D'après le Dr Victor Arnulphy. Les écoles de plein air en France, in La Culture physique (Paris) - juillet 1910 (A7, n°132).

L'Ecole de plein air du Vésinet

En France, nous ne sommes pas en retard. Nous possédons, en effet, des écoles de plein air à Lyon, au Havre, à Nîmes et à Paris. Voici quelques lignes, du rapport du Dr Vigne sur l'Ecole municipale lyonnaise de plein air :

« II nous faudrait exposer encore les nombreuses transformations si saisissantes qu'elles ne manquent pas de frapper toutes les personnes auxquelles il est donné de voir les enfants à quelques semaines d'intervalle. Peu à peu, les joues émaciées, blafardes, se colorent, les jambes et les bras grêles s'arrondissent, les muscles amollis et flasques s'affermissent, un sang plus abondant et comme régénéré vient alimenter les tissus. Les apparences de la santé reparaissent sur tous les visages naguère pâlots et pitoyables; la gaîté s'avive, la vie devient plus exubérante. » ...«Nous croyons fermement à la nécessité d'instituer sans tarder, à proximité de toutes les grandes agglomérations urbaines, ces précieuses institutions médico-pédagogiques où, sans rien distraire au temps déjà trop court consacré à leur éducation intellectuelle, les jeunes générations des classes peu fortunées, débilitées par les conditions pernicieuses de l'existence habituelle, puissent venir à temps se régénérer, aux frais d'une collectivité prévoyante. »

Paris se devait de ne pas rester en arrière dans cette voie et, tout récemment, la Caisse des écoles du XVIe arrondissement inaugurait la première école de plein air parisienne au Vésinet [1]. Elle a fait choix de l'ancien établissement congréganiste des Pères de Sainte-Croix, lequel dresse ses bâtiments modern style tout au haut d'une côte, sur la route de Chatou au Pecq, au milieu d'un vaste parc de 18 000 mètres carrés de superficie. Avec ses vertes pelouses et ses massifs touffus, l'école du Vésinet est un véritable palais de verdure, et les ormes, les sapins et les chênes qui lui font une vaste et douce ceinture d'ombre lui mériteraient presque, à elle aussi, le nom d' « École de la Forêt » qu'on a donné, en d'autres villes, aux écoles de plein air du même genre.
La direction éducative de l'œuvre a été confiée à M. Lacabe-Plasteig [2], inspecteur primaire.

Suivant le programme de l'école, les 80 enfants, — 40 garçons et 40 fillettes, — qui sont les hôtes de l'École du Vésinet, et qui ont été choisis par les médecins parmi les plus chéfifs de ceux fréquentant les écoles du XVIe, sont surtout l'objet de « soins du corps ». Mais les soins de l'esprit ne leur manquent point cependant. Quatre institutrices détachées des cadres de la ville de Paris y pourvoient et s'appliquent, moins avec des livres que par des leçons de choses, à tenir en éveil les jeunes intelligences qui leur sont confiées. Deux heures et demie par jour seulement sont réservées à la partie « études ». C'est amplement suffisant ! La durée du séjour à l'école est de 35 jours (l'école étant ouverte d'avril ou mai à octobre), mais elle peut être prolongée pour ceux des élèves qui en auront le plus besoin [3].
II va sans dire que cette « École de plein air » n'aura pas été sans coûter de gros sacrifices à la Caisse des écoles du XVIe. Les frais d'achat de la propriété se sont élevés à 130 000 francs, et ceux d'aménagement à 30 000 francs. L'entretien des élèves et du personnel coûtera certainement de 10 à 15 000 francs par mois. C'est là évidemment un lourd budget, et il faut féliciter la Caisse des écoles du XVIe d'en avoir accepté la charge. Mais les résultats seront certainement à la hauteur des sacrifices.
Il est à désirer, que l'exemple donné par les villes citées plus haut, soit suivi par beaucoup d'autres. Les sacrifices pécuniaires nécessaires seront vite compensés par l'arrivée dans la vie sociale de garçons solides de corps et d'esprit énergique, représentant une somme considérable en travail utile.
On obtiendra ainsi l'amélioration des nouvelles générations qui aboutira finalement à la régénération complète de la race entière. C'est créer une nation forte et puissante, fière d'être gardée et mise en valeur par une jeunesse robuste, vaillante, ne craignant rien, et surtout pas les microbes.

Un autre article de 1912 fournit quelques précisions supplémentaires [4]:

L'Ecole d'internat type est la Colonie scolaire [5] du Vésinet fondée par la Caisse des Ecoles du XVIe arrondissement de Paris...
Il y a lieu de fixer avec précision la durée du séjour des enfants afin qu'ils puissent en retirer un bénéfice appréciable. Le choix des enfants qui doivent bénéficier des écoles en plein air doit être minutieux.
Les écoliers doivent d'abord recevoir les soins nécessaires lorsque leur gorge et leurs oreilles sont défectueuses. Pour faciliter l'inspection, les enfants doivent être divisés en plusieurs types selon leur morphologie physiologique.
Il est à souhaiter qu'un professeur de gymnastique rationnelle ou un instituteur spécialement éduqué soit attaché à chaque établissement. Pour ces exercices, les élèves seront répartis en groupes selon leur morphologie fonctionnelle et les exercices appropriés indiqués à chaque groupe.
Cette méthode d'entraînement physique, la seule rationnelle, est celle que le Ministre de la Guerre français vient de mettre en expérience dans 70 régiments. Les résultats obtenus jusqu'à ce jour dans les écoles en plein air et spécialement à l'Ecole du Vésinet sont les plus encourageants.
Les statistiques montrent que les constantes physiques, poids, périmètre thoracique, épreuves dynamométriques sont améliorées dans la plupart des cas. Pendant les deux premières années de fonctionnement, l'Ecole en plein air du Vésinet a reçu 800 écoliers pris dans les plus mauvaises conditions de santé et la plupart d'entre eux ont tiré les plus grands bénéfices d'un séjour de quelques semaines dans cette école.
L'Ecole en plein air doit être considérée comme un des agents efficaces de la lutte antituberculeuse.

   

Il faut cependant préciser que ces enfants ne sont pas des malades : "ils devront tous, avant le départ pour l'école champêtre, passer un examen médical. Ce seront des enfants qui ne sont pas chez eux dans d'excellentes conditions hygiéniques et qui se trouveront bien d'être, pendant quelque temps, transplantés hors de l'existence parisienne. Pour cet essai le sénateur Gérente, maire du 16e arrondissement, a fait choix du Vésinet, à cause de la proximité de Paris et de la salubrité de son climat" [6].

    [1] L'initiative en revient à M. Gérente, Sénateur-maire du XVIe arrondissement (Journal des débats politiques et littéraires - n°107, 18 avril 1909).

    [2] Antoine Lacabe-Plasteig est l'auteur de nombreux livres de classe, d'éducation à destination des parents et des enseignants et de lutte contre l'alcoolisme en particulier.

    [3] Il s'inspirait des modèles existant en Allemagne, "tout à fait différente des colonies scolaires, qui se sont multipliées depuis quelque temps en France, et dans lesquelles les enfants jouent et ne travaillent pas". Au Vésinet, les enfants y seraient envoyés du mois d'avril au mois d'octobre, y seraient internes et y suivraient les mêmes classes que dans les écoles de Paris. Les classes seraient naturellement faites en plein air, chaque fois que le temps le permettrait.

    [4] Extrait de la revue Pédiatrie (Marseille) - Première année, n°5, 25 mai 1912.

    [5] Le grand portail à l'angle du Boulevard Carnot et de la rue Villebois-Mareuil, porte encore les lettres C et S pour "Colonie Scolaire", dernier vestige de cet établissement dont tous les bâtiments ont disparu.

    [6] Revue de la solidarité sociale - Sixième année, n°61 juillet 1909.


Société d'Histoire du Vésinet, 2012- www.histoire-vesinet.org