D'après Patrick Vazeilles - Echos du passé in Le Vésinet, revue municipale, n°56, septembre 1981

De Saint-Rémi au collège du Cèdre

L'institut Sainte-Croix

Le 18 février 1877, M & Mme Bivort achetèrent le terrain situé 46, route de Chatou à la Société Pallu & Cie. [1]
Le 10 juin 1890, ils vendirent à MM Labbé, prêtre, Delaunay et Buffereau, directeurs d'école libre, une propriété de campagne dite Villa Saint-Rémi pour la Congrégation des Frères de Sainte-Croix de Neuilly afin d'y fonder une institution qui serait dirigée par des prêtres et des religieux de Sainte-Croix.

Institution Sainte-Croix

Plusieurs bâtiments furent édifiés autour de la Villa, dont une chapelle. Une publicité de 1892 décrivait ainsi l'Institution :

Elle occupe un magnifique local au milieu d'un vaste enclos, dans la partie la plus élevée du Vésinet, là où l'air est le plus pur, avec une belle perspective de tous les côtés. Les enfants et les jeunes y trouvent, avec une hygiène parfaite, tous les avantages d'une éducation chrétienne et d'une instruction soignée.

D. Thibault & G. Deloison - Le Vésinet et ses environs. 1892

En 1898-1899, Maurice Denis décora la chapelle de six toiles marouflées, représentant de part et d'autre d'un crucifix se détachant sur le paysage de la terrasse de Saint-Germain, l'exaltation de la Croix et la Glorification de la messe. L'inauguration eut lieu en juin 1899.


La chapelle de l'Institution Sainte-Croix
(elle fit office de gymnase et de salle de cinéma pour l'école Pallu)

A la suite de la promulgation de la loi du 1er juillet 1901 sur les associations, la congrégation se trouva dissoute de plein droit par suite du rejet de sa demande en autorisation, bien que le conseil municipal, dans sa séance du 22 décembre 1901, ait donné un avis favorable à la demande d'autorisation formulée par les Pères de Sainte-Croix. Elle fut pourvue d'un liquidateur, Maître Ménage, suivant le jugement rendu par le Tribunal civil de la Seine le 2 avril 1903. En exécution d'un jugement rendu par le même Tribunal le 22 juin 1906, Maître Ménage fut autorisé à faire procéder à la vente aux enchères des immeubles de la Congrégation dissoute dite "Les Frères de Sainte-Croix" dont la maison mère avait son siège à Neuilly. Ces immeubles comprenaient notamment la propriété du Vésinet qui fut adjugée le 27 mars 1907 à Messieurs Verte et Bigot.

Colonie scolaire du Vésinet, école de plein air

La propriété fut acquise par la Caisse des Ecoles du XVIe arrondissement de Paris, le 2 février 1909, pour y accueillir les enfants de santé fragile de cet arrondissement, dans une Ecole de plein air. Le grand portail à l'angle du Boulevard Carnot et de la rue Villebois-Mareuil, porte encore les lettres C et S pour "Colonie Scolaire", derniers vestiges de l'établissement.
En 1914, et pour la durée de la guerre, la villa Saint-Rémy fut transformée en hôpital.

Première Guerre mondiale - Hôpital Auxiliaire 30

L'Hôpital 30 (H.A.30) a été créé au Vésinet, dans les locaux de l'école de Plein air, mis gratuitement à la disposition du Comité par la Mairie du 16ème arrondissement. Le chiffre primitif de cinquante lits a été porté ensuite à cent soixante. On y soigne de petits blessés ; on y fait de la médecine générale. L'affectation antérieure de ces vastes salles, de ce beau jardin, les désignait pour l'usage d'une formation hospitalière : la générosité du Comité du Vésinet ratifia cette désignation. [2]


École de Plein-Air au Vésinet, transformée en hôpital.

ADMINISTRATION DE L'HOPITAL AUXILIAIRE n°30

Administrateur : M. Georges Robin

Premier comptable : M. Lafont-Rapnouil

Deuxième comptable : M. F. Deutz

Médecins : Docteurs Raffegeau, Mignon

Pharmacien : M. de Gaillande.

Infirmières : Mmes Coqueret, Lafont-Rapnouil, Puigrenier, Van-Driesch, Mimerel, Vanbuisson, Watrin

Dépense : Mme Cæsar

Lingerie : Mme Flamant

Aumonier : Curé du Vésinet

   

Après la Guerre, la propriété fut louée par le département de la Seine pour l'installation provisoire d'un Orphelinat destiné à l'éducation des Pupilles de la Nation (1921-1926).

La clinique de Saint-Rémy

Le 25 mars 1927, un bail fut concédé par la Caisse des Ecoles, représentée par M. Bouillet, maire du XVIe arrondissement, agissant au nom et comme président du comité d'administration de la Caisse, à MM. Maudet et Julien, négociants, demeurant à Paris. Le bail était établi pour une durée de 18 ans (du 1er avril 1927 au 1er avril 1945). Dans la partie charges et conditions, on pouvait lire:

[les preneurs] ne pourront utiliser la propriété présentement louée que pour une clinique médicale et chirurgicale, maison de santé et de repos, tant pour les malades pouvant s'y trouver que pour les membres de leur famille et les amis qui viendraient y séjourner.
Il est formellement interdit aux preneurs de sous-louer en tout ou en partie les lieux loués ou de céder leurs droits au présent bail si ce n'est à la société qu'ils se proposent de constituer ou à tous successeurs pour l'exploitation de la clinique à laquelle sont destinés les locaux présentement loués
[...] à charge dans ce cas de rester garants et répondants solidaires de leurs cessionnaires pour le paiement des loyers et l'exécution de toutes les charges, clauses et conditions du présent bail.

Le 7 mai 1928, la Société anonyme dite "Villa Saint-Rémy" s'engageait vis-à-vis de la Caisse des Ecoles aux lieu et place de MM. Maudet et Julien. La Clinique Médicale St Remy était déjà opérationnelle.


Carte postale publicitaire, Clinique Saint-Rémy

Entre le 5 décembre 1927, date de la première naissance (une fille) et le 30 décembre 1930, date de la dernière (un garçon), l'établissement, dirigé par le docteur Besançon, enregistre 89 naissances (48 filles, 41 garçons) dont quelques unes de familles vésigondines (18 filles, 21 garçons). Durant la même période on enregistre 11 décès dont 5 vésigondins.
En 1931, le docteur Allamagny substitue à cette
Clinique médicale et chirurgicale, une Maison de Santé pour grands nerveux. Le pensionnaire le plus illustre de la Villa Saint-Rémy fut probablement Victor Augagneur, maire de Lyon, gouverneur général de Madagascar et plusieurs fois ministre. Il y passa les derniers mois de sa vie et y mourut le 23 avril 1931, âgé de 76 ans.

La seconde guerre mondiale et les réquisitions

La clinique Saint-Rémy connut trois réquisitions: française, allemande et américaine.
Dès 1937, le Commandant d'armes de la place de Saint-Germain avertissait la mairie du Vésinet que la commune devait, en cas de mobilisation, le logement à 22 officiers et 10 infirmières destinés à des hôpitaux complémentaires qui seraient ouverts au Vésinet. Saint-Rémy accueillerait six officiers et quatre infirmières, les autres seraient logés à l'Asile National des Convalescentes. le 2 septembre 1939, le Service de Santé des armées annonça au maire du Vésinet l'occupation par le Service de Santé militaire, de la clinique Saint-Rémy dès le lendemain. Elle se teminera le 9 juillet 1940.
Le 24 juillet débuta la réquisition par les troupes allemandes qui s'acheva le 15 août 1944. Celles-ci brûlèrent en mars 1941 une grande partie du mobilier se trouvant dans les dépendances de l'établissement. Des arbres du parc furent également abattus à diverses reprises et notamment en 1941 et 1943.
Puis ce fut l'installation des troupes américaines du 21 septembre 1944 au 31 octobre 1945.
Par lettre du 26 septembre 1944, le docteur Allamagny, directeur général de la société anonyme Clinique médicale Saint-Rémy annonça qu'il ne solliciterait pas le renouvellement du bail venant à expiration en avril 1945, expliquant que "après la réquisition américaine, la fermeture de l'établissement depuis le 2 septembre 1939, la perte de sa clientèle et de son bien ne nous permettent plus d'envisager la remise en exploitation après la guerre. Il n'est plus possible à ma société de solliciter un nouveau bail".
Saint-Rémy devait connaître une dernière réquisition avec l'installation de la Compagnie Républicaine de Sécurité n° 6 après le départ des troupes américaines.
En exécution des dispositions de la loi du 11 juillet 1938 au bénéfice du Matériel de la Sûreté nationale, le préfet de Seine-et-Oise avait pris un arrêté de réquisition en faveur de la C.R.S. n° 6 le 1er novembre 1945. Réquisition qui fut prolongée le 30 avril 1947 jusqu'au 1er avril 1948, malgré l'opposition de la municipalité.

L'achat par la Ville du Vésinet

Le 20 décembre 1945, M. Louvel avait pris contact avec la Caisse des Ecoles pour lui faire part du désir de la Ville du Vésinet de se porter acquéreur de Saint-Rémy. Lors de la séance du Conseil municipal du 13 juin 1946, le maire rendit compte de la situation particulièrement critique des locaux scolaires existants. L'immeuble Saint-Rémy construit autrefois pour l'institution Sainte-Croix-de-Neuilly semblait parfaitement adapté pour un usage scolaire. Le Conseil décida l'acquisition de la propriété. Dans sa séance du 16 septembre 1946, le Conseil, après avoir écouté l'exposé du maire sur les démarches qu'il avait effectuées en vue de l'acquisition de Saint-Rémy, le "remercie de son activité et lui accorde sa confiance pour mener à bonne fin les négociations engagées qui peuvent seules apporter une solution à l'angoissant problème des locaux scolaires".
Le 31 décembre 1946, le préfet déclara d'utilité publique l'acquisition et l'aménagement de la propriété Saint-Rémy en locaux scolaires. Le 28 février 1947, la Ville, représentée par son maire, M. Louvel, acheta la propriété Saint-Rémy à la Caisse des Ecoles. Le Conseil municipal du 10 juillet 1947 approuva les plans et devis pour l'aménagement d'un groupe scolaire de garçons et filles. En 1948 commencèrent les premiers travaux d'aménagement de Saint-Rémy qui pris le nom de Groupe Pallu (école de garçons). Plusieurs bâtiments furent ajoutés par la suite.


Groupe Pallu (bâtiment de 1954) pendant le chantier de rénovation en 1972.

En 1972-1973 fut construit un groupe primaire mixte dans la partie Est de la propriété, destiné à remplacer les groupes Pallu et Curie tous deux installés dans les locaux anciens et dispersés entre plusieurs bâtiments. Sur la partie Ouest, les anciens locaux, édifiés par l'institution Sainte-Croix, furent rasés en 1976. Ils ont été remplacés par le Collège du Cèdre, construit en 1980-1981 et inauguré le 26 février 1981.

    Notes :

    [1] Jean Bivort, courtier de commerce, était alors conseiller municipal. Il fit construire une villa qui prit le nom de Saint-Rémi, peut-être en raison de son principal locataire, Dominique Rémi de Montigny, un riche négociant qui y mourut en 1884.

    [2] L'Œuvre hospitalière de la Société française de secours aux blessés militaires, 1914-1917, Paris et banlieue. Editions Gorce, Paris, 1917.

     

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