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Georges Irat au Vésinet

En 1919, fraîchement démobilisé et jeune marié [1] Georges Irat décide d'investir dans l'industrie automobile. Fort de l'expérience acquise avant la Guerre à la tête du service automobile de la Compagnie Générale d' Électricité, il pressent l'essor de cette industrie et entreprend d'importer des véhicules de marques étrangères. Mais il veut aller plus loin et créer sa propre marque.
Il rachète pour y installer ses ateliers le site de la firme Majola à Chatou, rue Brunier-Bourbon et Boulevard de la République, les anciens ateliers Filtz et Grivolas [2]. Il réunit ensuite les capitaux nécessaires afin de fonder sa propre société, les Automobiles Georges Irat. Pour débuter, il s'entoure de collaborateurs expérimentés, comme Maurice Gaultier, ancien chef du bureau d'études moteur chez Delâge. Un modèle est présenté dès le Salon de l'Auto de 1921.

A cette date la famille Irat réside dans une très vaste propriété du Vésinet au 2 avenue Corot, à l'angle de cette voie et de l'avenue du Grand-Veneur.
Cette propriété, La Sapinière, occupe un grand terrain de près de 7700 m² (les lots 39-40-41 de l'îlot 23 du lotissement général du parc du Vésinet). Elle appartient à un négociant en fourrures, Edouard Leroy, et le couple Irat n'en loue qu'une partie. 1922 verra la naissance de leur fils Michel. La mère et de la sœur de Marguerite Irat viendront ensuite résider avec eux à la Sapinière.

La Sapinière - La propriété à l'Est du Lac des Ibis (angle Corot / Grand-Veneur).

   

La villa au milieu des sapins auxquels la propriété doit son nom.

© Collection particulière.

Largement ouverte sur le lac des Ibis, la propriété conservera le même aspect jusqu'au milieu des années soixante-dix. La division de cette grande parcelle, la construction de plusieurs maisons modernes dans le parc à la fin du XXe siècle et l'occultation des clôtures la rendent désormais méconnaissable.
Durant son séjour au Vésinet, en 1925, Georges Irat reçoit la Légion d'honneur dans la promotion spéciale de l'aéronautique avec la citation suivante :

    Georges Irat, pilote aviateur industriel. Pilote de la première heure. A été breveté dès 1909 et a pris part d'une façon très remarquée à nombre de meetings. Pendant la guerre a eu comme pilote une conduite très valeureuse qui a été marquée par 4 citations, la Croix de guerre et la Médaille militaire. [3]

Son activité de constructeur automobile a démarré « en trombes », dès le premier Salon en 1921. Le chroniqueur du quotidien Le Journal, dans son compte rendu du XVIe Salon de l'Auto 1921 peut écrire :

    C'est un triomphe que remporte au Salon la nouvelle 11 HP Georges Irat. Elle comprend les plus récents progrès, tant au point-de vue moteur que châssis et freins, ces derniers étant appliqués aux quatre roues. Ce type est vraiment la voiture que vous désirez pour les affaires, le tourisme et le sport. Allez la voir au stand 54, Grande Nef, ou 103, avenue de Villiers. [4]

Ce premier modèle répond exactement aux objectifs de Georges Irat : une automobile moyenne, mais construite avec rigueur, performante et dotée des meilleures solutions techniques du moment. Maurice Gaultier a crée pour elle un moteur deux litres donnant 40 ch au régime d'utilisation, soit 2.600 tr/mn, à l'époque un rendement convenable et le reste du châssis est de la même qualité.
Le modèle suscite aussitôt l'admiration du public et de la presse dont les commentaires sont unanimement élogieux. Certains affirment que la voiture est l'une des meilleures, des plus sûres et des plus modernes dans sa catégorie. La voiture qui bénéficie en effet de toutes les innovations de l'époque, est composée de matériaux de premier choix. Conçue comme une voiture de luxe, à tendance sportive, elle a été construite autour du moteur, avec allumage par batterie et bobine Delco, graissage sous pression, refroidissement par pompe à eau et carburateur à triple diffuseur... [5]

La marque est désignée par la publicité comme La voiture de l'Elite. Il est vrai que sur la route, elle tient ses promesses, se révélant à la fois performante et agréable à conduire. Mais la concurrence est rude sur le segment des 2 litres au cours de ce début de décennie. Entre 1923 et 1926, on trouve les marques réputées comme Delâge, Bignan, Chenard & Walcker, Rolland-Pilain, Cottin-Desgouttes, etc. Pour les collectionneurs, les modèles des automobiles Georges Irat de l'époque dite de Chatou, sont les plus prestigieuses, les plus originales et les plus recherchées.

Après 1929, la marque évolue à la recherche de la puissance, avec moins d'originalité et les difficultés apparaîtront avec la "crise" des années 30.
La production automobile quitte Chatou et la famille Irat ... Le Vésinet.

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    Notes et sources :

    [1] Georges Irat qui a été recensé au Vésinet, en 1921, avec sa compagne prénommée Eva, contracte mariage à Paris (8e arr.) le 27 février 1922 avec Marguerite (Eva) Levêque originaire de Beliet près d'Arcachon, en Gironde. Ils auront un fils, Michel, né la même année.

    [2] Georges Filtz associé à Claude Grivolas produisaient à Chatou leur tracteur 30-40 HP354.

    [3] L'Aérophile, 1-15 août 1925. Adjudant-chef pilote à la fin de la guerre, Irat avait aussi reçu en 1916 la médaille militaire anglaise. En 1916 aussi, l'adjudant Irat avait fait l'objet d'une citation à l'Ordre de l'Armée en ces termes : « Excellent pilote, d'une adresse consommée, a fait preuve en toutes circonstances du plus grand courage et du plus complet mépris du danger, a rempli avec succès des missions particulièrement dangereuses. Le 26 avril 1916, ayant été atteint par des shrapnells qui, après avoir traversé la paroi de la nacelle, l'ont fortement contusionné et ont paralysé ses mouvements, a pu cependant ramener son appareil intact. Après deux jours de repos, a tenu à reprendre son service, donnant ainsi un bel exemple d'énergie.

    [4] Le Journal, 7 octobre 1921.

    [5] De nombreux sites web développés par les fans des Automobiles Georges Irat reproduisent les descriptions mécaniques des différents modèles et sont abondamment illustrés. Se reporter au Club Georges Irat qui semble la meilleure source.


Société d'Histoire du Vésinet, 2016 - www.histoire-vesinet.org