Le Semeur de Versailles et de Seine-et-Oise, 20 juillet 1913

La bénédiction de l'Eglise Sainte Pauline

Dimanche dernier, 13 juillet 1913 [1], les catholiques du Vésinet se pressaient nombreux à la cérémonie grandiose de la bénédiction d'une nouvelle église. Ils n'étaient pas attirés par une curiosité vaine, mais par la joie réconfortante d'une prise de possession d'un nouveau temple à la gloire de leur Dieu.
La fête, incomparable, se déroula à leurs yeux, sous les feux d'un soleil radieux, dans le cadre merveilleux d'un parc magnifique. Elle affirma l'union des catholiques pour la défense de la religion. Une pareille manifestation est une protestation magnifique de tout un peuple contre ceux qui prétendent que le catholicisme est en pleine décadence, lorsque, au contraire, nous voyons sur tous les points de notre patrie, un réveil de foi sans précédent dans toutes les classes de la société.
A dix heures, Mgr Gibier, procède à la bénédiction extérieure. Les fronts s'inclinent respectueusement sur son passage. Gravissant les quelques marches, Sa Grandeur entre dans la nouvelle église suivi du vicaire général, le si sympathique abbé Leblanc, du doyen de Saint-Germain, M. Duchemin, du clergé du Vésinet et des environs. Tout en procédant à la bénédiction intérieure, au chant des litanies des Saints, Mgr contemple cette magnifique église. Cette bénédiction terminée, les portes sont ouvertes et avec un ordre parfait, sans bousculade, les paroissiens pénètrent dans le saint lieu. Tout le monde est émerveillé de la beauté du nouveau temple. La lumière claire et resplandissante y pénètre par des vitraux splendides. Les voûtes sont peintes et semblent rivaliser avec le pur firmament. L'autel, en marbre blanc ruisselle d'or, la table de communion laisse voir ses ogives dentelées d'un fini merveilleux. Derrière l'autel, un vitrail, d'un effet saisissant nous montre un soleil d'or et dans l'azur se voient les traits de la jeune fille dont ce bel édifice consacre le souvenir. En bas les portraits ressemblants de M. et Mme Chardron, ses parents.
Un chemin de croix invite les fidèles à accompagner le Seigneur dans sa longue et douloureuse agonie.
Monseigneur remercie Mme Chardron d'avoir doté cette partie éloignée du Vésinet, d'un si bel édifice. Il évoque la chère disparue, témoin là-haut, de la générosité de sa bonne mère qui a réalisé le vœu de ses derniers moments.
M. le curé du Vésinet, très ému, monte à l'autel et dit la messe. La foule, recueillie, suit pieusement l'office divin pendant que des artistes distingués font entendre les plus beaux chants de musique religieuse. A 11 heures, la première partie de la cérémonie était terminée.
A l'issue de la messe, Mme Chardron et M. le curé avaient retenu les membres du comité paroissial, du comité d'action, les curés des environs, l'archiprètre et les entrepreneurs qui avaient concouru à l'édification de l'édifice, à un déjeuner intime. M. le curé profita de cette réunion pour dire à Monseigneur combien il était heureux et lui offre cette nouvelle église au nom de Mme Chardron et tout le bien qui devait en résulter dans ce quartier éloigné...
Une fois encore, Monseigneur remercia Mme Chardron en son nom, au nom de M. le curé du Vésinet et au nom de toute la population si intéressante du Rond-Point du Pecq. Un mot aimable fut adressé à chacun et tout particulièrement à M. Houpin [2], le distingué jurisconsulte si sincèrement attaché aux œuvres paroissiales du Vésinet, à M. Devin [3], ancien bâtonnier de l'ordre des avocats, toujours heureux de mettre ses grandes connaissances juridiques à la disposition de la cause catholique.
Enfin, dit Monseigneur, "il en est un que je tiens à remercier tout spécialement. Après bien des travaux de tourments, de vicissitudes et de veilles, il est juste de le placer à l'honneur. M. le curé du Vésinet a été l'inspirateur, le conseiller, l'âme dévouée de cette entreprise magnifique. Aussi, dans notre reconnaissance, nous le nommons chanoine honoraire et lui accordons, pour se reposer de ses rudes labeurs, un congé de deux mois."
Des applaudissements unanimes se font entendre et tous les invités apportent au nouveau chanoine les plus cordiales félicitations et les compliments les plus sincères.
M. le chanoine Cantrel [4], dont la modestie égale l'abnégation, remercie sincèrement de ces marques de sympathie et d'affection et tout le monde se rend à l'église pour la deuxième partie de la cérémonie qui va se dérouler dans l'église, déjà bondée de fidèles.
M. le curé du Vésinet rend compte à Mgr des travaux exécutés, de ce qui reste à faire et de la nécessité d'une mission lors de l'ouverture définitive de la nouvelle église. Monseigneur répond et expose la nécessité pour un pays d'avoir des églises. "Elles sont la sauvegarde de la religion, de la patrie et de la famille. Elles rappellent aux hommes leurs grands devoirs dans le monde et les espérances futures qui nous attendent, après la mort."
Chacun, avant de se retirer, tient à serrer respectueusement et affectueusement la main de Monseigneur.

Au mois d'octobre, la nouvelle église sera définitivement ouverte au culte et érigée en paroisse.[5] C'est à cette époque que l'autel sera consacré.

A. G.

    Notes :

    [1] Et non le 12 juillet comme ce fut souvent publié à tort.

    [2] Charles Houpin, principal clerc de notaire à Paris, rédacteur en chef du Journal des Sociétés, auteur de nombreux ouvrages de référence en matière de Sociétés civiles et commerciales, avait sa résidence de villégiature au 7bis avenue des Pages, au Vésinet. Il eut des démélés avec la justice à propos de son aide aux congrégations religieuses au moment de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

    [3] Me Léon Devin, avocat, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats à la Cour d'appel, ancien vice-président de la Société d'études législatives, membre du Comité du Centenaire du code civil, avait sa maison de villégiature au 7bis boulevard Carnot, au Vésinet.

    [4] Abbé Jean Cantrel, curé de Sainte Marguerite du Vésinet de 1907 à 1916.

    [5] Elle restera une succursale de Sainte Marguerite jusqu'en 1919.


Société d'Histoire du Vésinet, 2013 - www.histoire-vesinet.org