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Wallace pères et fils

Les origines de Lucy Arbell ont souvent été présentées de façon incomplète, voire totalement éronnée. Elle n'est pas venue au monde en 1882 comme on le lit parfois dans ses biographies mais le 8 juin 1878. Née de père inconnu, elle reçut le prénom de Georgette et le nom de sa mère Suzanne Amélie GALL, 31 ans, sans profession, célibataire, qui habitait au Vésinet, allée des Pelouses ("maison Wéber" précise l'acte dressé, signé par Alphonse Pallu lui-même), aujourd'hui avenue Kléber, non loin du Grand Lac. L'acte de naissance porte en mention marginale que le 7 juillet 1884, Monsieur Edmond-Richard Wallace, rentier, chevalier de la Légion d'Honneur, demeurant à Paris, rue La Pérouse n°21 a reconnu l'enfant comme sa fille.
Georges Poisson, dans la Curieuse Histoire du Vésinet, fut le premier à signaler cette origine. Mais il attribua la paternité à "Richard Wallace célèbre philanthrope". En réalité, ce dernier n'est que le grand père de Georgette alias Lucy. Mais, comme on va le voir, les problèmes de paternité ont jalonné l'histoire de cette illustre famille anglaise.
Richard Wallace, né à Londres le 26 juillet 1818 était le fils naturel de Lord Seymour-Conway, quatrième Marquis de Hertford, et d'Agnès Jackson, née Wallace, d'origine française. Richard deviendra l'amant de Julie Amélie Charlotte Castelnau, fille d'un officier français qui lui donnera un fils, Edmond-Richard, en 1840. Le couple se mariera beaucoup plus tard en 1871. Pendant la guerre de 1870-1871, le jeune Edmond-Richard servit dans les cuirassiers, devint officier d'ordonnance du général Vinoy et reçut le grade de capitaine. Il fut décoré de la Légion d'Honneur. Après la répression de la Commune, il démissionna. C'est lui qui en 1884, reconnaîtra pour sa fille, la petite Georgette alors âgée de six ans. Il décèdera prématurément trois ans plus tard.

 Sir Richard Wallace

L'histoire de sir Richard Wallace, surtout connu pour la centaine de fontaines qu'il offrit à la ville de Paris, mérite d'être développée.
Il est né à Londres, le 21 juin 1818
[certaines biographies françaises donnent le 24 juillet], sous le nom de Richard Jackson. Vers l'âge de sept ans, il fut enlevé à sa mère, transporté en France et confié à la Marquise de Hertford, qui l'éleva comme son petit fils à son domicile parisien de la rue Taitbout. En 1842, à 24 ans et déjà père lui même, il choisit de porter le nom de jeune fille de sa mère, Wallace, illustre famille écossaise descendant du célèbre William Wallace (Braveheart). Puis iI commença à travailler pour son père en tant qu'assistant et conseiller commercial. Lord Seymour, partageait son temps entre son immeuble du n°2, rue Laffitte à Paris et le domaine de Bagatelle à Neuilly. Richard vécut auprès de lui et lui prodigua des soins assidus pendant les longues souffrances qui attristèrent les dernières années du vieux lord. En mourant, en 1870, Richard Seymour-Conway, quatrième Marquis de Hertford, fit de ce fils illégitime (qu'il ne reconnut jamais) son légataire universel, lui laissant toute la partie de sa fortune dont il pouvait librement disposer, qui consistait en biens situés en France et en Angleterre, ainsi qu'en collections artistiques, le tout estimé à 60 millions de francs. Le duc de Morny, son vieux rival de salles des ventes qui ne manquait pas d'esprit, disait de lui: "Il a une vaste fortune pour ne jamais s'en servir, de magnifiques maisons en Angleterre pour ne jamais y mettre les pieds et de très beaux tableaux pour ne jamais les voir. Il se contente d'une bagatelle".
Ce fut pendant le siège de Paris, que Richard Wallace commença à attirer vivement sur lui l'attention publique. S'étant trouvé enfermé dans la ville, il donna 300 000 francs pour organiser l'ambulance militaire, dite du marquis d'Hertford, qui suivit le 13e corps jusqu'à la fin de la guerre (Son fils Edmond était officier dans ce corps). Puis il ouvrit dans sa propre maison une seconde ambulance, fit un don considérable à la ville, distribua des bons de vivres dans les mairies, employant une somme encore considérable en achat de combustible pour les indigents, une autre pour les réfugiés à Paris. Pendant le bombardement, il prit l'initiative d'une souscription en faveur des familles obligées de fuir leurs demeures et s'inscrivit lui-même pour 100 000 francs. En outre, il constitua en leur faveur un comité de secours et redoubla de générosité pour venir en aide aux malheureux du IVe arrondissement, où il habitait. Il fit enfin édifier à Levallois-Perret, le Hertford-British Hospital. En quelques semaines, il avait conquit l'estime et la reconnaissance de tous. Les deux grands clubs l'Union et le Jockey-Club l'admirent alors à l'unanimité parmi leurs membres. Après la conclusion de l'armistice, ce fut à Richard Wallace que la commission du lord-maire (de Londres) adressa les envois de ravitaillement pour Paris.
Lors des élections pour l'Assemblée nationale, des comités proposèrent de porter son nom sur la liste des candidats, mais il fit savoir qu'en sa qualité d'Anglais il ne pouvait accepter aucune fonction élective en France. Pendant la Commune, il vécut à Paris, tranquille et respecté de tous. En 1872, il dotera Paris d'une centaine de fontaines à boire, dont le modèle fut exécuté par le sculpteur Charles Lebourg, ne laissant à la charge de la ville que la pose et les travaux de plomberie nécessaires pour les alimenter d'eau.

Le 15 février 1871, il épousait la mère de son enfant, né trente et un an plus tôt, Lord Seymour son père ayant toujours refusé d'approuver cette union. Au mois de juin, Adolphe Thiers lui conféra la croix de commandeur de la Légion d'honneur et, vers la même époque, la reine d'Angleterre lui donna le titre de first baronnet.

Cette marque de considération de sa souveraine le décida à rentrer dans son pays, où, plus que tout, il souhaitait voir son fils retrouver un rang digne de ses glorieux ancètres. De retour à Londres, sir Richard réunit une curieuse collection d'objets principalement des jouets qu'il constitua en musée à Bethnal-Green.
Le 17 février 1873, sir Richard Wallace entra au Parlement anglais pour représenter le district de Lisburn, en Ulster. Il siègera jusqu'en 1885. Après la mort de son fils en 1887, il retournera seul en France et se retirera à Bagatelle jusqu'à sa mort le 20 juillet 1890. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise.
Lady Wallace son épouse, restée en Angleterre lègura à sa mort, en 1897, la Collection Wallace à la Couronne britannique.

Sir Richard Wallace (1818-1890)
"Le type même du gentleman de la plus haute distinction, plutôt vieux-jeu, mélancolique, dénué d'humour et incapable de vulgarité ou de faux-semblants".
Jugement du peintre Henry Reeve

 Edmond-Richard Wallace

Edmond-Richard Wallace est le fils du précédent. Il est né à Paris, le 28 Août 1840. Il avait donc environ 30 ans lorsque ses parents se marièrent. En France, cela le rendait légitime, mais en Angleterre il n'en fût rien. Peut-être que cette absence de reconnaissance explique ses actions ultérieures. En France, il avait été un courageux soldat qui avait combattu durant la guerre franco-prussienne. Capitaine, chevalier de la Légion d'Honneur il avait démissionné de ses fonctions dans l'armée française et accompagné ses parents en Angleterre. Il était avec eux pour la fameuse réception que la population du district de Lisburn leur réserva. Sous la pression de ses parents, il consentit à devenir citoyen britannique, bien que cela ne semble pas l'avoir privé de la nationalité française.
Il put en outre mesurer l'étendue de la fortune familiale dont il profitait sous la forme d'une rente conséquente. Mais rapidement, ce genre de vie déçut Edmond. Il était essentiellement un Français et il réalisa qu'il ne serait jamais à l'aise dans le rôle du propriétaire terrien anglais à l'ère victorienne. Il préférait la vie parisienne et multiplia les escapades de l'autre côté du Channel. Georgette Gall, alias Lucy Arbell fut conçue à l'occasion d'une de ces escapades. Car Edmond avait à ces voyages en France, cinq bonnes raisons: une femme, Amélie Gall, et deux puis trois puis quatre enfants. Ils vivaient en famille et Amélie espérait qu'un jour, cette union serait régularisée, mais non. Comme son père avant lui, Edmond ne se risquerait jamais à encourir la colère paternelle en s'engageant dans une "mésalliance". Et sir Richard ne lui accordera jamais le droit de faire ce que lui-même s'était décidé à accomplir après la mort de son propre père.
Après bien des attermoiments Edmond opta pour Paris et décida d'y vivre avec sa famille. Le premier signe de rupture avec ses parents date de 1879 lors d'une visite du Prince de Galles aux Wallace. Edmond, qui avait toujours été présent à ces occasions solennelles, était absent. Lorsque bien plus tard, il confia à son père son intention de retourner vivre à Paris, sir Richard perdit son sang froid. Il eut beau menacer, cajoler, implorer, rien n'y fit. Edmond, aussi têtu que sa mère n'en démordit pas: son honneur lui interdisait d'abandonner la mère de ses enfants. Wallace père, dans une explosion de colère se serait écrié: "mon Dieu, n'en aurons-nous donc jamais fini avec les bâtards dans cette famille?" ("My heavens, is there no end to bastards in this family?") La rupture était consommée. Sir Richard réduisit la rente de son fils. Edmond s'en alla vivre à Paris et ses parents ne le revirent jamais. Son bonheur fut de courte durée. Edmond mourut le 24 mars 1887 à Paris d'une crise cardiaque. Il demanda à être inhumé au cimetière du Père Lachaise, non dans le somptueux caveau des Hertford, mais dans une modeste tombe voisine où reposent quelques membres illégitimes de la famille.

 Les enfants de Edmond-Richard Wallace

  • Marie Richard Georges Wallace est né à Paris le 5 février 1872. Il était capitaine au 22e Dragons lorsqu'éclata la Grande Guerre. Durant celle-ci, il s'éleva jusqu'au grade de général de l'armée française. Il a été cité pas moins de neuf fois pour actes de bravoure, a été blessé cinq fois. Il a été fait Commandeur de la Légion d'Honneur. Il est mort le 19 janvier 1941.
  • Henri Richard Wallace, né vers 1874.
  • Edmond Georges Richard Wallace, né le 4 octobre 1876 à St Maur-des-Fossés, est "Mort pour la France". Il était lieutenant de réserve lorsque la guerre éclata et le 28 février 1915 à Vauquois sur la Meuse son régiment, le 89e RI, fut décimé. Lui-même fut tué à bout portant par une balle dans la tête.
  • Georgette Wallace, née le 8 juin 1878 au Vésinet. Dotée d'une belle voix de contralto, elle étudia le chant et fit la carrière prestigieuse que l'on sait à l'Opéra de Paris, sous le pseudonyme de Lucy Arbell [il existe des Wallace-Arbell dans la généalogie des Wallace].

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    Principales sources:

    Publications de la Société historique de Lisburn (Ulster) Vol. 3, 1980.

    Archives municipales du Vésinet (1878)

    Grand dictionnaire Larousse du XIXe siècle (Wallace) Vol. 15, 1878.

 


Société d'Histoire du Vésinet, 2008 - www.histoire-vesinet.org