D'après Charles Scala (Encyclopédia Universalis) et autres sources

Maurice de Vlaminck (1876-1958)

Issu d'une famille d'origine flamande, Maurice Edmond Devaminck [1] nait à Paris le 4 avril 1876. Il viendra à la peinture sans passer par les écoles ni par les académies.
Aîné de cinq enfants, élevé dans un milieu de mélomanes et de bohèmes, il cherchera longtemps sa voie dans la musique avant de s'intéresser aux arts plastiques. Après avoir exercé le métier de mécanicien et avoir entrepris une carrière de coureur cycliste, il doit abandonner car rapidement, une maladie le contraint d'arrêter cette activité. Pour faire vivre sa famille, il donne d'abord des leçons de violon. Il avait une douzaine d'années lorsqu'il commença à peindre des paysages représentant les bords de la Seine, mais ses premières leçons lui furent données par un artiste académique résidant au Vésinet, Jules Robichon. [2]
C'est seulement après sa rencontre avec Derain (1899 ou 1900) que Vlaminck, jusque-là simple amateur, se consacre véritablement à la peinture. [3]
Vers la même époque, il s'intéresse à la « doctrine » anarchiste qui semble satisfaire son tempérament insoumis et anticonformiste. Il écrira d'ailleurs plusieurs articles pour le journal Le Libertaire.
En 1901, Derain entraîne Vlaminck dans une galerie, à l'occasion de la rétrospective Van Gogh. Onze ans après la mort du peintre hollandais, cette exposition révélait aux jeunes artistes des œuvres capitales telles que L'Arlésienne, La Nuit étoilée, ou La Chambre à coucher. Rencontre décisive plus encore pour Vlaminck que pour Derain, dont la démarche était déjà affermie. En Van Gogh, Vlaminck reconnaît un peintre d'instinct qui, sans avoir recours à une démarche intellectuelle, utilise la couleur pure comme mode d'expression privilégié. Cette violence chromatique ne cessera de hanter Vlaminck dont la formation d'autodidacte s'accommode mal de toute discipline et de toute règle.[4]
À partir de cette époque, le peintre va étaler ses couleurs avec violence, remplaçant intégralement le dessin par l'utilisation des tons purs (Les Bords de la Seine, à Nanterre, 1901, coll. part., Genève). Au cours des années suivantes, l'artiste va s'attacher à résoudre deux problèmes essentiels : il cherche, d'une part, à élaborer une nouvelle conception de la lumière et de la couleur, d'autre part, à abandonner la division du ton. Il donne alors une série de toiles capitales : Les Jardins à Chatou (1904) ; Le Paysage aux arbres rouges (1906, musée national d'Art moderne) ; Bord de la Seine à Carrières-sur-Seine (1906, coll. part., Paris).

Les arbres rouges (1906) Fauvisme.

Peinture à l'huile sur toile (65x81cm) Musée national d'Art moderne

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Les œuvres de cette période, structurées par la simple couleur, sans le support d'aucune charpente spatiale, obéissent à une volonté de recherche purement chromatique. Elles s'inscrivent dans la ligne du fauvisme qui fut à l'origine du scandale du Salon d'automne de 1905, où Vlaminck exposait à côté de Matisse, de Derain, Manguin, Marquet, Valtat et de Puy.
Toutefois, après 1908, le peintre tente d'approfondir la leçon de Cézanne en donnant de l'aplomb à sa composition par une grille géométrique qui raffermit l'espace tout en soulignant les volumes. Bords de rivière (1909, musée national d'Art moderne) exprime parfaitement cette volonté de construction et de rigueur. Le peintre cerne maintenant des volumes stables, rendus par de petites facettes colorées. La gamme est moins violente que dans les œuvres antérieures. C'est l'époque de l'équilibre formel absolu.

Le Pecq (près de Paris) Maurice de Vlaminck, 1914

Gravure sur bois, 19x27cm

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Après la guerre de 1914-1918, Vlaminck se retire en Eure-et-Loir où il peint inlassablement, dans une facture très épaisse, les mêmes paysages (La Maison à l'auvent, 1920, musée national d'Art moderne). Ses autres œuvres, jusqu'à sa mort, seront d'ailleurs une reprise, avec quelques variantes, des découvertes de sa jeunesse, ponctuées, ici et là, de brusques apparitions d'éléments figuratifs et traditionnels. [4]

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    Notes et sources

    [1] Devlaminck pour l'état civil, il choisira Maurice de Vlaminck pour se désigner et signera ses oeuvres simplement Vlaminck.

    [2] Selon Maurice Genevoix qui lui consacra un livre Vlaminck, peintre encore virtuel, eut à cette époque deux maîtres, lui qui ne s'en reconnaît aucun, M. Robichon, de la Société des Artistes français, et un bourrelier du Vésinet. Maurice Genevoix. Vlaminck, l'homme, Flammarion, 1954.

    [3] La découverte du travail de Van Gogh et sa rencontre avec Matisse lui donnent définitivement l'envie de consacrer la majeure partie de son existence à la peinture. Ses premiers tableaux, datés de 1904 portent l'empreinte de Van Gogh : principe de la couleur pure, effets de tourbillon. En 1905, il est l'un des artistes exposés au Salon d'automne, au Grand Palais, qui feront scandale.

    [4] Après la Première Guerre mondiale, Maurice de Vlaminck devient moins coté. Il reste cependant comme une figure majeure du fauvisme, un de ceux qui a ouvert la voie à l'expressionnisme, un autre courant majeur du XXe siècle.

 


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