D'après Charles Bigot dans Le XIXe siècle, n°2776, 29 juillet 1879.

La Mairie et les écoles du Vésinet inaugurées

Je reviens d'une intéressante cérémonie. Le Vésinet, grâce au ciel, ne doit pas uniquement sa renommée à certains curés qui font parler d'eux jusqu'en cour d'assises [1]. C'est un fort joli petit coin du département de Seine-et-Oise, un de ceux que connaissent le mieux les Parisiens.
Aujourd'hui, Le Vésinet, devenu commune depuis quelques années seulement, inaugurait l'élégante mairie qu'il s'est fait construire, et comme il s'est donné pour conseillers municipaux une douzaine de bons républicains, il va sans dire qu'à côté de la mairie, un groupe scolaire a été installé dans toutes les conditions possibles de confort et même de luxe. Avec leurs vastes salles, leur matériel commode, leurs logements spacieux, leurs préaux libres ou couverts, l'école des garçons et l'école des filles du Vésinet sont bien près de pouvoir être citées à toutes nos communes de France comme des écoles modèles. [2]


La Mairie et les écoles
Monographie de l'instituteur Désiré Thibault (1889) - Dessin de Henry Johnson.

M. le ministre de l'intérieur avait été prié de venir assister à l'inauguration de la mairie. Du même coup, en l'absence de M. Jules Ferry, empêché, il a présidé à l'inauguration du groupe scolaire. Une gentille adresse lui a été présentée par un des jeunes élèves, et il y a répondu avec cette bonne grâce qui lui est familière. Il a tenu aussi à inscrire son nom sur le registre de l'école des filles, et à témoigner publiquement de la satisfaction que sa visite lui avait causée.

A cinq heures et demie, une jolie tente dressée derrière la mairie réunissait cent cinquante invités tant du Vésinet que des communes voisines. Au dessert, M. Laurent, maire du Vésinet, a porté un toast à la santé du président de la République et de ses ministres. M. le baron Cottu, préfet de Seine-et-Oise, a répondu. M. Ledru, conseiller du Vésinet, M. Joseph Reinach, M. Valentin, M. le ministre de l'intérieur, M. Frédéric Passy, M. Albert Joly ont parlé successivement. Ils ont trouvé d'heureuses paroles, chaudement applaudies par un auditoire sympathique. Quand M. Lepère, buvant aux habitants du Vésinet et à tout le département de Seine-et-Oise, a dit qu'il connaissait assez ses concitoyens pour être sûr qu'ils n'en voudraient pas au Parlement d'avoir décapitalisé leur chef-lieu [3], une chaude et unanime acclamation lui a répondu. [4]
La journée a été bonne pour la République et pour la cause de l'instruction. Ce sont, à vrai dire, deux causes qui ne se séparent pas l'une de l'autre.


Plan de l'ensemble : Mairie et écoles du Vésinet
Monographie de l'instituteur Emile Debraine, 1899

    Un autre article, publié dans le Rappel [5] apporte un autre éclairage et quelques détails utiles :

    Dans tout le haut du Vésinet, à l'entrée du bois, on a bâti une mairie très élégante, que domine une tourelle légère. De chaque côté s'étendent des bâtiments très bas, assez longs. Ce sont les écoles laïques; derrière, s'élève l'asile de la commune. Voilà près d'un an que les travaux étaient achevés. L'instituteur, M. Thibault, l'institutrice, Mlle Sandras, la directrice de l'asile, Mme Melsens, étaient installés depuis le mois de janvier. Mais l'inauguration n'avait pas eu lieu. Cette cérémonie s'est faite hier avec beaucoup d'apparat. La ville était pavoisée. Sur la place de la mairie nouvelle on ne voyait que mâts, oriflammes trophées. Le balcon de l'hôtel municipal était recouvert de velours à crépines d'or et des illuminations se préparaient partout, officielles et privées.
    A trois heures, les fanfares, qui concouraient depuis le matin en un festival, sont arrivées en corps, avec leurs bannières et se sont massées devant le perron du monument. A tour de rôle, elles se détachaient et jouaient la Marseillaise. Une foule considérable, toute la population, faisait cercle autour d'elles et mêlait ses chants à leurs harmonies. Quand le ministre de l'intérieur a paru, ç'a été un cri unanime de "Vive la République!"
    M. Lepère a été reçu par le maire, M. Laurent et les membres du conseil municipal. Il a répondu aux paroles de bienvenu qui lui étaient adressées par une courte allocution, dans laquelle il a exprimé sa satisfaction de voir s'élever des maisons d'éducation sur tous les points de la France. Il a été chaleureusement applaudi. Puis il a visité l'intérieur des écoles. Il ne pouvait que se montrer heureux de cette inspection. Les salles où la jeunesse du Vésinet étudie sont extrêmement bien distribuées, aérées, spacieuses et claires. Aux murs, des cartes de géographie, sont suspendues. Les pupitres des élèves sont très commodes [6].

    Déjà une petite bibliothèque est formée. Au dehors, un préau convert précède la cour, où les enfants prennent la récréation. Ils étaient tous venus, les chers petits, les cent vingt garçons, les cinquante petites filles, et les cent bébés de l'asile, et ils ont fait une ovation au ministre.
    Toutes les personnes présentes étaient d'accord pour louer l'aménagement de ces locaux qui, en si peu de temps, sont déjà si fréquentés. Les congréganistes du pays font à l'institution une guerre acharnée peu couronnée de succès, comme on voit [6]...

    Voir aussi Ecolier au Vésinet en 1886.

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    Notes et sources

    [1] L'ancien curé du Vésinet, Léon Maret, avait été jugé aux Assises de Seine et Oise le 23 avril précédent pour une affaire de mœurs et condamné à dix ans de réclusion.

    [2] Les bâtiments (la mairie et les écoles) mais aussi le mobilier scolaire étaient dûs à l'architecte vésigondin Louis Gilbert qui obtint pour ce mobilier scolaire une médaille d'argent à l'exposition internationale de 1878.

    [3] Allusion au retour du Parlement à Paris après avoir siégé plusieurs années à Versailles. En 1871, lorsque le Parlement avait été transféré à Versailles, on avait parlé de Paris « décapitalisé ».

    [4] L'article ne mentionne pas la présence d'Alphonse Pallu qui avait quitté ses fonctions de Maire quelques semaines auparavant et n'occupait plus de fonction officielle. Il répondit cependant à l'adresse personnelle du Ministre de l'Intérieur. On peut lire sa réponse iciqui constitue sa dernière intervention publique.

    [5] Le Rappel, n°3427, 29 juillet 1879.

    [6] Allusion aux vives tensions entre le régime en place, républicain laïque, voire anticlérical, et les différentes institutions confessionnelles installées au Vésinet et menacées par la politique de Jules Ferry alors en développement.


Société d'Histoire du Vésinet, 2016 - www.histoire-vesinet.org