesse, dans un modeste logement, au 12, passage Saint-Ange, à Paris, et enfin pour celle qui était apparentée avec la famille régnante de Suède, le calme et la tranquillité matérielle à l'Asile National du Vésinet, où elle mourut le lundi 9 janvier 1911, à l'âge de 80 ans.

Les obsèques fort modestes, furent célébrées dans la chapelle de l'Asile National, en présence de M. Gaston Rouvier, maire du Vésinet, du directeur de l'établissement et de nombreux pensionnaires, puis Mme Lebreton fut inhumée dans le cimetière particulier de l'Asile, où un petit monument funéraire fut élevé sur sa tombe.

Le Semeur de Versailles et de L'Ile de France, n° 1607, 23e année, 16 février 1928

Madame Lebreton a maintenant un prénom : Léontine ... (mais on la prénomme parfois, à tort, Léonie). Sa grand'mère Mme Perrot est devenue sa mère Rosalie Peyrot, chevalier de la légion d'honneur, mais elle ne figure pas dans la liste des femmes honorées par cette médaille [1]. Le commandant Bernadotte, officier de la Légion d'honneur, son père, est "rétrogradé" en capitaine d'artillerie et le lien de parenté avec la famille régnante de Suède, qui semble la raison de l'article, reste mystérieux.
De ses obsèques modestes auxquelles la présence de Gaston Rouvier, maire, confère une certaine solennité, il reste un monument funéraire, inventorié parmi les éléments patrimoniaux de la commune en 1986.
Les historiens locaux et les collectionneurs ont aussi exhumé une vieille photographie, datant probablement des années 1870, représentant notre héroïque cantinière et ses décorations. La photographie fut éditée en carte postale après le décès de l'intéressée, en janvier 1911. Elle servit aussi probablement de modèle pour la réalisation du monument funéraire. L'une et l'autre sont pour l'instant les éléments les plus tangibles pour conserver la mémoire Mme Lebreton. [2]

Carte postale éditée après le décès de Mme Lebreton.

La date du cliché original reste à déterminer.

Monument sépulcral de Mme Lebreton au Cimetière de l'Asile national du Vésinet.

Edifié sur souscription publique. Cliché, inventaire, 1986.

 

Les recherches se poursuivent pour apporter des réponses aux questions restées en suspens à propos de notre mystérieuse Mme Lebreton dont la tombe se dresse toujours au milieu des herbes folles qui ont envahi le vieux cimetière de l'Asile.

 

****

    Notes et sources :

    [1] Liste des 2047 femmes honorées par cette distinction avant 1977 de la Base LEONORE.

    [2] Selon les termes de son acte de décès enregistré le 9 janvier 1911 à l'Etat civil du Vésinet « Léontine Bernadotte âgée de quatre vingts ans, rentière, domiciliée à Paris, passage Saint-Ange, douze, née le vingt neuf mars mil huit cent trente à Mers-el-Kébir, département d’Oran (Algérie), fille des défunts Hubert Bernadotte et Rosalie Peyrot et veuve d’Henri Lebreton », est décédée le 8 janvier 1911.


Société d'Histoire du Vésinet, 2013 - www.histoire-vesinet.org