Société d'Histoire du Vésinet, 2015

Anne-Marie Peysson, le sourire de la télévision

Anne-Marie Peysson, présentée comme « la première speakerine souriante et pétillante de la télévision » ou « le premier rayon de soleil du petit écran » [1] devient très rapidement la préférée des téléspectateurs. Difficile aujourd'hui d'imaginer la notoriété d'une « speakerine ». Elles sont les premières stars de la télévision, les toutes premières à faire la Une des magazines. Chargées d'expliquer, d'excuser les nombreuses interruptions de diffusion qui jalonnent les premières années de la télévision, elles compensent par leur sourire, des moyens techniques encore défaillants.
Anne-Marie débute en 1954 à Télé-Marseille, elle a 19 ans. Après 4 années passées à Télé-Marseille, l'une des premières télévisions régionales, elle vient à Paris pour quelques remplacements dans Paris Club présenté par Jacques Chabannes et Roger Féral. C'est la toute première émission de la mi-journée qui accueille les artistes et les intellectuels qui font l'actualité.

Anne-Marie Peysson en octobre 1959

Photographiée par Jean Lattes [2].

Anne-Marie devient speakerine de la télévision nationale en 1960. La RTF d'alors ne compte qu'une seule chaîne et, très rapidement, elle devient une grande vedette populaire, préférée – dit-on –- à ses consœurs plus anciennes, Catherine Langeais arrivée en 1950, Jacqueline Caurat en 1953 et Jacqueline Huet en 1958.
A partir de novembre 1965, Anne-Marie est aussi la partenaire de Guy Lux dans Le Palmarès des Chansons, une des toutes premières émissions de variétés. Elle tient là un rôle d'animatrice à part entière. Le Palmarès des Chansons, une grande émission populaire, est diffusée chaque semaine en direct, en public, depuis la Maison de la Radio. Toutes les stars de la chanson s'y produisent. C'est pour elles une forme de consécration.

    Anne-Marie au Vésinet (1966-1970)

    Anne-Marie fait la Une des magazines en épousant le cascadeur de cinéma Jean Falloux. Elle met au monde leur fils Jean-Pierre le 9 mai 1966. C'est peu après la naissance de Jean-Pierre que le couple s'installe au Vésinet, dans une jolie maison de l'avenue des Pages. Très naturelle, très « sociable » elle est vite adoptée par les gens du voisinage et les commerçants du quartier des Charmettes dont elle est une cliente régulière. Pour un article sur le Vésinet [3] elle témoigne : « ce que j'aime par-dessus tout, dans cette ville, c'est " voisiner ". Quand on habite au Vésinet, on a la flemme de ressortir le soir, alors on se voit entre nous. Et puis dans ma rue, il y a une vraie vie ; dès qu'il y a un rayon de soleil, on se met tous sur le pas de la porte et on bavarde ». Les voisins en question s'en souviennent encore. « C'était une femme extrêmement gentille et souriante, au regard vif et pétillant, joyeuse [...] On la voyait très souvent dans le quartier, elle venait à pied, très simplement. Achetait sa viande chez Bailly. Quelques mois plus tard, son mari se tuait. [...] Très digne, elle continuait à venir dans le quartier avec son petit Jean-Pierre ou ses parents. » [4]
    Jean Falloux meurt dans un accident, lors d'une cascade aérienne au cours d'un tournage en 1967. [5] Anne-Marie est soutenue par la France entière. Elle reçoit des milliers de lettres, de nombreux témoignages d'affection. « Les gens respectaient sa douleur et lui adressaient un sourire attristé, mais ne l'assaillait pas ».

    Anne-Marie et Jean-Pierre en vélo au Vésinet

    Photo de presse, 1969

    Elle continue à faire du vélo, pieds nus, avenue des Pages, à aller chercher Jean-Pierre à l'école. Durant la longue grève de mai 1968, elle échange librement sur les incertitudes de son avenir. Elle fait encore les titres de nombreux journaux de télévision mais aussi de la « presse du cœur » – on ne parle pas encore de presse people. On se souvient d'une relation avec le chanteur Alain Barrière qui venait souvent la voir. « Il faisait les courses avec elle, ou venait seul avec le petit Jean-Pierre. France-Dimanche fit plusieurs articles sur cette liaison ».
    A l'épicière qui, un jour, s'indigne auprès d'elle de ces articles, elle répond : « ça met du beurre dans les épinards en cette période difficile ».
    C'est aussi France-Dimanche qui annonce en 1970 : « Anne-Marie Peysson s'est remariée en secret avec un célèbre journaliste de RTL ». Il s'agit d'Alain Krauss, le directeur des programmes.
    La Villa de l'avenue des Pages doit être vendue après le décès de sa propriétaire et Anne-Marie Peysson s'en va à Croissy, non loin de là. Jean-Pierre fréquentera le Lycée Alain. En 1999, il connaîtra lui aussi une fin tragique dans un accident de moto. Il se destinait au Théâtre ...[6]

Entre temps, Anne-Marie Peysson est devenue une des « grandes voix de la Radio ».
Entrée à RTL en 1968, elle accompagne, dans un premier temps, Philippe Bouvard dans RTL non stop, l'après-midi. Elle occupe ensuite tous les créneaux majeurs de la station luxembourgeoise. Première animatrice de Stop ou encore, la plus vieille émission de RTL, elle devient un des atouts majeurs de la station en occupant les matinées entre 8h30 et 11 heures. Jean Farran, directeur de RTL, a l'idée de réunir à l'antenne en 1973, Anne-Marie et son mari Alain Krauss dans la « tranche info » du matin. C'est un succès. RTL raffle la première place de l'audimat à la revue de presse d'Ivan Levaï sur Europe 1. Le couple-vedette anime ensuite, à partir de 1981, Les auditeurs ont la parole toujours à l'antenne trente ans après sa création.
Pourtant, Jean-Pierre Dusseaux, chargé de rajeunir l'antenne de RTL, décidera, en 1990, de se séparer d'Anne-Marie qui le vivra très mal.
Revenue occasionnellement à la télévision en 1975 pour Une minute pour les femmes, programme court d'Eliane Victor, sur recommandation de Françoise Giroud (grande journaliste alors secrétaire d'Etat à la condition féminine), elle présente aussi La Cuisine légère avec le chef Michel Guérard. Elle animera un jeu Les uns contre les autres sur TF1, dans les années 80 sans rencontrer le succès. Sa toute dernière émission, ce sera Lundimoitout sur France 3 après son licenciement de RTL.


Sur les bords de Seine à Croissy, 1994.

A ses débuts, elle s'est adonnée à la chanson :Contes et légendes du folklore de France (1964) ; Sous le signe de l'olivier (1965), avec Henri Génès, Mathé Altéry et Jacques Morel ; Le théâtre ferme (1967) ; Du bois sec pour tout l'hiver (1968) ; On est bien quand on est deux (1973), avec Gérard Bourgeois. En 1976, elle enregistre un album entier de recettes de cuisine mises en musiques, sur lequel on trouvait par exemple la chanson de La terrine de lapin au gin et aux noisettes.
Après avoir signé en 1966 un premier livre La petite histoire d'une speakerine TV, elle publie en 1978 une autobiographie Comme vous je pleure, j'aime et je ris. Mais ses succès de librairie viendront d'ouvrages pratiques : Mes trucs miracles pour la cuisine (1997) ; Conseils pratiques et judicieux pour entretenir vos jardins d'intérieur, vos balcons fleuris ou vos petits parcs à la campagne (1996) ; 1001 trucs et astuces de nos grands-mères (2009).
Elle est revenue finir ses jours dans notre commune, en soins palliatifs à l'hôpital du Vésinet où elle est décédée le 14 avril 2015. Elle est inhumée à Croissy.

« Son sourire, ses fous rires, ses petits cafouillages délivrés avec une fraîcheur toute naturelle, avaient fait d'elle, au cours des années 1960, l'une des speakerines et animatrices préférées des Français. Avant de devenir l'une des voix emblématique de RTL ... » Par ces mots, le président de RTL concluait l'hommage que lui rendait la Sation au lendemain de sa mort. C'est le souvenir que nous en garderons.

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    Notes et sources :

    [1] Jacques Sanchez. Anne-Marie Peysson, le premier sourire de la télévision, PureMédias, 9 octobre 2011.

    [2] Inoubliables. Recueil de photographies de Jean Lattes, par Janine Lattes, 2011. A.-M. Peysson y est présentée comme présidente de l'ALCIP. C'est une erreur d'homonymie.

    [3] Le Vésinet, un rêve bâti sur du vert, La Maison française, 1981.

    [4] Témoignages recueillis pour la SHV par Françoise Firmin et Marc Antoine.

    [5] Le 2 septembre 1967, lors d'une cascade aérienne pour le film "Les Grandes Vacances" de Jean Girault.

    [6] Jean Falloux et Jean-Pierre Falloux-Krauss sont inhumés au cimetière municipal du Vésinet.


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