Erwin Rommel
 [1891-1944]

le renard du désert

 

Erwin Johannes Eugen Rommel est né le 15 novembre 1891 à Heidenheim (Wurtemberg). D'origine bourgeoise, il est le fils d'un professeur de mathématique de Heidenheim et sa mère, est la fille du président du gouvernement de Wurtemberg. Il entre en tant que cadet au 6e bataillon du 124e régiment d'infanterie, à Weingarten en 1910. En 1912, il reçoit son brevet de lieutenant.

Erwin Rommel a vingt trois ans quand éclate la Première Guerre mondiale. C'est sur les fronts français, roumain et italien qu'il se couvre de gloire. Il se fait particulièrement remarquer à deux reprises par son audacieuse tactique d’infiltration en nombre des lignes ennemies suivies d’une attaque à revers, en Roumanie en août 1917 et en Italie en octobre 1917. Pour ses faits de guerre il est décoré de l'ordre "Pour le Mérite".
L'entre-deux-guerres lui permet reconsidérer sa carrière militaire. Il s'inscrit à l'université de Tübingen. Sympathisant du national-socialisme, il fait partie des Sections Armées (SA
). En 1929, il est nommé instructeur à l’école d’infanterie de Dresde puis chargé de cours à l'école de guerre de Potsdam. Il accède ensuite à la direction de l'école de guerre de Wiener-Neustadt. Il écrit à l'intention des jeunes hitlériens un manuel d'instruction tactique: "Infanterie greift an", apprécié de Adolf Hitler.
Les faveurs de Hitler lui valent de figurer en 1938 parmi les chefs du Quartier général du Führer. En 1939, il prend le commandement de la garde personnelle d'Hitler.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, commandant la 7e division blindée pendant la campagne de France (mai-juin 1940), il donne l’assaut aux troupes françaises sur la Meuse, sur le canal de La Bassée ; puis il fonce sur Lille qu’il attaque, et faisant volte-face, il traverse la Somme et enfonce la ligne Maginot. Il surgit partout à l’improviste, et plus particulièrement là où on ne l’attend pas, réglant l’affaire rapidement et partant vers un nouvel objectif en semant le désarroi chez l’adversaire. Son groupe est surnommé par l'ennemi le "
régiment fantôme" pour la vitesse de déplacement de ses troupes, parfaite illustration du Blitz Krieg.
Sa valeur personnelle et ses méthodes tactiques attirent l’attention du colonel général Guderian, inspecteur des troupes rapides et pionnier de la guerre des chars. Désigné par lui comme modèle de l’armée moderne,. il est nommé lieutenant général et reçoit la direction de l'Afrika Korps en Afrique du nord.

  "The Desert Fox"

En 1941, il doit se porter de toute urgence, en Libye, au secours de l'allié italien en difficulté. Il repousse par deux fois les troupes britanniques et la seconde fois, il parvient en juin 1942, à avancer jusqu'à El-Alamein en Egypte. Au cours de cette campagne, Rommel fait preuve dans ses manoeuvres tactiques d'un réel génie militaire qui lui vaudra le surnom de Desert Fox, le "Renard du désert".
Son plan est de s'emparer d'Alexandrie et du Caire puis de pousser jusqu'au Caucase afin de prendre les Soviétiques à revers. L'entêtement du commandement italien, l'absence de renforts et la nette supériorité matérielle des Alliés le conduisent à l'échec. Il est cependant promu feldmarschall par Hitler en 1942.
L'armée allemande est obligée de reculer face à l'offensive britannique déclanchée le 23 octobre 1942. Rommel, malade, est en Allemagne lorsque commence la bataille. L’offensive de Montgomery aboutit à l’écrasement de l'Afrikakorps, que le retour de son chef le 26 octobre n'aura pu empêcher
. Il évacue successivement l'Égypte, la Cyrénaïque et la Tripolitaine.
Les demandes de renforts réitérées de Rommel au G.Q.G. d'Hitler restent sans effets et la confiance du soldat dans le régime vacille. Il reçoit des mains d'Hitler le 11 mars 1943, les diamants de la feuille de chêne avec épées pour sa croix de chevalier de la Croix de fer. Mais en même temps on lui retire le haut commandement de l'armée d'Afrique et on l'envoie en Italie... on ne résiste pas à Hitler!

Chargé de l'inspection du mur de l'Atlantique en mars 1944, il reçoit enfin le commandement du groupe d'armées B de la Loire à la Hollande. Il trouve sur le futur front de l’Ouest des troupes formées d’adolescents inexpérimentés et de vétérans fatigués, rescapés des fronts de l’Est. Le matériel est insuffisant et vétuste, car le meilleur est réservé au front soviétique. Le Mur lui paraît très faible à certains endroits. Le maréchal "bricole" des obstacles pour les plages, remotive ses soldats, se met en quête de chars. Ses hommes installent sur les plages les "asperges de Rommel", pieux dirigés vers le ciel pour empêcher l’atterrissage des parachutistes et des avions. Dans les prés et les dunes poussent les "jardins de l’enfer", meurtriers champs de mines qui avaient contribué à sa réputation en Afrique.

Sur le mur de l'Atlantique

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, Rommel n'est pas à son poste. Il est parti depuis la veille en Allemagne, pour fêter l'anniversaire de sa femme! Les renseignements en sa possession indiquaient clairement qu'il n'y aurait pas de débarquement avant le 15. Son absence le Jour J explique en partie l’indécision des chefs allemands lors du déclenchement de l’offensive. Revenant en toute hâte, il ne peut s'opposer à la percée des Alliés d'autant qu'Hitler, convaincu que le débarquement de Normandie n'est qu'une diversion, refuse une fois de plus de l'écouter.
Grièvement blessé par des chasseurs bombardiers qui mitraillent sa voiture le 17 juillet 1944, sur la route de Laroche-Guyon, près de Livarot, il doit abandonner son commandement. Il est d'abord transporté à l'hôpital militaire de Bernay où il est soigné durant plusieurs jours.
Il ne participe donc pas à la conjuration du 20 juillet. Le 24 juillet, pour l'éloigner du frond, on le transporte à l'hôpital du Vésinet où il reçoit la visite de plusieurs officiers généraux allemands.

Generalfeldmarschall E. Rommel

Déçu par le régime nazi, Rommel était favorable à un putsch contre Hitler à la condition que ce dernier ne soit pas assassiné pour éviter d'en faire un martyr. Au cours d'une réunion des conjurés, Rommel aurait été désigné pour assurer l'intérim à la direction de l'Etat. Mais le 20 Juillet 1944, le putsch échoue. L'auteur de l'attentat, Claus comte Schenk von Stauffenberg, est arrêté le soir même. Il sera fusillé.
Le 8 Août, Rommel est rapatrié du Vésinet vers son domicile à Herrlingen, près d'Ulm
où il est consigné. En raison de sa grande popularité, son implication dans le complot contre Hitler n'a pas été rendue publique. Le 7 octobre, il est invité à Berlin mais refuse de s'y rendre. Le 14 octobre deux généraux se présentent chez Rommel toujours convalescent, pour lui signifier son exclusion de l'armée prononcée par la "Cour d'honneur de la Wehrmacht". Convaincu de sa participation au putsch manqué, Hitler ne laisse à Rommel, que deux possibilités: se présenter devant le tribunal du peuple ou se suicider. Rommel choisit le poison et se donne la mort le jour-même. On lui fera des funérailles nationales à la mesure de sa popularité.

Pour les historiens, le rôle de Rommel dans la conjuration contre Hitler demeure un objet de controverse.
Les carnets personnels de Rommel ont été publiés en 1953 par l'historien anglais Liddell Hart, sous le titre La Guerre sans haine.
Erwin Rommel est probablement le plus célèbre parmi les chefs militaires allemands de la Deuxième Guerre Mondiale. Cette renommée doit aussi beaucoup au cinéma américain d'après-guerre qui l'a traité en héros.

Le Renard du désert
(The Desert fox : the story of Rommel)
 de
Henri Hathaway (1951) avec James Mason

 

"The Desert Fox"
Admired by his men, respected by his enemies, Erwin Rommel was one of the great field commanders of the Second World War"

 

    Source principale : Encyclopaedia Universalis (André Brissaud)
    Lire aussi : The Rommel Papers - 1988 (reedition) -
    B. H. Liddell-Hart, (Editor), Da Capo Press.

     


Société d'Histoire du Vésinet, 2005 - www.histoire-vesinet.org