D'après Michel Nilles, Mémoire de Maitrise, Paris I, 1989 et Sophie Cueille, 2002.

Emile Cappe (1828-1909), le jardinier du Vésinet

Dès sa création, la colonie du Vésinet a des représentants au sein de la Société d'Horticulture qui se tient régulièrement à Saint-Germain-en-Laye. A commencer par Emile Cappe, jardinier en chef de la Société MM. Pallu & Cie. Emile Narcisse Désiré Cappe est né à Combs-la-Ville le 14 juillet 1928. Fils d'un jardinier du Jardin des plantes à Paris, il sera l'élève de Thouin dont il suivra pendant 12 ans les cours de théorie et de pratique. Il a une trentaine d'années lorsqu'il est recruté par Pallu.

La Société d'Horticulture consacre deux importantes expositions chaque année, au printemps et en automne, abritées sous un immense chapiteau, la "Tente nomade" de Amédée Choteau, restaurateur saint-germanois et entrepreneur de fêtes publiques, dressée sur la Terrasse de St-Germain et qui voit défiler jusqu'à 4000 visiteurs par jour. Les plus belles réalisations de fleurs, de plantes, d'arbres ou d'autres ornements y sont représentées par les jardiniers et les horticulteurs de toute la région. Emile Cappe va jouer progressivement un rôle prépondérant dans cette manifestation. A chaque exposition, de nombreux prix sont remis aux exposants les plus méritants, pour toutes les variétés horticoles. Le jardinier de Pallu en remporte plusieurs à chaque fois. Voici des exemples concernant le Vésinet :

medaille

XIVème exposition d'automne (septembre 1859), patronnée par le prince Jérome.

    •Premier prix des conifères,

    •Deuxième prix pour les arbres et arbustes d'ornement,

XVIIème exposition de printemps (mai 1862),

    •Médaille d'Or de Sa Majesté l'Empereur, pour ses plantes d'agrément et l'ensemble de ses collections.

XVIIIème exposition d'autome (octobre 1863),

    •Prix pour les plantes exotiques

    •Médaille de Vermeil pour ses plans de décorations de parcs et de jardins.

Illustration: Médaille de la Société d'Horticulture - Visite de Jardin (date indéterminée).

En 1863 Emile Cappe obtient une fonction importante dans l'administration de la Société saint-germanoise. En janvier, il est élu membre du bureau directeur, lors de la séance tenue à l'Hôtel de Ville. L'année suivante, il devient secrétaire général, ce qui lui vaudra de prononcer un discours d'ouverture de la XIXème Exposition, le 22 mai 1864.
Lui-même propriétaire d'une villa au Vésinet, Cappe est présenté comme "jardinier de grande distinction, auteur et ordonnateur principal de plusieurs parterres et jardins de la colonie du Vésinet". Son propre jardin sera minutieusement décrit lors d'une visite
[1] de la Société d'horticulture de Saint-Germain: plates bandes de rosiers, datura, glaïeuls, bordures de joubarbe "se marient avec le silex dite meulière qui sert à encadrer les massifs pour empêcher la terre de se mélanger au sable des allées", rochers et cascades jaillissantes animées de plantes aquatiques, rhododendrons, géranium nouveaux ; toutes ces plantations émaillent le jardin complété par plusieurs serres. Les unes sont utilisées pour acclimater en France des plantes nouvelles ou peu répandues ; des serres chaudes abritent fougères, palmiers, pandanées (arbre à silhouette de palmier), philodendrons, orchidées, cyclanthées (famille d'arbres et d'arbustes avec une fois encore une silhouette de palmier) et le groupe de visiteurs experts signale l'intérêt tout particulier de la collection des broméliacées, famille de vivaces aux longues feuilles raides ressemblant à des ananas, qui deviennent alors à la mode.

Evidemment, d'autres jardiniers du Vésinet exposent également à ces manifestations où ils seront de plus en plus nombreux. La Société horticole est grandement intéressée par les belles créations réalisées depuis 1858 dans le bois du Vésinet. Elle publie des rapports de visite tels celui de la séance du 9 juillet 1865. Une commission de quatre membres, dont Emile Cappe, MM. Lecoq, Foucaud et Laurent, est chargée de la visite [2]. Le rapport décrit le circuit effectué, rappelle la transformation de la forêt inculte en un parc luxuriant grâce à un ingénieux système d'adduction d'eau, témoigne du désir des propriétaires de la colonie de cultiver leur jardin. Il fait aussi état de belles réalisations telles que les cascades de Chabot sur les petites rivières. Il mentionne que le "village" occupe 7 hectares de terrains, les pelouses aménagées et les bosquets conservés couvrent 14 hectares, alors que 50 hectares sont livrés aux îlots, constituant plus de 2000 lots, la moitié étant vendue et 300 villas construites [ces chiffres ne correspondent pas à la réalité].
Les commissionnaires, se rendent dans diverses propriétés, celle de M. Dollez, originaire du nord de la France, [au 15, route du Lac-du-Pecq actuelle avenue Rembrandt], présente un beau spécimen de végétation et de riches conifères, tels les séquoias. Le jardin de M. Sépot, négociant parisien créé par Emile Cappe lui-même, étale sa rampe fleurie sur les bords de la rivière. Plusieurs autres propriétés splendides sont également retenues. On s'émerveille devant celle de Mme Stoltz, la cantatrice. C'est aussi à Cappe que s'est adressée la célèbre tragédienne Rosine Stoltz. Pour elle, il a exécuté “le plus majestueux décors [...] avec de vastes pelouses couvertes de jolis bouquets des anciens arbres de la forêt [...] tout est harmonieux dans cette villa, et la grande artiste qui en fait l'ornement, et les beaux parterres dont elle est entourée".
La commission qui observe également l'ornementation des routes, mentionne que les avenues du Belloy et de la Princesse sont plantées depuis 1862 de platanes. Des rampes de voûtes, jetées sur le chemin de fer sont ornées d'arbrisseaux.

Emile Cappe horticulteur

au bas de la rue de l'Eglise ...

Installé au 6, rue de l'Eglise [actuelle rue du Maréchal-Foch], comme "entrepreneur de jardins", puis plus tard comme "horticulteur", Emile Cappe fera partie du premier conseil municipal de 1875.
Il sera plusieurs fois adjoint des maires Jean Laurent et Alphonse Ledru. Officier d'Académie, officier du Mérite agricole, Emile Cappe est mort au Vésinet le 21 janvier 1909, à son domicile du 14 route des Bouleaux. La vaste propriété qu'il possédait entre la route des Bouleaux et la route du Chemin-de-fer RG sera conservée par sa veuve jusqu'en 1818 puis la veuve de son fils jusqu'en 1925, date à laquelle elles deviendra la propriété d'Emile Thiébaut, lui aussi horticulteur et futur maire du Vésinet.
Cappe avait également un rôle pédagogique dans la nouvelle colonie car il animait de ses cours théoriques et pratiques le Jardin-École du Vésinet, situé entre le boulevard de l'Ouest et l'allée du lac inférieur. Ouvert au public gratuitement les dimanches, à l'initiative d'Alphonse Pallu en 1873, il était destiné "à faire connaître aux propriétaires et jardiniers les meilleures méthodes pour l'établissement d'un jardin et pour la culture des arbres fruitiers et des légumes".

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    Notes :

    [1] Bulletin de la Société d'horticulture de Saint-Germain-en-Laye, 1859-1863, p. 434 à 438. - Rapport de M. Lecoq au nom de la commission chargée d'examiner, au Vésinet, l'album et les jardins arrangés et exécutés par M. Cappe”.

    [2] Bulletin des Travaux de la Société d'Horticulture tome III, 6ème livraison de juillet 1865. - Rapport de la séance du 9 juillet 1865 par M. Lecoq, premier vice-président de la Société.


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