Le Vésinet, revue municipale, n°62 avril 1983

Marie Ertaud
une vésigondine au Paris-Dakar

  

Menue, féminine jusqu'au bout des ongles, charmante, Marie Ertaud est loin d'être une faible femme, puisqu'elle a mené une moto de 190 kg de Paris à Dakar, à un train d'enfer, sur un parcours qui exige des nerfs d'acier.
Paris-Alger-Dakar 1983 10.000 km en 19 jours. Départ le 1er janvier à 8 heures du matin.
Cent vingt motos au départ, dont 9 femmes, 28 concurrents à l'arrivée dont 2 femmes. Marie Ertaud, 15e, première des femmes avec 4 heures 30 d'avance sur sa concurrente, Nicole Maitrot, gagnante en 1982.
En vous la racontant, Marie revit chaque moment de sa course. Intensément. Les bons comme les mauvais moments, pourtant effacés par un grand bonheur. Celui d'avoir gagné. Elle n'a rien cassé. Pas crevé une seule fois. Cela tient à sa conduite toute en souplesse elle "avale" les obstacles. Elle avait fait un pari qui lui a totalement réussi: gonfler ses pneus au maximum pour éviter la crevaison. Le manque d'adhérence entraîné par ce gonflage a été compensé par la souplesse de sa conduite.
Marie attribue également son succès à un très bon équipement: en particulier un compas d'avion, qui lui a permis de rouler au cap de balise en balise, surtout lorsque la visibilité est quasi inexistante dans la tempête de sable essuyée par les concurrents en plein désert du Ténéré.
La préparation physique de Marie Ertaud a consisté à commencer le ski de fond et la course à pied en altitude, un mois et demi avant le départ. Elle a été suivie pendant toute la course par un ostéopathe-homéopathe. Elle est arrivée en pleine forme, sans courbatures.
Ses plus mauvais souvenirs - la plus grande émotion tout à coup, ne plus rien sentir sous ses roues, faire le grand saut à 100 km/h, sans savoir où l'on va atterrir, mais la chance lui a souri. Après un bond de 18 mètres environ au-dessus d'un creux de 10 mètres, l'atterrissage s'est fait sans casse - plus de peur que de mal; son émotion a été partagée par sa coéquipière, Véronique Anquetil, qui la suivant de près, mais qui a pu s'arrêter juste au bord du précipice, une roue dans le vide.
Un "coup de pompe" l'a fait tomber quinze fois en une heure et demie, fatigue accentuée par le fait de devoir relever la grosse Yamaha 550 TX.
Ses meilleurs souvenirs: les paysages splendides qu'elle a rencontrés, Bordj, Omar-Driss et Djanet. L'accueil chaleureux des habitants des régions traversées. La chaude amitié de Véronique Anquetil, sa coéquipière, avec qui elle a fait la moitié du parcours et qui a su lui remonter le moral quand il le fallait.
Marie est heureuse d'avoir terminé à la première place pour le cinquième et dernier rallye auquel elle a participé - le plus dur en raison des conditions météo, et le plus long. Mais si elle quitte le rallye Paris-Dakar, Marie n'en sera pas pour autant absente des circuits de moto, sa passion.

Marie Ertaud, enduro du Touquet, 1982


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