D'après la Revue du Cercle militaire, 1889 et divers périodiques régionaux (voir notes)

Un tremblement de terre au Vésinet

Le 30 mai 1889, la région parisienne, et plus spécialement, le Vésinet, furent touchés par un tremblement de terre. Fait assez rare dans notre région, et probablement de faible amplitude, le séisme fit l'objet de quelques échos dans les journaux locaux. Le premier à en faire état fut Le Postillon de Seine et Oise, le 2 juin 1889.

Voici une nouvelle qui étonnera bon nombre de nos concitoyens. Le tremblement de terre de la Normandie, dont on a pu lire le compte rendu dans les journaux parisiens, s'est fait sentir d'une façon très sensible à Versailles. Jeudi soir, vers neuf heures moins un quart, et pendant plus de trente secondes, les locataires des étages supérieurs des maisons élevées ont distinctement entendu la trépidation des menus objets sur les meubles. C'est la première fois, pensons-nous, que pareil fait se produit à Versailles.

Une semaine plus tard, le Journal de Versailles lui-même reprenait et développait un article du Petit Mantais paru entre temps:

A Mantes, dit notre confrère le Petit Mantais, vers 9 heures du soir, plusieurs personnes ont parfaitement ressenti, les secousses d'un tremblement de terre. Nous pourrions citer une dame habitant rue Thiers qui a vu, étant couchée, son armoire à glace s'ouvrir toute grande. Une autre, place Saint-Maclou, dans son lit, a parfaitement remarqué une oscillation. Dans la maison du théâtre Grimber les secousses ont été également très sensibles et une dame s'est écriée: «tiens ! comment cela se fait-il, tout remue dans ma chambre !»
Aucun accident ne s'est d'ailleurs produit. Seulement la journée avait été assez chaude et très orageuse.

Plusieurs mois après l'évèmement, la Revue du Cercle militaire (n°23, 1889) dans sa "chronique scientifique, littéraire et artistique", publiera une analyse plus complète du phénomène et de ses conséquences.

[...] Le bassin de la Seine, malgré l'épaisseur considérable de couches superposées qui séparent la surface des roches primitives sous-jacentes, a éprouvé,dans la soirée du 30 mai 1889, de légères secousses de tremblement de terre : vers huit heures trente cinq minutes, cinquante ou soixante personnes ont ressenti très nettement une assez forte trépidation dans le sens horizontal, et certaines gens ont même vu, affirment-elles, trembler la table sur laquelle elles écrivaient. La secousse, assez violente au Havre et à Rouen, a été également ressentie à Versailles, au Vésinet [1], où une maison a été lézardée, à Asnières où elle semble s'être produite dans le sens vertical, à Corbeil, et dans quelques autres points des environs de Paris.
En dehors du bassin de la Seine, les secousses ont été d'une certaine intensité à Cherbourg où des pierres se sont détachées du portail de l'église de la Trinité, à Caen, à Pont-Audemer, à Guernesey, et jusque dans l'île de Wight et dans le Dorsetshire; en Espagne, au Ferrol, on a également ressenti quelques ébranlements, sans qu'on puisse nettement rattacher ce mouvement à celui du Nord-Ouest de la France.
A Paris et dans les environs, la secousse semble avoir été unique ; mais, en Normandie, il en a été signalé trois, dans l'intervalle de trente à quarante secondes et même quatre à Pont-Audemer.

Ces mouvements sismiques sont rares dans nos régions. Néanmoins, l'Observatoire de Paris a fait installer en plusieurs points des sismographes thermo-électriques, destinés à rendre compte des moindres mouvements du sol ; pour les soustraire à l'influence des causes extérieures, telles que la trépidation des voitures, on a établi ces appareils dans les catacombes.
Il existe également à l'Observatoire météorologique du parc de Montsouris un indicateur magnétique. Cet instrument, dans l'après-midi du 30 mai, et dans les deux journées suivantes, mais plus spécialement à l'heure où a eu lieu la faible secousse signalée à Paris, ont accusé dans la marche de l'aiguille aimantée, ordinairement régulière, des sauts et des saccades qui, sans être très intenses, n'en étaient pas moins d'une certaine netteté. Ils semblent donc confirmer l'hypothèse déjà admise depuis longtemps à la suite des perturbations de la boussole observées lors des tremblements de terre, hypothèse d'après laquelle, sans préjuger en rien la cause des phénomènes sismiques, on les considère comme liés dans une certaine mesure au magnétisme terrestre.
Il est à remarquer que ce mouvement a été peu sensible ou même nul dans les points bas de Paris :
les appareils installés au sommet de la tour Eiffel n'ont rien indiqué, et le gardien du phare n'a rien remarqué d'anormal. Il est probable que cette petite secousse ne sera de longtemps suivie d'aucune autre, et que les orages de ces derniers jours, absolument indépendants de ce phénomène, ne peuvent nous en faire craindre le retour.
[2]

 

Décrit comme "Un des plus forts séismes du siècle en Normandie," il fut fortement éprouvé à Jersey et Guernesey, ainsi que dans l'Orne, le Calvados, l'Eure, l'Eure-et-Loire, la Seine-Maritime et la Mayenne. Il fut ressenti jusqu'en Angleterre et, en France, jusqu'à Salouêl (Somme), Saint-Malo, Rennes; il semble même que le séisme aurait été ressenti à Bâle. Des maisons furent lézardées à Caen, Flers et Avranches, des vitres brisées à Saint-Malo, Flers, Cherbourg où tomba un chapiteau de l'église de la Trinité. [3]
La presse de l'époque, pas plus que les sismologues par la suite, n'ont pas fait le lien avec un très important séisme qui, le même jour, frappa la Californie, à près de 10 000 kilomètres de distance [4].

    [1] Nous n'avons pas trouvé trace d'une mention de cette maison lézardée dans les sources locales.

    [2] Notre région est réputée pour être une des plus stables d'Europe au point que la société JEOL, leader mondial dans la microscopie électronique, ait choisi d'installer, dans les années 1980, son centre d'essai des microscopes les plus puissants du moment dans la plaine de Croissy-sur-Seine, motivant son choix par l' extrême stabilité du terrain.

    [3] Le Phare de la Manche, 3 juin 1889.

    [4] Flammarion E. Sur le tremblement de terre du 30 mai  CR.Acad.Sci., 1889, t.108, p.1188-1189 et Le tremblement de terre du 30 mai 1889, La Nature, N°836 - 8 juin 1889.


Société d'Histoire du Vésinet, 2010- www.histoire-vesinet.org