Histoire du Vésinet, histoire de la Forêt

La Maison du Garde

Parmi tous les récits qui font la légende de notre forêt, celui-ci figure en bonne place : Louis XV, comme les rois précédents, venait chasser dans les bois du Vésinet. Un jour que ce prince y avait couru le daim par une chaleur excessive, il s'arrêta chez son garde général Lacoste [La Coste, se prononce La Côte, on trouve plusieurs orthographes]. Après avoir bu deux coupes d'un petit vin du cru, qui lui plaisait fort, comme il connaissait le caractère jovial de son hôte, il lui demanda ce qu'il y avait de nouveau dans le Pecq: "Ma foi, sire, répondit le garde, un nouveau Louis XV y est né hier". Le roi, frappé de cette réponse inattendue, en demanda l'explication. La femme d'un négociant, répond le garde, est accouchée de son quinzième garçon, qui s'appelle Louis, comme son père. Le roi sourit et voulut connaître le père d'une si nombreuse famille. Il demanda donc qu'on le lui présentât, à la fin de la chasse. Ce négociant, nommé Grare, s'empressa de répondre à l'appel de son souverain; il en reçut l'accueil le plus bienveillant au milieu de toute la cour étonnée. Le roi le fit exempter de tous droits de taille et d'impôts de toute nature et prit sous sa protection royale l'enfant qui portait son nom. Il remercia ensuite son garde général de lui avoir procuré l'occasion de ce bienfait, et lui accorda comme récompense l'autorisation de faire construire dans la forêt du Vésinet un bâtiment nouveau pour agrandir sa résidence. Cette histoire trouve sa source de la bouche de Monsieur Rolot, auteur d'un Précis historique de St Germain en Laye (1848). Elle est citée par Labedollière (1861). Les documents d'archive confirment que le roi a bien autorisé, en 1764, le sieur de La Cotte, son garde général à engager 2850 livres dans les travaux de sa maison du Vézinet.
Sous Richelieu, elle est décrite comme une petite maison en chaume, avec un jardin clos de grandes aubépines, qui s'étendait au devant de la maison. Au delà était une prairie qui allait jusqu'à la Seine. On pourrait dater son origine à avril 1633, lorsque Jean Sadron fut nommé « ci-devant garde pour le roi en la garenne du Vésinet ». Il était frère de Georges Sadron, alors garde des plaisirs du roi à Saint-Germain-en-Laye.

Elle est aussi l'objet d'une anecdote qu'Arago, le physicien, cite dans un de ses ouvrages sur les phénomènes naturels : "Le 5 avril 1807, la foudre tomba sur la maison du garde du bois de Vézinet, entre Paris et Saint-Germain. Après l'événement, on trouva qu'une clé, dont quelqu'un venait de se servir, était soudée par son anneau, au clou auquel on l'avait suspendue". Un récit détaillé de ce fait divers a été publié dans le Journal de l'Empire, en mai 1807.
Dans les fiches de l'inventaire du Pecq (85.78.52 X) la Maison du Garde est dite "située au bord de l'actuelle route de Sartrouville sur la commune du Pecq". C'est inexact.

Maison du Garde dans la forêt du Vésinet
Atlas matrice des domaines de la couronne (1824) fol. 48

Inventaire du Pecq (fiche n°85.78.52 X) Ministère de la culture)

En se reportant à la Section B du Vésinet (Commune du Pecq) du plan cadastral napoléonien de 1820, on peut noter la parfaite similitude entre le plan de la Maison du Garde tiré de l'Atlas matrice des domaines de la couronne (ci-dessus) et le domaine dit Le Petit Vésinet. Il n'est pas situé en bordure de la route dite de Sartrouville au Pecq (notre route de Sartrouville) mais à gauche d'une autre voie partant de la Place Royale, un chemin suivant la limite de la forêt dit chemin de la Borde, qui correspond à l'actuelle route de la Passerelle, à quatre cents mètres du centre de la Place.
C'est à peu de distance de la Mare du Garde, une des cinq mares naturelles mentionnées dans l'album des chasses du Comte d'Artois (1782), située à droite du même chemin de La Borde.

Plan cadastral napoléonien (1820)
Le Pecq, Section B, Le Vésinet.

Le groupe de bâtiments, désigné sous le nom de "Petit Vésinet", est encadré.

Plan cadastral napoléonien (1820)
Le Pecq, Section B, Le Vésinet (détail).

Agrandissement du "Petit Vésinet".
On dénombre trois corps de bâtiments, un puits et trois parcelles encloses de murs.

On retrouve le même petit groupe de bâtiments moins précisément représenté mais parfaitement localisé sur la carte de 1787 dite Plan de la paroisse du Port au Pecq. (Le présent plan et arpentage fait en vertu de l'ordonnance de Monseigneur l'intendant de la Généralité de Paris en datte du trente may dernier lequel je certifie sincère et véritable et conforme à notre procès-verbal du... octobre 1787 - Devert") sur le site des archives départementales des Yvelines. 
C'est une des trois maisons forestières que comptait le Vésinet au moment de son acquisition par MM Pallu & Cie. Qu'est-elle devenue ?

Non loin de là était le lieu du chêne de Roland, dit la légende. A cette époque [XVIIe siècle], il ne restait plus que la souche de cet arbre. Elle formait, presque à fleur de terre, comme une table, dans les fissures de laquelle croissaient des mousses et des joubarbes. A l'entour s'étendait une petite clairière toute semée de thym et d'argentine. Dans un fourré, on voit encore une grosse pierre qu'on appelle la Table de la Trahison. C'est en raison cette légende de la trahison de Ganelon, qui soit dit en passant n'a pas de fondement historique, que M. Robert (des guides Robert) avait appelé son habitation du n°4 route de la Passerelle "Villa Roland". Il précise dans son ouvrage qu'elle "est construite à l'emplacement des dépendances de l'ancienne maison de garde, dont il subsiste encore une partie, de même que le vieux puits, aussi ancien". Une photographie (ci-dessous) publiée dans l'édition de 1904 du Guide la représente et permet de la situer par rapport à la Passerelle.

La villa Roland, de M. Robert
Le Vésinet illustré et ses environs - Albums Guides Robert, Paris, 1902-1904.

"Elle est construite à l'emplacement des dépendances de l'ancienne maison de garde, dont il subsiste encore une partie, de même que le vieux puits, aussi ancien".

Cette maison existe toujours à la même adresse et n'a subi que peu de transformations.
On peut noter qu'au n°6 de la même rue de la Passerelle, la Compagnie Pallu, restée propriétaire des lieux
[en 1904], logeait dans un autre bâtiment de la Maison du Garde un de ses employés; ce fut le cas de M. Lepant, chef de travaux de la Compagnie d'abord, puis plus tard de M. Bühler.
Le terrain correspondant au Petit Vésinet n'avait pas été inscrit dans les premières parcelles de l'îlot à vendre (voir plan ci-dessous). les vestiges du puits existent toujours.

Plan général indiquant le lotissement du parc du Vésinet
Le groupe de bâtiments correspondant au Petit Vésinet peut être localisé dans la parcelle marquée d'une croix.
Elle se situe dans l'îlot n°1 du lotissement général, et pourrait constituer les lots 10, 11, 12 et 13 qui ne sont pas proposés à la vente et dont la contenance en mètres carrés n'est pas indiquée.
A titre de comparaison, le lot 14 du même îlot compte 3211m².

 

Sources:

    Labedollière, E. de St Germain-en-Laye, sa forêt et ses environs, Ed du Bastion, Paris, 1861

    Arago, F., Œuvres complètes, Tome IV, Gide, Paris 1809

    Robert M. Le Vésinet illustré et ses environs - Albums Guides Robert, Paris, 1902-1904.


Société d'Histoire du Vésinet, 2008 - www.histoire-vesinet.org