D'après Le Vésinet Magazine n°30. Décembre 2012 -janvier 2013.
Elles sont amies depuis 90 ans.!
Madeleine, Jeanne et Lucie ont célébré leur centenaire en 2012.
Toujours aussi alertes et coquettes, ces Vésigondines ont pour particularité
une amitié indéfectible qui les unit depuis plus de 90 ans.
Mais quel est donc leur secret ?
Madeleine Dellamonica [1], Lucie Demoulin [2] et Jeanne Papet [3] sont amies d’enfance. Rien d’exceptionnel à première vue, si ces trois Vésigondines n’avaient pour particularité de faire partie du club très fermé des centenaires. Un âge à trois chiffres qu’elles ont célébré ensemble, respectivement les 24 juillet, 8 septembre et 19 octobre derniers.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ont gardé intacts les souvenirs de leurs 90 années d’amitié.
De gauche à droite: Jeanne, Lucie et Madeleine au cours Janné (~1928).
Le Vésinet Magazine n°30, 2013
Les premières années. Elles se sont rencontrées toutes trois lors de leur année de sixième, au cours Janné, [4] une institution vésigondine pour jeunes filles, alors située rue du général Clavery, face à l’actuelle gare du Vésinet-Centre.
« C'était une école familiale, avec de très bons professeurs. Nous avons eu notre bac toutes les trois. Et parfois, en nous promenant en sortant des cours, on croisait Joséphine Baker ou Luis Mariano », se souvient Jeanne. « C’était les années 1920, Le Vésinet comptait alors 5 000 habitants. Des dames en manteaux de fourrure se rendaient à la messe ou faisaient ainsi leur marché. Les maisons étaient grandes, depuis, elles se sont morcelées », souligne Madeleine. Les trois amies partaient en vacances ensemble, chaque été, en Bretagne ou en Normandie. « Nous avions notamment fait un mémorable voyage à vélo entre Lorient et Brest. Toute une aventure ! », s'amusent-elles. Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale va les conduire à quitter leur cher Vésinet et à se séparer. Temporairement.
Retour au Vésinet.
« Nous avons toujours gardé contact pendant la guerre. Même quand nous nous sommes mariées et que nos familles se sont agrandies, nous n’avons jamais perdu le lien qui nous unissait », précise Jeanne.
Madeleine se marie en effet avec un industriel lyonnais, Rodolphe Dellamonica [5] et se réinstallera au Vésinet en 1942, dans la maison de ses parents où elle demeure toujours. Après des études à l’École du Louvre, elle deviendra une fameuse égyptologue, publiant de nombreux livres qui ont obtenu un joli succès. Quant à Lucie, fille de l’inventeur du ralenti au cinéma et de la photo aérienne, elle quitte Le Vésinet avec son mari pour le Maroc dans un premier temps et habite désormais à Boissy-l’Aillerie (95). Enfin, Jeanne, après quelques années parisiennes, revient au Vésinet dans les années 1950 et s’active dans de nombreuses associations, dont le Lions Club. « Mon mari, André, était adjoint au maire et il est le fondateur de la bibliothèque sonore du Vésinet, qui était à l’époque l’une des premières de France ».
Centenaires modernes.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces trois amies étaient en avance sur leur temps : elles ont toutes trois fait l’École du Louvre, elles ont conduit très tôt leur propre voiture et eu une vie active intense, tout en s'occupant de leurs enfants (et désormais, petits-enfants et arrière-petits-enfants). Et elles continuent de l’être: si Madeleine a conduit jusqu’à l’âge de 90 ans, Jeanne se débrouille très bien avec un téléphone portable et un lecteur DVD. Aujourd’hui, elles participent toutes les trois aux fêtes de famille des unes et des autres. « Nous sommes comme trois sœurs. Nous nous téléphonons régulièrement quand nous ne pouvons pas nous voir », sourit Madeleine. Une amitié de 90 ans dont on ne peut que leur souhaiter qu’elle durera encore de belles et longues années. [6]
Lucie, Madeleine et Jeanne, quelques années plus tard...
Le Vésinet Magazine n°30. 2013
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Notes et sources
[1] Madeleine, née Fortin, épouse Dellamonica, autrice de plusieurs ouvrages. Pour son nom d'autrice, elle a choisi la forme Della-Monica.
[2] Lucie, née Marie Lucie Jeanne Labrély, le 16 août 1912 à Chatou, épouse Demoulin, est décédée le 1er février 2013 à Pontoise (95) âgée de 100 ans.
[3] Jeanne, née Jeanne Lucienne Giovannelli à Paris (13e) le 19 octobre 1912 à Paris, épouse André Papet, est décédée le 16 février 2017 au Vésinet, âgée de 104 ans. Son mari, André Papet (1912-2009) fut conseiller municipal avec Rodolphe Dellamonica de 1959 à 1965 et fut 6e adjoint de Marc Ferlet de 1962 à 1965.
[4] Le cours Janné se trouvait au 12 rue Latérale (qui devint rue du Général Clavery en 1929). Après la seconde guerre mondiale, ce cours pour jeunes filles fut regroupé avec le cours Racine pour garçons au 32 boulevard Carnot avant de disparaître (1955).
[5] Né le 25 février 1911 à Villeurbanne (69), Rodolphe Charles Dellamonica représentait avec ses nombreux cousins, la troisième génération d'une famille d'industriels de Villeurbanne fondée par son grand-père Charles Dellamonica en 1864 et dirigée par son père, Charles Albert. L'entreprise (manufactures de miroiterie, glaces, cadres, mastic) comptait alors, outre son siège de Villeurbanne, des usines à Lyon, Autun et Molinges. Il est décédé à Nice (06) le 7 janvier 1992.
[6] Suzanne Fortin, sœur cadette de Madeleine sera aussi centenaire. Née à Paris (9e) le 26 septembre 1915, mariée à André Tunc en 1941, elle est devenue avocate et théologienne, connue sous le nom de Suzanne Tunc. Elle est décédée à Paris (14e) le 30 janvier 2019, à 103 ans. Son mari, André Tunc (1917-1999) était lui-même juriste, universitaire et célèbre constitutionnaliste.
Société d'Histoire du Vésinet,
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