Patrick Vazeilles, in Le Vésinet, revue municipale, n° 81, décembre 1987

Les trois « gares du Pecq » au Vésinet

La gare du Pecq a connu trois bâtiments différents. [1]
La conquête de la côte de Saint-Germain par le chemin de fer atmosphérique en 1847 justifia sa création. Seule gare à desservir Le Vésinet jusqu'en 1861, elle vit descendre sur ses quais à partir 1858, les premiers acheteurs de terrains de notre future commune. Les ventes se tenaient sous une tente dressée à proximité, chaque dimanche. Les heureux propriétaires pouvaient se détendre dans l'élégant chalet-restaurant construit au bord du lac de la Station, où l'on trouvait jeux, balançoires, tir.

Première gare du Pecq

Première gare du Pecq [2] au Vésinet

Au fond, l'ancienne "station du Vésinet" (1847-1860)

Alphonse Pallu construisit sa première demeure [plus précisément, il la loua à l'architecte Joseph Olive] près de ce lac sur lequel il offrit les nombreux feux d'artifices qui ponctuèrent les différentes étapes du développement de la colonie du Vésinet.
En 1879, le Préfet avertit le Maire que des projets de modification concernant les deux ponts qui encadraient la station allaient être présentés "afin de rendre désormais impossible le retour des accidents arrivés au passage de ces ouvrages". La courbure des ponts s'était en effet révélée dangereuse pour les voyageurs indisciplinés qui prenaient place dans les voitures à impériale. Un tablier de fer remplaça la voûte de pierre des ponts de la route de Montesson en 1886, du boulevard Carnot l'année suivante.

La gare et le pont au tablier de fer

Le pont au tablier de fer et la gare (devenue ensuite bureau SNCF) [3]

En 1880, une demande de création d'une salle d'attente pour les voyageurs de première classe n'aboutit pas, l'affluence ayant été jugée insuffisante. Un comptage, effectué entre le 21 et le 28 octobre, indiqua une moyenne de 31 voyageurs pour 22 trains par jour. Le trafic se faisait principalement par la gare du Centre.
Si le nombre de passagers était limité, le trafic marchandises progressait régulièrement. En 1893, à la demande des communes du Vésinet, de Montesson et de Chatou, la Compagnie de l'Ouest, qui exploitait la ligne, créa la gare de marchandises du Pecq. Les cartes postales du début du siècle font revivre l'animation du dépôt, couronné par les panaches de fumée qui s'échappent des locomotives.
La gare du Pecq connut une existence tranquille jusqu'en 1955, lorsque, jugée trop petite, elle fut remplacée par un bâtiment fonctionnel et ingrat, rue Watteau.

deuxième gare (1955)

La deuxième gare, rue Watteau

L'arrivée du RER en 1972 bouleversa le paysage. A nouvelle ligne, nouvelles gares. A partir de 1970, la troisième gare du Pecq, qui devint à cette occasion la gare "Le Vésinet-Le Pecq" (cette appellation était réclamée par la Municipalité depuis... 1887) fut édifiée à l'emplacement du dépôt de marchandises. Quant au vieux bâtiment de 1847 [1861], il retrouva une nouvelle jeunesse et les chemins de fer en devenant un bureau SNCF [4].
Trois gares, trois époques du développement des transports marquent ces lieux.

... Lire aussi: Le Chemin de fer.

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    Notes SHV:

    [1] Il faut en mentionner une quatrième, en fait la première, érigée pour abriter le personnel et éventuellement les voyageurs, lors de la mise en service du système atmosphérique. Ce bâtiment, représenté sur les pemières cartes de la compagnie Pallu, encore visible sur les cartes postales anciennes et généralement qualifié de "gare de marchandise" se trouvait à peu près exactement à l'emplacement de la gare RER à laquelle il laissa la place en 1972. Il constituait ce qui fut durant quatorze ans la "Station du Vésinet" (1847-1861).

    [2] Construite en 1860 et inaugurée en 1861 en même temps que la gare du Vésinet (centre) cette "gare du Pecq" se trouvera sur le territoire de la commune du Vésinet à l'érection de celle-ci en 1875. La municipalité réclamera à cor et à cri (mais en vain) un changement de nom jusqu'à la création en 1972 de la station RER dite "Le Vésinet-Le Pecq".

    [3] Le bâtiment construit en 1860 fut désaffecté en 1955, jugé trop exigu et vétuste. Il fut néanmoins conservé et employé comme guichet d'enregistrement des bagages par la SNCF. Il conservera cette fonction jusqu'en 2005, malgré l'exploitation de la ligne par la RATP à partir de 1972.

    [4] Il s'agit bien du bâtiment de 1860-1861, désaffecté en 2005 par la SNCF qui en restait propriétaire mais n'en avait plus l'usage. Ce bâtiment, laissé à l'abandon, fut acquis en juillet 2019 par la Ville du Vésinet qui souhaitait le sauvegarder et y abriter une activité associative. Trop tard semble-t-il car l'écroulement d'une poutre de la charpente en août 2019 contraignit à des mesures de démolition.

 

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