Jean-Paul Debeaupuis, SHV, janvier 2019.

Robert Fournez au Vésinet

Né à Saint Germain-en-Laye en 1873 au domicile de ses parents, 137 place du Château, le jeune Fournez devient Vésigondin peu après lorsque ses parents s'installent au Vésinet, au 26 rue du Départ (actuelle rue du Maréchal-Joffre). Originaires de Poissy depuis le XVIIIe siècle, les Fournez sont entrepreneurs de bâtiments depuis plusieurs générations. Théodore Alexandre Fournez, le père de Robert, né à Poissy en 1839, fut élève aux Beaux-Arts (1859-1861) avant de devenir architecte-entrepreneur de maçonnerie à Paris.
Son fils Robert s'engage dans la même voie, entre aux Beaux-Arts en 1894 et obtient son diplôme d'architecte en 1899. Plus artiste qu'entrepreneur, il expose dès 1900 au Salon des artistes français à Paris
Une villa scolaire (mention honorable) et en 1903 des croquis et aquarelles de voyage. Il remporte deux premiers prix à des concours, pour le monument à Marguerite d'Anjou (Angers) et pour l'agrandissement et la restauration des services judiciaires de Reims en 1910. [1]
En 1908, il est élu conseiller municipal au Vésinet sur la liste "Républicaine et radicale" de Gaston Rouvier (au premier tour avec 550 voix sur 1088 votants). Il fait partie de la commission des travaux, de celle d'hygiène et de celle des fêtes. Il présente en 1909 un rapport sur la salle des fêtes, un autre sur un avis du conseil départemental d'hygiène. Il sera réélu en 1912 (toujours au premier tour avec 796 voix pour 1082 votants). Il est aussi membre d'une commission mise en place le 24 novembre 1909, composée de MM. Saulnier, Roger, Delmas et lui pour étudier l'embellissement et la promotion du Vésinet, dont les travaux aboutiront à la création du Syndicat d'Initiative en 1911.
Robert à épousé à Paris en 1906 Berthe Julie Risacher. Son témoin était Roger Drevet, un ami d'enfance, fils du maire du Vésinet. La famille compte déjà un fils, Roger né à Paris. Un second garçon, Alexandre Robert Pierre, nait au Vésinet en octobre 1911, dans la maison où la famille s'est installée, au n°2 de l'allée des Champs (Lot n°70 de l'îlot 19 sur 3 503 m²). Robert Fournez y a fait édifier une villa et ses dépendances, Little Farm, un cottage qui préfigure ce qu'il construira plus tard pour Jeanne Lanvin et sa famille.

Villa Little Farm au Vésinet - façade principale – R. Fournez, architecte D.P.L.G. à Paris.

Petites maisons pittoresques (pl.29) Libr. d'architecture R. Ducher, Paris.

 

Villa Little Farm - façade postérieure.

En 1924-1925 Jeanne Lanvin confie à Robert Fournez la construction de deux grandes villas [2] sur de vastes terrains qu'elle à acquis non loin de sa propriété des Vieilles Tuilles au Vésinet. Comme d'une part Robert Fournez habite aussi au Vésinet, dans le même quartier de surcroit, et que l'architecte et la créatrice de mode sont au même moment associés dans la préparation de l'Exposition des Arts Décoratifs à Paris, il est un peu difficile d'établir la chronologie et de démêler l'intriquation des deux chantiers. La présence d'Armand-Albert Rateau (1882-1938) dessinateur, meublier, décorateur et architecte, lui aussi partie-prenante dans les deux réalisations, le Pavillon de l'Elégance et le mobilier des villas, n'éclaircit rien.
Ancien élève de l'école Boulle, Rateau a travaillé de 1920 à 1922 à concevoir l'ameublement et la décoration des appartements privés de Jeanne Lanvin, 16, rue Barbet-de-Jouy (7e). L'immeuble n'existe plus, mais le boudoir, la chambre à coucher et la salle de bains ont été reconstitués au musée des Arts décoratifs à Paris. Armand Rateau réalisera aussi le mobilier d'intérieur et de jardin pour les résidences secondaires de Jeanne Lanvin, au Vésinet et à Deauville. Ses meubles de bronze mêlent un répertoire décoratif original, à la fois égyptisant, orientalisant et gréco-romain ; les motifs zoologiques et végétaux abondent. La marguerite, surnom de sa fille à laquelle elle est très attachée, est son motif de prédilection.

Fournez a réalisé d'autres villas au Vésinet à cette époque, telles que celle construite pour un propriétaire dont on ne connait que l'initiale, cette Villa de Monsieur G., compromis entre le cottage et la villa régionaliste, elle est élevée en moellons apparents, les bois sont peints en vert foncé, c'est alors le style Fournez. Une bonne demeure sans prétention, sobre et bien ordonnée, de la tenue, sans pittoresque excessif selon Albert Laprade.

Villa de Monsieur G. au Vésinet (Seine-&-Oise) – façade principale (en haut) et postérieure (en bas) – Robert Fournez, architecte.

Petites maisons pittoresques – Libr. d'architecture R. Ducher, Paris.

L'essentiel de l'œuvre de Robert Fournez s'édifiera loin du Vésinet. Dans les Alpes d'abord où il réalise des logements d'ouvriers pour les aciéries Paul Girod à Ugines (Savoie), et pour les usines Fredet à Brignoud (Isère) en 1921-1925. Il construit aussi un sanatorium pour le Comité des Forges de France à Saint-Hilaire-du-Touvet (Isère) en 1920-1927 dont les bâtiments longtemps désaffectés ont été démolis en 2017. Il exposera un Chalet suisse, une Vallée de Chambéry, une aquarelle Vallée du Rhône, et des croquis de voyage de cette période.
Après la mosquée de Paris et de l'Institut Musulman (1920-1926) en collaboration avec Maurice Mantout et Charles Heubès qui lui vaudra le prix Bailly de l'Académie des Beaux-arts en 1927 et le Pavillon d'Afrique du Nord à l'Exposition de 1925, Robert Fournez, reconnu comme spécialiste de l'architecture coloniale et du style arabe, fera plusieurs séjours au Magreb pour des voyages d'étude.
Ancien assistant d'Henri Prost, il est appelé à collaborer avec Albert Laprade pour le Pavillon du Maroc à l'Exposition coloniale de 1931. [3]
En 1931, Fournez s'associe avec Louis Sainsaulieu (1901-1972) jeune architecte formé à l'atelier de son père Max et de Gabriel Héraud, diplômé des Beaux-Arts en 1927. Avec son associé ils construisent l'école nationale professionnelle de jeunes filles de Vizille (Isère) en 1934. « Ce qui frappe le regard du visiteur, c'est d'abord la gaité que les architectes Robert Fournez et Louis Sainsaulieu ont su introduire dans tous les détails d'un bâtiment austère par destination. Un rythme d'allégresse qui est à la fois dans l'harmonie, les couleurs, et la disposition des plans, vous entraîne dès le seuil vers des salles baignées de lumière et d'air. » [4]
L'association avec Louis Sainsaulieu durera jusqu'en 1942 mais après 1936, on ne trouve plus de réalisation attribuée à Robert Fournez. [5] Sainsaulieu se spécialisera par la suite dans les constructions universitaires, religieuses et les établissements de santé.

Retiré en 1949 à Saint-Jean-de-Livet, petit village du Calvados au Sud de Lisieux, perdu dans le bocage normand, Robert Fournez meurt dans sa maison du Vésinet, Little Farm, le 22 décembre 1958.

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    Notes et sources :

    [1] D'après la biographie rédigée par Marie-Laure Crosnier Leconte, Institut national d'Histoire de l'Art.

    [2] Deux villas au Vésinet, La Construction moderne, (1925) p. 424-430; pl. 141-144.

    [3] Dictionnaire des élèves architectes de l’École des beaux-arts de Paris (1800-1968) - INHA.

    [4] Le Temps, 2 décembre 1934.

    [5] Dictionnaire des élèves architectes de l’École des beaux-arts de Paris (1800-1968) - INHA, ibid.


Société d'Histoire du Vésinet, 2019 •www.histoire-vesinet.org