Histoire de la forêt du Vésinet

  de l'époque médiévale au second Empire


 Dans la forêt d'Yveline, Visiniolum

La commune du Vésinet occupe une petite partie de la grande forêt d'Yveline qui couvrait en des temps lointains tous les environs de Paris.
C'est dans une charte du roi mérovingien Childebert III, qu'apparaît pour la première fois le nom du Vésinet. En l'an 704, ce roi fit présent de la terre d'Aupec qui lui appartenait à la célèbre abbaye normande de Fontenelles, près de Rouen, plus connue sous le nom d'Abbaye de Saint-Wandrille. Aupec (Alpicum 
/ Le Pecq) est déjà alors une terre à vignobles et le restera pendant plus de mille ans.

Selon Dauzat [cité par G. Poisson], le nom "Vésinet" viendrait du latin vicinicum = hameau. Mais selon des auteurs plus anciens, l'origine serait visiniolum "lieu voisin". Cette seconde hypothèse semble plus probante car au moment de la rédaction des documents les plus anciens, entre le VIIIe et le IXe siècle, lorsque apparaissent les mots visiniolum et visiniolo, il n'y a pas encore de hameau, mais seulement une terre, un bois qui est cédé à Alpicum en sous-fief. C'est une réserve de bois pour le modeste prieuré qui s'établit au Pecq et pour les quelques dizaines de familles qui se serrent autour du petit oratoire en bois de Saint-Wandrille, sur la rive gauche de la Seine.

Document datant de 1141 (Bibliothèque municipale de Rouen)

Les moines se font confirmer à plusieurs reprises leurs droits sur Le Pecq et son annexe Visiniolum, d'abord en 853 par Charles le Chauve, puis en 1177 par Louis VII le Jeune, et plus tard, en 1319 par Philippe V le Long.
A cette époque la royauté encore faible préférait pour sa capitale le voisinage des abbayes plutôt que celui des châteaux seigneuriaux. Rappelons que la Seine, depuis le ruisseau de Sèvres jusqu'au Pecq, fut dévolue par Charles le Chauve en 869 à l'Abbaye de Saint-Denis. Le diplôme de 853 spécifie la concession et la confirmation à l'abbaye, du fief du Pecq et de son annexe Le Vésinet par le roi Charles le Chauve:
Tribuimus Alpicum cum omni integritate et appendicus suis, id est: Visiniolo, c'est-à-dire : "Nous accordons Aupec avec l'intégralité de son territoire et annexe: Le Vésinet".
Mais les invasions normandes ravagent le pays (siège de Paris, 886). Remontant la Seine, les barbares, déjà, pillent, brûlent, détruisent. La petite église d'Aupec est ruinée et incendiée, les moines se dispersent, les serfs se terrent ou sont massacrés.
Les moines ne se rétablissent timidement au Pecq que vers l'an Mille. Le village retrouve quelque paix, les cultures reprennent, on exploite à nouveau les bois et le port du Pecq, relai de Paris à Rouen, retrouve quelque animation et profits.

le Bois de la Trahison, le Bois d'Echauffour

Vers Chatou, la forêt avait nom "forêt de Cornillay" ou "Cornillon" (présence de cournouillers). Sur la rive, vers Croissy, il n'y avait que des bruyères. En face du Pecq, le terrain déboisé, défriché par les moines, avait pris figure de terre labourable, de prés entrecoupés de bruyères et taillis (800 arpents environ).
Là-bas, sur la hauteur de Saint-Germain, la tour du Château surveille tout cet ensemble de bois, de vignes et de bruyères. C'est vers cette époque que se répand une légende ayant trait au bois de Cornillon, qui fut appelé le Bois de la Trahison, car c'est là, disait-on, au lieu dit le Chêne de Roland, qu'aurait été méditée la trahison de Ganelon et de ses complices contre Roland, neveu de Charlemagne. Ce serait encore en ce lieu que Charlemagne aurait fait mourir les félons sur le bûcher. Mais l'existence même de ces personnages est contestée.
Ces légendes, qui sont en contradiction avec la Chanson de Roland, mais qui sont attachées au nom de Ganelon, formaient sans doute le sujet des conversations des paysans du Pecq et alentours au cours des longues veillées d'hiver.
Sous Louis XIII la table de la trahison dans la forêt du Vésinet, constituait un but de promenade en faveur. Vers 1815, il était encore question d'une table de la trahison, mais on ne la situait plus à la même place. Et la route qui reliait Le Pecq à Chatou en traversant Le Vésinet a très longtemps porté le nom de Route de la Trahison, ce qui n'arrangeait pas sa mauvaise réputation.
Le nom de Bois d'Echaufour donné plus tard au bois du Vésinet fait peut-être allusion à l'exploitation de ces bois par les charbonniers (échauffefour), plus probablement des nombreux "chauffourages" (agressions, guet-apens) dont il fut le théâtre.

Les ravages de la Guerre de Cent-Ans

La guerre de Cent Ans apporte à l'Ile-de-France de terribles épreuves. La France est divisée; les Anglais et les bandes de pillards ravagent, incendient, détruisent. Lorsque la guerre est terminée, il ne reste, hélas! que des ruines. Montesson, Chatou, Croissy sont à peu près complètement détruits, le Vésinet déserté. Le "livre de l'élection de Paris", dénombrement de 1470, montre que nos bois sont revenus à l'état sauvage. Montesson ne compte plus que 4 habitants, Croissy 2, Le Vésinet aucun. L'exploitation de la terre et des bois ayant été sans cesse menacée, les moines utilisaient leurs serfs dans des pêcheries. Ils avaient obtenu quatre droits de pêche dans la rivière de Seine. L'une de ces pêcheries s'appelait le Gord aux Moines, deux autres le Grand Gord, près de la Boutillerie et le Gord de La Chasseraige; enfin, le quatrième se trouvait dans l'isle espineuse appelée "Le Boche" qui se trouve dans l'actuelle île de la Loge.
En 1496, la Forêt du Vésinet est l'apanage de André d'Espinay, Cardinal de Bordeaux, 61e Abbé de Saint-Wandrille. Cependant que les moines poursuivent le défrichage de la forêt, des hameaux de bûcherons se forment à Chatou, Croissy et à Montesson, entourés de jardins potagers et surtout de vignobles. Dans les actes anciens il n'est presque question que de vignes, depuis le Moyen-Age jusqu'au XVIIIe siècle.

Le temps des Chasses royales

Le centre de la forêt ne fut pas touché par le défrichage et François Ier décida de l'acquérir pour le Domaine de la Couronne comme chasse royale. Son idée, que ses successeurs reprendront sans jamais parvenir à l'exécuter, était de transformer la presqu'île de la Seine en parc royal.
En 1479, les moines de Saint-Wandrille afferment les fiefs d'Aupec et du Vésinet à la famille Rafferon qui les exploitera durant près d'un siècle. En 1559, Guillaume Boullart, capitaine de Catherine de Médicis, succède aux Rafferon. Il est issu d'une famille de St Germain-en-Laye : A la génération précédente, un Guillaume Boullart, marchant tavernier, était "le plus riche et opulent en rentes de tous les marchands de la ville" [Saint-Germain].

Mais les moines de Saint-WandrilIe, pour faire face à la charge que le roi leur avait imposée pour payer les guerres de religion, vendirent en 1569 la terre du Vésinet à Albert de Gondy, Comte de Retz (1522-1602), premier gentilhomme de la Chambre du roi. Albert de Retz, seigneur du Vésinet, possédait déjà de nombreuses terres autour de Saint-Germain. Il fut l'un des responsables du massacre de la Saint-Barthélémy (23 août 1572). Propriétaire du Vésinet pendant plus de trente ans, Retz n'apporta aucune amélioration à son domaine. Il le revendit en 1600 à Antoine Bréhant de la Roche, écuyer de Marie de Médicis.

Le roi Henri IV avait de vastes desseins pour le Château de Saint-Germain. Il fit construire la partie du Château qui porte son nom (le pavillon Henri IV). Pour ménager la perspective du château, il annexa purement et simplement vingt arpents de jardins sur la côte du Pecq. En compensation, il exempta les propriétaires de toutes les impositions, sauf le taillon. Il projetait encore de remplacer le bac par un pont de bois, mais ce projet ne sera réalisé que par son fils Louis XIII.
En face du Château et près de la Seine, Henri IV fait percer une large avenue à travers toute la forêt du Vésinet, l'Avenue Royale, dont il reste encore certaines parties (Tapis Vert et Avenue du Grand Veneur). A droite de l'Avenue Royale, la route de Chatou citée plus haut et celle de Croissy. A gauche, les routes de Montesson, de Cormeille, de la Borde (route de Sartrouville). Des avenues transversales coupaient l'Avenue Royale; l'une allait de la Borde à l'isle de la Loge. Dans cette île existait un manoir qui avait abrité le roi Charles IX et la dame de Belleville, Marie Touchet. Une autre route coupait par le milieu les bois du Vésinet (Avenue des Pages). Une autre allait de Croissy à Montesson. Il reste encore deux routes transversales, l'Avenue du Belloy et l'Avenue Horace Vernet. Au total, seize avenues partaient du Rond-Point Royal, actuel Rond-Point de la République, et aboutissaient aux extrémités de la Forêt.
[Voir anciennes cartes]
Il fallait que le Roi devienne effectivement propriétaire du Pecq et du Vésinet s'il voulait réaliser tous ses desseins.
Le Roi députa à Albert de Retz, le sieur Marcel, intendant des Finances, qui passa contrat devant Me Le Noyer et Me Lusson, notaires au Châtelet de Paris, pour la somme de 8.000 écus, le 25 août 1595, mais il n'entra en possession par suite de diverses circonstances, qu'en l'an 1604. Il s'agissait de 282 arpents de "terres non labourables, en friches, bruyères, hayes, buissons, pasturages et joignant icelles terres, une petite garenne peuplée de lapins". Mais cette surface semblant insuffisante (environ 80 hectares), Henri IV allait acquérir en 1607 de nouvelles terres appartenant, les unes au seigneur de Chatou, Thomas le Pilleur, les autres au seigneur de la Borde, Louis Dodieu, d'autres enfin à divers habitants de Chatou au total 355 arpents supplémentaires, de bois et de landes, représentant une bonne partie de ce qui était alors le Bois de la Trahison. L'acte de vente passé avec le seigneur de Chatou mentionnait "pour monstrer à l'advenir de la séparation desdits bois ce qui reste audit sieur de Chatou seront plantez bornes aux frais et despens de Sadite Majesté ". Le
bornage n'allait être exécuté que cinq ans plus tard, après la mort du roi.

La forêt du Vésinet, terrain de chasse, fait dès lors partie des terres de la Couronne et figure sur la liste des "plaisirs de sa Majesté". Elle est confiée à la "Maîtrise des Eaux-et-Forêts" et rattachée pour sa surveillance à la capitainerie générale des chasses du Château de Saint-Germain. Désormais, l'Histoire du Vésinet suivra la fortune des Rois de France, ses propriétaires.

A l'exemple de son père, Louis XIII voulut agrandir et aménager le parc du Vésinet en acquérant de grandes surfaces, du seigneur de Croissy, en 1634 pour la partie sud du Vésinet, jusqu'à la Seine à cette époque. A la fin de son règne la forêt royale sera quatre fois plus grande qu'à l'avènement d'Henri IV. C'est aussi sous Louis XIII, en 1627, que fut construit le premier pont de bois reliant les deux rives de la Seine. C'est à cette période enfin qu'apparaissent les premières mentions de la maison du garde.

De la Fronde à l'oubli

Aux XIV et XV siècles, la forêt du Vésinet s'était vue foulée par le pied des Anglais conquérants. Deux siècles plus tard, elle allait devenir avec Saint-Germain l'asile, le lieu de refuge de l'Anglais vaincu et chassé de son trône. En 1644, en effet, Henriette-Marie de France, fille de Henri IV et femme de Charles Ier d'Angleterre, fuit la proscription et reçoit l'hospitalité à Saint-Germain. La reine-mère Anne d'Autriche, le jeune roi Louis XIV et le duc d'Anjou vont la chercher jusqu'à Paris et l'amènent en carrosse à travers la forêt du Vésinet jusqu'au château de Saint-Germain.

Pendant la minorité si agitée de Louis XIV, la forêt du Vésinet est le théâtre permanent du passage de la cour fuyant Paris à chaque instant, et des divers partis politiques qui viennent l'y chercher ou l'y menacer. Ainsi, le 25 août 1648, la Cour, fuyant la journée des barricades qui vient d'éclater à Paris, traverse au galop Neuilly, Nanterre et la forêt du Vésinet et vient se réfugier à Saint-Germain. Le 6 janvier suivant, devant une nouvelle émeute, suscitée par le turbulent cardinal-coadjuteur de Retz, la cour fuit Paris et, au risque de se faire enlever par la Fronde, se rend en pleine nuit, par les bois du Vésinet qui protègent leur fuite, au château de Saint-Germain. Le 17 février, c'est le Parlement de Paris qui se rend à Saint-Germain. Sous l'escorte du régiment de la reine et sous la garde de M. de Grammont, les membres du Parlement sont conduits jusqu'à Chatou ; et là, dans Le Vésinet, une nouvelle escorte envoyée par la reine-mère les conduit, sous la sauvegarde même d'Anne d'Autriche, jusqu'au château de Saint-Germain.

Sous Louis XIV le gibier était nombreux et bien gardé par les capitaines des chasses, on voyait encore dans les bois du Vésinet des milans royaux, des courlis. Le grand veneur du roi entretenait des faucons et des éperviers qui chassaient ces oiseaux. Depuis le Château de Marly, sa résidence préférée au début de son règne, le futur Roi-soleil venait fréquemment se distraire dans le Bois de Vézinet.
Pour agrandir son terrain de chasse, il acheta au seigneur de Chatou, en 1666, 418 arpents de bois et forêts pour la partie de la forêt à laquelle correspondent aujourd'hui les Ibis et grosso modo le périmètre route de Montesson / avenue du Belloy / route de la Borde. Ces bois furent entretenus et replantés ainsi qu'en témoigne le
marché passé le 30 novembre 1664 entre Colbert et Jean-Baptiste, Louis et Jean Delalande, jardiniers du roi au château de Saint-Germain, qui s'engageaient à planter treize mille pieds d'arbres (ormes, érables, tilleuls et châtaigniers) et à labourer autour des arbres pendant quatre ans. Un plan conservé à la Bibliothèque nationale, tracé en 1668 donne une idée du projet global de Louis XIV sur l'aménagement du Bois dont les allées ont été conservées jusqu'à la refonte du paysage voulue par le Comte de Choulot, au milieu du XIXe siècle. Les noms des actuelles avenues des Pages, de la Meute, du Lévrier, du Grand Veneur, de la Faisanderie ... évoquent ces chasses royales. Les Comptes des Bâtiments du Roi Louis XIV permettent de préciser les aménagements réalisés entre 1664 et 1714. Ainsi le bois du Vésinet retrouva son étendue première grâce à l'effort persévérant des rois, mais il avait atteint alors son maximum, soit 1264 arpents, surface qu'il gardera jusqu'à la Révolution.

En 1689, le Château de Saint-Germain et la forêt du Vésinet s'animèrent de nouveau grâce à la présence des souverains exilés Anglais que le roi vient visiter et auxquels il offre le plaisir de la chasse.

A partir de la fin du règne de Louis XIV, les rois vont peu à peu se désintéresser de Saint-Germain. Versailles va supplanter le Château de Henri IV. Le domaine du Vésinet, abandonné aux gouverneurs de Saint-Germain, verra de moins en moins les brillants équipages galoper sous ses couverts. Pendant 150 ans il ne sera plus guère qu'un bois dormant ... à la triste réputation !
Cette réputation, la plus désastreuse jusqu'au XVIIIe siècle, tenait au terrain d'un difficile passage, généralement désert, où les voyageurs couraient risque de leur bourse et même de leur vie. En 1688 notamment, la mésaventure de MM. de Fieubet, conseiller au parlement de Paris, et Courtin, ancien ambassadeur, largement racontée, en est une belle illustration. Ceci explique la préférence des voyageurs pour un itinéraire plus long mais jugé plus sur, dit "par la Machine" [de Marly] plutôt que "par les Ponts" [de Chatou et du Pecq], considéré comme hasardeux.

Vers 1721, sous la Régence, la forêt du Vésinet fut affermée pour la somme de 6 000 livres au Maréchal duc de Noailles, gouverneur, capitaine des chasses de Saint-Germain. Le roi Louis XV ne vint pas y chasser avant 1728 et n'y reparut que rarement. Noailles fit défricher 300 arpents de la garenne du lieu dit Vésinet, et y établit des fermes pour les laboureurs et des maisons pour les jardiniers et vignerons, en sorte qu'en 1721 y habitaient 60 à 80 personnes qui obtinrent bientôt la construction d'une chapelle et d'un logis pour le chapelain. Mais à la suite d'une querelle naissante entre les cures voisines du Pecq et de Chatou à qui posséderait le nouveau hameau, il fut décidé en 1726, que Le Vésinet dépendrait de la paroisse du Pecq.
Ainsi, pour la première fois, un hameau groupé autour de sa chapelle est le signe de l'existence civile du Vésinet. Ce hameau était situé entre la Seine et la rue actuelle du 11 Novembre. Il se trouvait sur le territoire du Pecq où il est resté. Dénommé Ferme du Vésinet, Domaine du Vésinet, ou encore Domaine agricole de Noailles, il ne cessera de se développer au gré des efforts de ses propriétaires successifs.

Sous Louis XVI, la forêt fait partie de la dotation du comte d'Artois, futur Charles X. Grand chasseur, celui-ci vient chasser à St-Germain tous les jeudis (1778) ; au Vésinet, il établit une faisanderie. L'autorisation (octobre 1782) est donnée par le roi en son conseil. Cette faisanderie devait être établie «pour l'agrément des chasses de M. le comte d'Artois» et nécessitait l'abattage de quelques chênes, ce que le roi permit. La surface du terrain était de 31 arpents, 30 perches (l'arpent représentait, suivant l'endroit, de 35 à 50 ares).
La forêt du Vésinet présentait alors trois secteurs distincts :

    — Dans sa partie orientale, on avait établi la Faisanderie avec un pavillon de chasse. L'édifice en pierre blanche se situait à l'emplacement de l'actuel n°105 avenue Foch à Chatou. Subsistent encore deux annexes qui s'élèvent de part et d'autre de l'entrée, alors que le bâtiment principal fut détruit en 1860.
    Sur les bords de la Seine, la Ferme du Vésinet ou domaine agricole de Noailles dont le bâtiment que l'on voit toujours, 1-3 rue de Verdun, au Pecq.
    Le reste de la forêt, transformé en garenne entourée de murs du côté de Chatou et Croissy (et plus tard de Montesson) dont il reste quelques vestiges. L'édification de ces murs représentait une lourde charge pour ces paroisses qui s'en plaindront en 1789, dans leurs Cahiers de Doléances.

Le Vésinet traversa alors une longue période sans offrir d'autre épisode marquant que l'assassinat du banquier Pinet (juillet 1789), présenté comme le caissier général de cette terrible et coupable association secrète, dite Pacte de famine. Pinet fut assassiné dans le bois du Vésinet suivant toute apparence par des complices intéressés à sa perte, car le plus profond mystère n'a cessé de planer sur cette sanglante aventure. On soupçonna — à tort — le duc d'Orléans, futur Philippe-Égalité, qui était associé avec lui dans quelque affaires, d'avoir été l'instigateur de cet assassinat.

L'année précédente "Chatou et les autres pays avaient, dans la matinée du dimanche 13 juillet 1788 été ravagés par un orage d'une violence exceptionnelle. Presque tous les champs furent saccagés; il fallut racheter des semences, replanter des arbres, refaire les toitures, et surtout perdre la récolte, déjà fort compromise par les gelées particulièrement fortes du mois d'avril. On prétendit que ce cataclysme était dû aux multiples sonneries de cloches mises en branle au début de la grand'messe dans toute la région. Si cela était vrai, chaque dimanche aurait dû ramener de semblables orages. Cependant, il faut dire qu'il y eut ce jour là une aggravation sensible : au début de l'orage et pour l'éloigner, il y eut redoublement de sonneries par esprit de superstition. Est-ce que cela y fit quelque chose ? De toutes façons, c'était défendu par un arrêt du Parlement de Paris de juillet 1774. Et en définitive, ce malheur ne fit qu'aigrir un peu plus les esprits"…

La Révolution, l'Empire et la Restauration

En 1789, le Comte d'Artois, émigra l'un des premiers, le 17 juillet, aux lendemains de la prise de la Bastille.
Le roi Louis XVI a-t-il songé à fuir, dès juillet 1790 ? C'est ce que suggère cette anecdote tirée des Mémoires inédits du comte Esterhazy et citée par M. Feuillet de Conches [tome IV, page 47]. L'évènement se produisit lors du séjour de la Cour à Saint-Cloud.
"Un jour, le Roi sortit par les hauteurs de Saint-Cloud, et par une porte du parc qui était condamnée, et qu’il fit enfoncer. Nous descendîmes par la plaine auprès de Rueil, et, après avoir passé le pont de Chatou, nous entrâmes dans la forêt du Vésinet. Le relai était au Butard, et nous lui tournions le dos. Dès que nous fûmes au Rond-point du Vésinet, le Roi prit à droite, et, allongeant son cheval, prit la route de Maisons. Je ne doutai pas alors que le Roi ne fût déterminé à s’échapper... La même idée vint en même temps au duc de Brissac et, nous ayant fait l’un à l’autre un coup d’œil, nous restâmes un peu en arrière pour nous communiquer nos soupçons. Le résultat de notre conversation fut que nous observerions chacun des officiers nationaux, et qu’au moment du passage de la rivière, si un d’eux voulait s’y opposer et ne pas nous suivre, nous leur passerions notre couteau de chasse à travers le corps. C’était la seule arme que nous eussions. Ils avaient tous leurs sabres et des pistolets mais nous espérions ne pas leur donner le temps de s’en servir.., lorsque le Roi s’arrêta et ordonna à M. de Briges, son écuyer, de faire venir le relai du Butard au port du Pecq. Cet ordre détruisit nos espérances".
Louis XVI a-t-il changé d'avis tandis qu'il chevauchait à travers le Bois du Vésinet ? Le sort du Royaume s'est peut-être joué là.

En 1791, l'Assemblée nationale constituante qui avait besoin d'argent fit estimer les biens de la Couronne. Le rapport concernant la forêt du Vésinet indiqua (12 mai-15 juin 1791) : "La forêt du Vésinet, dépendant du même domaine [St Germain] contenant 1,345 arpents, y comprit 309 arpents qui ont été défrichés par M. d'Artois, en vertu d'arrêt du Conseil [pour agrandir de domaine agricole de la Ferme]. Cette forêt a été exploitée en six coupes par recépage depuis 1780. Elle ne présente plus, dans son état actuel, qu'un jeune taillis et n'offre, quant au produit, qu'une jouissance très éloignée".

Dans les Mémoires du Marquis de Grouchy, on peut lire qu'en 1794 l'on "fabriquait journellement une assez grande quantité de poudre dans la forêt du Vésinet" et que cette poudre était destinée aux insurgés Vendéens. Coquille probablement car le quartier général de Stofflet, le général en chef vendéen d'alors se trouvait dans la forêt de ... Vézins, dans le Maine-et-Loire.

Le 20 frimaire An II de la République (10 décembre 1793), le partage du bois du Vésinet fut décidé. Un procès-verbal de la délibération du Conseil général du district de la Montagne Bon-Air (nom révolutionnaire de Saint-Germain-en-Laye), répartit ainsi le bois entre les communes voisines :

      Chatou :

      418 arpents

      Croissy :

      363 arpents 43 perches

      Le Pecq :

      291 arpents 16 perches

      Montesson :

      192 arpents 3 perches ½

La contenance de ladite forêt était donc alors de 1264 arpents 62 perches (arpent = 100 perches; 1 perche = 33 m²). A partir de ce moment, la commune du Pecq, jusqu'alors sur la rive gauche de la Seine, déborda sur la rive droite.

Le décret du 3 nivôse An IV (23 décembre 1796), autorisait le Directoire exécutif à traiter de la jouissance des forêts ci-devant royales ; il ordonnait la mise en vente de maisons et parcs appartenant aux membres de la famille royale : ... Saint-Cloud, Meudon, ... le Vézinet, ... et de toutes les autres maisons et parcs dépendant de la ci-devant liste civile ou provenant des ci-devant princes émigrés, à l'exception des maisons principales de Versailles, Fontainebleau et Compiègne, destinées à des établissements publics.
La Ferme du Vésinet, ex-domaine agricole de Noailles allait pouvoir être vendue.

L'Empire réintégrera la plus grande partie de la forêt dans le domaine de la Couronne, les communes de Chatou, Croissy et Le Pecq continuant d'exercer de simples fonctions de police à l'intérieur des périmètres qu'elles avaient reçus. Sous Louis XVIII et Charles X, on organisera l'exploitation de la forêt avant le début, en 1835, des travaux de construction de la voie ferrée. On voit sur un plan du Bois dit du Vésinet dressé en 1836 par Guy Martin, géomètre ordinaire des forêts de la Couronne, une division de la forêt en deux triages, celui du Nord et celui du Sud, comprenant ensemble 36 coupes, pour une étendue totale de bois de 26 hectares 53 centiares.
De la grande Etoile Royale, appelée aujourd'hui Rond-Point de la République, partent quatre grandes artères aboutissant aux extrémités de la forêt. Ce sont la route de Montesson, la Route Royale, la grande route de St-Germain à Paris et la route de Croissy.

C'est par la route de Paris à Saint-Germain, que déboucha, le 1er juillet 1815, à 9 heures du matin, une colonne prussienne commandée par Blücher, lequel força le passage du vieux pont du Pecq, défendu seulement par vingt-cinq hommes. Ce vieux pont, était en bois. Il datait de 1765. Il avait été reconstruit à neuf en 1775, et aboutissait sur la rive droite de la Seine, vers un arbre vénérable désigné sous le nom d'Orme de Sully. Rappelons que le premier pont datait de 1627 et débouchait directement sur le village, en amont du pont actuel. Le vieux pont du Pecq fut emporté par les glaces le 28 janvier 1830. Reconstruit peu après, il sera coupé de nouveau lors de l'invasion allemande en 1870 et reconstruit en 1872. En juin 1940, les Français feront sauter une arche du pont pour retarder l'avance des armées allemandes ; le pont réparé, les Allemands essayeront de le faire sauter à nouveau au mois d'août 1944, ne réussissant qu'à le rendre impraticable. Les Américains y superposèrent en quelques heures une passerelle provisoire et rétablirent la circulation. Le pont sera entièrement réparé en 1945.

Jusque vers 1857, l'aspect du Vésinet variera peu. Entre Chatou et Le Pecq ce sera celui d'un bois à peu près désert, exception faite de quelques exercices militaires. Ainsi, le 23 novembre 1838, la presse signale que "MM. les ducs d'Orléans et de Nemours, accompagnés de M. le général Pajol et de leurs aides-de-camp, sont allés dans la plaine du Vésinet passer en revue la garnison de Saint-Germain. Un champ de manœuvres avait été installé au milieu du bois, à peu près où se trouve aujourd'hui le Grand Lac. On avait défriché, en 1816, une "surface considérable de terrain" pour établir un champ de manoeuvres destiné aux Gardes-du-Corps, en résidence à Paris et à Saint-Germain. Mais le terrain devint aussi le lieu de la fête patronale du Pecq où dès 1825 chaque dernier dimanche de juillet, on disait en plein air, une la messe solennelle "en musique exécutée par des laïques distingués de la capitale". La fête de la Marguerite ne fera que reprendre cette ancienne tradition.

Durant les opérations militaires des 9 et 10 septembre 1853, la "petite guerre" simulant la prise de St-Germain, la troupe dressa son bivouac sur le champ de manœuvres et dans les bois alentour.

Le chemin de fer

Une loi du 9 juillet 1835, autorisa l'établissement d'un chemin de fer de Paris à Saint-Germain. La loi porte la signature de Louis-Philippe et de Thiers, alors ministre de l'Intérieur. Au texte de la loi était annexé le minutieux cahier des charges, par lequel le concessionnaire, Emile Péreire, s'engageait à mener à leur terme, en quatre ans, les travaux d'établissement de la ligne. L'inauguration, de célèbre mémoire, eut lieu le 24 août 1837, soit deux ans après seulement.
Le chemin de fer, si décrié à ses débuts, venait remplacer les "carabas" (transportant vingt-six personnes) ou les "pots de chambre" (pour douze voyageurs), mettant deux heures environ pour relier Saint-Germain-en-Laye à Paris. Auguste Vallet nous en a laissé un reportage enthousiaste.
Le "coche d'eau" se voyait aussi concurrencé: il permettait de se rendre du port du Pecq à celui du Pont Royal à Paris (56 km). En 1836, un service régulier de bateaux à vapeur, à roues à aubes, pour les passagers, avait été organisé entre Paris et Rouen (Compagnie les Dorades et compagnie les Etoiles, alternativement). Le quai d'embarquement où les départs avaient lieu se trouvait en aval du Pont-Royal, au quai d'Orsay. Grâce au chemin de fer de Paris à Saint-Germain, c'est au Pecq en 1838 que fut établie désormais la station des départs et des arrivées des bateaux à roues allant à Rouen et au Havre. A cette époque, la Seine était un lieu d'intense trafic. Avec l'apparition du train, le Guide du voyageur sur les bateaux à vapeur de Paris au Havre (ou "de Rouen à Paris") s'enrichit d'une "notice sur le chemin de fer de Paris à Saint-Germain". Cet ouvrage de 350 pages environ proposait une "description géographique et historique des rives de la Seine" et une carte du cours du fleuve. Il était agrémenté de 50 ou 70 vignettes (gravures). Concernant le Bois du Vésinet, il en faisait déjà l'historique repris plus tard par nos "annuaires" et autres "albums-guides" locaux. Il nous offre de surcroît d'intéressantes données statistiques sur les premières années d'exploitation de la ligne. Ces bateaux disparurent en 1847, eux-mêmes concurrencés par le chemin de fer.
Le chemin de fer allait mettre une demi-heure pour couvrir la distance Paris-Le Pecq, pour la somme de 1,50 F. En 1837, il y avait, dans les deux sens, cinq départs le matin et le soir.
Les premières locomotives mises en service s'appelaient "La Seine", "Saint-Germain", "Louis-Philippe". La première et la quatrième voiture de voyageurs suivant la locomotive de Taylor étaient des "diligences" (2° classe), les quatre autres étaient des "wagons" de 3° classe.
Les voyageurs qui s'installaient à l'extérieur des diligences ou des "berlines" — voitures de 1ère classe — étaient surnommés les "singes" ou les "lapins", pour rappeler les voyageurs qui, sur les "pots de chambre" d'antan, s'asseyaient sur l'impériale ou près du cocher. Le 18 décembre 1840, les voyageurs durent descendre dans 20 cm de neige, dans la forêt du Vésinet pour couper du bois afin d'approvisionner la locomotive.
A travers Le Vésinet, la voie ferrée avait, jusqu'au pont d'Alsace-Lorraine, le même tracé qu'aujourd'hui; puis elle coupait à travers la Grande Pelouse, en ligne droite, parallèlement au boulevard Carnot, et aboutissait au bord de la Seine, la gare des voyageurs se trouvant à gauche du pont, la gare de marchandises à droite.
Le reste du trajet jusqu'à Saint-Germain se faisait en voiture, car on avait renoncé à faire gravir au train les 51 mètres d'altitude de la Terrasse.
C'est sur cette ligne que fut essayée la première locomotive sortie des ateliers de Stehelin & Huber. Lors des essais en octobre 1838, la locomotive "l'Alsace" était montée par les ingénieurs des chemins de fer et par Charles Stehelin; elle a fait la course jusqu'à Saint-Germain et a ramené à Paris un convoi de voitures. C'était le deuxième essai sur cette ligne d'une locomotive construite en France. Elle était à 6 roues, dotée de cylindres de 13 pouces de diamètre et se caractérisait par une construction solide sans poids excessif et par l'harmonie de ses proportions qui faisait honneur à David Lloyd.
Après l'établissement du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, raconte M. Dunoyer, "il s'est établi entre le Pecq et une multitude de localités plus ou moins voisines un tel nombre d'omnibus et de voitures, que cet établissement, contre toute prévision, a augmenté l'emploi des chevaux dans une proportion considérable".
En 1847, le tracé de la voie ferrée prit la forme d'un "S" que nous connaissons aujourd'hui pour traverser la Seine au-dessus de l'île Corbière. Une nouvelle gare fut construite. Elle existe toujours (mais n'est plus en service) entre la gare RER et le pont de Montesson. Le train allait désormais jusqu'à Saint-Germain, grâce à une nouvelle technique dite "atmosphérique".
Selon Adolphe Joanne, le 26 février 1848, le pont du chemin de fer entre Rueil et Chatou fut incendié en partie par une "bande de brigands" qui venaient de détruire la station de Rueil, et qui saccagèrent la station de Chatou et les bâtiments du chemin de fer atmosphérique. La garde nationale tarda à réagir, malgré l’exemple que lui donna l'adjoint du maire de Chatou, M. Tranquard. Ces pillards appartenaient tous aux villages traversés autrefois par les grandes routes. C'étaient des cultivateurs et de petits commerçants aisés qui se vengeaient du préjudice que leur causait le chemin de fer. Le gouvernement provisoire s'empressa de faire juger ceux qui avaient été arrêtés le soir même par la garde nationale de Rueil. Les plus coupables furent condamnés à cinq années de travaux forcés ou de réclusion.

L'accident du 6 septembre 1858, fut d'abord imputé à une rupture des freins dans la descente depuis Saint-Germain. Le train vint heurter une locomotive stationnée en gare du Vésinet [actuellement Vésinet-Le Pecq]. Il mit trois minutes au lieu de cinq. Le conducteur et deux passagers trouvèrent la mort, dix-neuf voyageurs furent blessés. Le rédacteur du Monde illustré ajoute que le nombre des accidents de chemin de fer est devenu "bien inférieur à celui des catastrophes qui ensanglantent nos routes ordinaires". La lecture des minutes du procès révèle l'enchaînement des causes réelles de l'accident et les inconvénients du système atmosphérique qui sera abandonné deux ans plus tard.
La station du Vésinet ne fut ouverte que plus tard, en 1862, pour desservir la nouvelle localité fondée à la suite des événements dont nous allons retracer la genèse plus loin.

L'Asile Impérial

Le décret portant création des asiles de Vincennes et du Vésinet destinés aux ouvriers convalescents ou mutilés, parut le 8 mars 1855.
Les préoccupations sociales du Second Empire se traduisent dans le Rapport à l'Empereur, établi par Billaut, ministre secrétaire d'Etat au département de l'Intérieur. Le style nous apparaît aujourd'hui paternaliste, le ton est parfois pompeux, mais les premières mesures de protection sociale existent et le gouvernement compte par là désamorcer les promesses démagogiques des "agitateurs" par deux fois dénoncés. Un nouveau décret affectant désormais l'Asile du Vésinet aux femmes convalescentes, date du 28 août 1858. On ne sait pourquoi, il ne fut publié que neuf mois plus tard.
Le changement d'affectation était justifié par une constatation d'évidence: l'admission des ouvriers mutilés serait nécessairement définitive et l'établissement très vite saturé; en revanche le séjour de convalescentes serait de durée limitée et permettrait au total de faire bénéficier de l'institution un plus grand nombre d'ouvrières.
Par décret du 11 août 1859, l'Asile sera classé au nombre des établissements généraux de bienfaisance et d'utilité publique.
L'inauguration de l'Asile impérial du Vésinet, eut lieu le 29 septembre 1859.
Elle fut célébrée en présence du ministre de l'Intérieur Arrighi, duc de Padoue. Dans une lettre adressée huit jours auparavant au directeur de l'établissement, le ministre donnait ses directives concernant le déroulement de la cérémonie et allouait des crédits de 5110 frs pour la décoration des bâtiments et des cours, et de 2400 frs pour le buffet. Le discours du ministre fut une gerbe de louanges pour toute l'action sociale de l'Empereur dont la générosité s'était récemment manifestée sur un autre plan, lorsque le 8 juillet 1859, Napoléon III avait signé avec l'empereur François-Joseph l'armistice de Villafranca qui mettait fin à la campagne d'Italie.
Le duc de Padoue parla également de l'évolution de la condition féminine: "La mère a dû quitter son ménage pour gagner son pain; la jeune fille, arrachée à la vigilance maternelle, a été exposée à toutes les séductions". Et de conclure sur la dissolution progressive de la famille...
La bénédiction fut donnée par l'évêque de Versailles, Mgr Mabile, le jour de l'inauguration. L'Asile fut ouvert peu après, le 8 décembre.
L'Asile a été édifié sur les plans de l'architecte Eugène Laval (1818-1869) qui a recherché la symétrie totale. Eugène Laval fut, notamment l'artisan de la restauration du château de Beaucaire et de l'église de Saint-Bertrand de Comminges. Il construisit le lycée de Toulon, commença la construction de l'hôpital de Bordeaux et dessina les plans de l'hôtel de la Banque à Bilbao. L'édification de l'Asile de Vincennes fut aussi confiée à Laval et les bâtiments du Vésinet lui ressemblent de manière frappante. Le dôme de la chapelle de l'Asile était surmonté d'une couronne impériale, dominée par une croix et supportée par des aigles. Le relevé en a été fait par Louis Gilbert, architecte de la mairie du Vésinet. L'ouvrage était en zinc doré. Lourd et menaçant ruine, il fut déposé vers 1928, puis vendu.
Le dénombrement de la population de Croissy en 1861 nous apprend que l'Asile comptait alors 62 personnes assurant son fonctionnement. En tête de liste figure le Vicomte Octave de Lastic, le directeur, avec sa femme et son fils. Viennent ensuite l'aumônier et sa cuisinière, la mère supérieure et sept hospitalières de l'Ordre de la Sagesse, trois internes, l'économe, des employés aux écritures, des lingères, des surveillants, un garçon de pharmacie et même un vacher. En 1872, l'effectif des religieuses a doublé et le nouveau directeur, M. Eriau est à la tête d'une équipe de 80 personnes.
En six ans, l'Asile recevra 22 504 convalescentes dont 13 767 ouvrières (principalement couturières, blanchisseuses, lingères, piqueuses de bottines et fleuristes) et 8 737 domestiques (y compris concierges, infirmières, filles de salle). En outre, il accueillera 2 263 enfants, de nombreuses convalescentes y venant après un accouchement. Les maladies les plus fréquentes étaient la fièvre typhoïde, la phtisie, les bronchites, pneumonies, rhumatismes puis la chlorose et la chloro-anémie.
Les ressources de l'établissement étaient constituées par un prélèvement de 1% sur les travaux entrepris dans le département de la Seine, par le prix des journées acquitté par les convalescentes "payantes", par le revenu de legs et de donations. La situation financière était saine : les recettes excédaient les dépenses d'environ 11%. En février 1889, l'établissement fut laïcisé.


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