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Occupation prussienne au Vésinet

Dès l'annonce de la défaite de Sedan, le 1er septembre 1870 suivie de nouvelles alarmantes sur la progression des troupes prussiennes, un grand nombre des familles qui étaient venues passer la saison estivale au Vésinet, choisit de regagner leur domicile principal - souvent parisien. Des scènes d'exode sont décrites par des témoins, tel Sutter Laumann [1] dans ses mémoires publiés vingt ans plus tard." Ils s'empressaient de rentrer, écrit-il, non parce que la saison était trop avancée, le temps était splendide et présageait un merveilleux automne, — mais parce que les nouvelles augmentaient de gravité." ..."à la gare du Vésinet où nous nous étions rendus pour prendre le train, il y avait foule. Nous dûmes attendre, comme bien des gens, car de Saint-Germain les trains descendaient bondés. On se bousculait. Chaque place était enlevée d'assaut, et je ne sais même pas si l'on prenait des billets."
Les courses hippiques ont cessé au mois de juillet, remplacées durant les mois d'été par des courses de vélocipède. Tout cela va s'interrompre jusqu'à l'automne 1871. Si de nombreux habitants restent sur place, plus aucune animation de vient égayer leur quotidien. Les élections municipales en août, se déroulent normalement. Le préfet ordonne le recensement des ressortissants allemands. On en dénombre quatre sur le territoire du Vésinet : une mère de famille résidant sur la commune de Chatou, deux Wurtembourgeois dans la partie relevant du Pecq, une enfin dépendant de Croissy. Le 5 septembre, le préfet donne l'ordre de faire sauter tous les ponts de la Seine. [2]

La Compagnie Pallu connaît un nouveau revers. Après l'interruption des adjudications publiques en 1865, faute d'acquéreurs en nombre suffisant et quelques années de relatif silence, elle avait lancé en 1869 une importante campagne publicitaire concrétisée par de nombreuses annonces dans tous les grands journaux parisiens. Plusieurs centaines de lots n'avaient pas encore trouvé preneur. Cette tentative de relancer la vente des terrains fait long-feu car, dès le 20 septembre 1870, les Prussiens investissent la presqu'île du Vésinet – comme on la désigne dans les bulletins d'information. Arrivant par Saint-Germain, ils se répandent dans la plaine au bord de la Seine et dans le bois. Ils gardent les ponts, des "ponts de bateaux" qu'ils installent pour remplacer les ponts endommagés. On estime alors à 8 000 hommes la troupe qui a occupé St-Germain puis s'est dispersée alentour. [3]
Le 21 septembre, le 4e bataillon de chasseurs à pied du prince royal de Saxe investit Chatou. Il y demeure jusqu'au 1er décembre puis divers bataillons de la Landwher lui succèdent. Selon un rapport de la préfecture, 2 400 habitants ont quitté le village. [2]

Le Bois du Vésinet, bien que déjà largement défriché, cache un grand nombre de tirailleurs ennemis qui ont ouvert une voie leur permettant de communiquer rapidement avec Montesson et les Carrières-Saint-Denis (actuel Carrières-sur-Seine). La colonie du Vésinet, partagée entre Chatou, Croissy et le Pecq, compte alors quelque 300 maisons principalement dépendant de Chatou, et près de 1300 habitants. Mais les parties boisées sont encore nombreuses et si les officiers prussiens logent dans des maisons réquisitionnées, la troupe pratique le camping sauvage dans les taillis et les prairies.


Campement prussien (1870)

Le 26 septembre, à cinq heures du matin, le Mont-Valérien tire quatre obus "dans les taillis du Vésinet" (sur la commune de Croissy) où s'étaient établis quelque 5 000 fantassins. Les Prussiens tenteront cependant d'édifier à Croissy un petit bastion. Le 10 novembre, un nouveau tir nourri du Mont-Valérien les contraint d'abandonner entièrement leurs travaux. [4]
On peut lire cette anecdote dans le Petit Journal [5]:

Un propriétaire du Vésinet jardinait.
Des cavaliers s'arrêtent à sa porte – surprise ! Ils sonnent – surprise plus grande !
Se trouvant près de la porte, le propriétaire ouvre, et – surprise plus grande encore, il se voit en présence d'un officier de hussards prussiens escorté par quelques cavaliers.

    Qu'y a-t-il pour votre service ? dit le propriétaire.
    Je viens loger chez vous déclare l'officier dans un excellent français.
    Ah ! votre billet de logement, s'il vous plait ?
    Je n'en ai pas, mais je viens loger chez vous.
    Monsieur, vous n'entrerez pas ! dit le propriétaire en se campant devant sa porte, à la façon d'un homme qui veut résolument défendre l'entrée de sa maison.
    Comment ? s'écria l'officier, je n'entrerai pas ? et il dégaine son sabre.
    Non, monsieur, riposte le propriétaire, qui a eu le temps de s'emparer d'une fourche à portée de sa main, non, monsieur, vous n'entrez pas chez moi sans billet de logement.

Cette attitude ferme et calme, menaçante et audacieuse autant que l'était celle de l'officier prussien, et ayant, en plus, le bon droit de son côté, déconcerte l'officier, qui se retire en proférant des menaces contre le propriétaire et le pays où il recevait un accueil aussi peu chaleureux et en disant qu'on n'allait pas tarder à avoir de ses nouvelles. Et ses nouvelles, l'incartade sus-relatée aidant, ont été l'envoi de trois cents hommes au Pecq-Vésinet où l'on ne comptait qu'un poste de vingt hussards à peine. Certainement c'est une singulière façon de reconnaître les plus vulgaires éléments de la justice et du droit ; mais quand on est vainqueur, à quoi bon la justice ? à quoi bon le droit !

Si l'anecdote est vraie, les soldats prussiens de 1870 étaient plus "civils" que leurs prédécesseurs de 1815 qui avaient laissé dans la région de bien sinistres impressions par leur comportement brutal et sanguinaire qui a beaucoup fait pour la Haine du Boche qui perdurera durant 150 ans. On rapporte cependant dans les communes avoisinantes (Chatou, Bougival), des cas de citoyens récalcitrants ... fusillés séance tenante.

L'Asile impérial, malgré les protestations des autorités civiles, a été contraint d'accueillir une ambulance de l'armée française qui, dès le 15 septembre 1870, reçoit un premier convoi de 50 blessés qui sont « installés à l'Asile du Vésinet dans les meilleures conditions possibles. Les propriétaires et habitants de la circonscription du Vésinet rivalisent entre eux de zèle pour offrir des appartements ou des parties de maison, où les blessés pourront être reçus et recevoir les soins particuliers de chaque famille. » [6]
Dès son arrivée, l'occupant Prussien expulse vers Metz les blessés et les médecins de l'ambulance et s'empare de son matériel. Les médecins de l'Asile protestent énergiquement. C'est en particulier le cas du docteur Emile Chairou, médecin chef. « Au moment où Paris allait être investi, le docteur Chairou refusa de quitter ses malades et resta au milieu des Prussiens qui remplirent son hôpital de leurs blessés. Il ne s'effraya pas d'une pareille tâche, et se mit à soigner Prussiens et Français avec le même dévouement. Mais, il arriva que les Allemands l'accusèrent de négliger leurs malades pour ne s'occuper que de ses compatriotes. M. Chairou fut un moment sur le point d'être fusillé, et ne dut son salut qu'à une attitude énergique. C'est à la suite de ces faits qu'on l'a honoré d'une croix qu'il a certes bien méritée. » [7]

La guerre se résume alors à un échange de tirs au canon. Les perfectionnements techniques font que désormais, on tire sur un ennemi trop loin pour être vu ! Ainsi, un petit bastion édifié par les sapeurs prussiens à Croissy est sans cesse bombardé d'obus tirés du Mont-Valérien, largement au jugé. Un officier français commente [8]:

... Je constate qu'en effet il faut être doué d'une vue à part pour voir à cette distance et, dans cette vaste plaine, savoir où envoyer un projectile ailleurs que dans la lune.

    – Du reste, ici, continue mon aide de camp, nous avons tous de bons yeux, et le matin, quand il n'y a pas de brume, nous distinguons parfaitement les Prussiens manœuvrant dans le champ de courses du Vésinet ; nous pouvons même dire quelles manœuvres ils exécutent !

    – Mais, fais-je ahuri, où prenez-vous le champ de courses du Vésinet ?

    – Là-bas, devant Saint-Cloud, sur le bord de la Seine. Voulez-vous ma longue-vue ?

    – Non, merci. Au moins, comme cela, je vois du bleu, c'est toujours moins triste que du noir. Mais, quant au Vésinet, va te promener !

    – Vous n'êtes pas myope ?

    – Je l'espérais encore tout à l'heure, mais à présent !

Réellement, à contempler cette immensité, le vertige vous prend, et cette guerre à distance où l'ennemi ne se voit pas et se devine à peine, est effroyable.

Des patrouilles, composées de vingt à trente uhlans, circulent incessamment dans toute la presqu'île du Vésinet et visitent Argenteuil, Bezons, Houilles, Carrières-Saint-Denis, Chatou, Croissy, le Vésinet, Montesson et Sartrouville. En exécution de l'arrêté du prince Albert de Saxe, commandant des troupes d'occupation, la possession des armes est interdite aux habitants de ces localités. Le couvre-feu est imposé à partir de 20 heures. Les patrouilles visitent les villages et on assure que l'autorité prussienne a pris cette mesure à la requête de la population qui se plaignait des réquisitions qui lui étaient imposées.
Un reporter note dans son carnet [9]:

... Avoir fait faire un laissez-passer à Enghien pour le département de l'Eure. Passé par St-Gratien, Argenteuil, Sannoy. Le moulin d'Orgemont est gardé par les Prussiens. Le service d'Argenteuil est fait par la Garde nationale. Les habitants sont tous dévoués à notre cause. Bezons, même renseignement. Le Vésinet tenu par les Prussiens. Pour parvenir au Pecq l'on passe par le bac ou batelet. Le passage s'effectue facilement au Pecq. Gardiens de la paix, gendarmes et régiments de toutes armes. Il faut avoir un laissez-passer ; on est fouillé jusque dans les parties cachées. Nous avons passé avec un batelet, le maître se nomme Têtu Dura (du Pointi St-Denis) maître-pêcheur. Arrivé à 11 heures du soir à la Machine de Marly ; passé la nuit à 40 mètres de la machine. St-Germain occupé à peu près par 3500 hommes de toutes armes. Démoralisés, les habitants le sont aussi, la ville a l'air en deuil.
Les vivres ne peuvent pas sortir. Les gens de la campagne sont outrés, ils ne savent que faire de leurs denrées. Arrivés à la porte de St-Germain il faut aux paysans des laissez-passer, signés de leur maire ; la plupart remportent leurs marchandises.
Notre travail ne peut pas se faire au moyen des clefs anglaises. Mais si nous pouvions avoir du picrate de potasse nous pourrions peut-être faire sauter la machine, quoique des patrouilles passent de quart d'heure en quart d'heure. Marly, Malmaison, Rueil et Nanterre sont occupés environ par 6 000 hommes. Il y a de l'artillerie active et jusqu'à de l'artillerie Schœcher et les hauteurs de Bougival-Louveciennes sont gardées par l'artillerie.
Il y a un parc d'artillerie à la Malmaison. Je n'ai pu me rendre compte de l'importance du parc. Nous avons couché deux nuits dans les bois de Poissy et de la Malmaison et une nuit dans les bois du Vésinet. Nous sommes revenus sur Paris par la même route.

Entre Saint-Germain et Asnières, les sinuosités de la Seine forment deux méandres qu'on appelle alors "presqu'îles". La plus rapprochée de Paris, est dite la presqu'île de Gennevilliers. Beaucoup moins urbanisée que de nos jours, elle apparaît comme une plaine absolument plate, au milieu de laquelle s'élève le village de Gennevilliers. L'autre est notre Boucle qui fait face à Saint-Germain. A Bougival, de l'autre côté du fleuve, campent des Badois et des Bavarois. Les avant-postes de ce côté sont établis entre Rueil et Bougival. La route n°13 (qui n'est plus impériale depuis le 4 septembre), est coupée en avant de la Malmaison par une énorme barricade, fortifiée de canons, et derrière laquelle s'abrite l'artillerie badoise.
Dans le village de Rocquencourt, sur la route de Saint-Germain à Versailles, s'est établi le quartier général des corps qui occupent la Celle-Saint-Cloud, Bougival, et qui se répandent en avant-postes jusque dans notre presqu'île. Les officiers de l'état-major ennemi peuvent, de là, voir jusqu'à Saint-Denis les différents points où leurs troupes sont campées, et leur envoyer les ordres qu'exigent les circonstances. Ils sont, de plus, en relations constantes avec Versailles. Sur une petite hauteur, près du village de Montesson, les Prussiens ont essayé de se fortifier. Ils ont voulu établir à Montesson une redoute et des batteries, mais ils comptaient sans la longue portée de l'artillerie du Mont-Valérien. Ces batteries ont du être démontées. [10]
La Valérienne, énorme canon de marine, pouvait atteindre la terrasse de Saint-Germain à 9 km. On cite les résultats de trois canonnades de cette gigantesque pièce : Le premier coup fut visé sur l'arbre dit Orme de Sully, près de la ferme du Vésinet et porta non loin du pont de bateaux ennemi, en tuant par ces éclats deux vedettes prussiennes. Le second obus arriva au pied de la Terrasse, dans le cimetière du Pecq. Le troisième obus tomba dans le bois du Vésinet, sur un convoi dans lequel il jeta un certain désarroi. Mais les tirs de l'artillerie du Mont-Valérien firent aussi des dégâts "collatéraux". L'Eglise de Chatou fut presque entièrement détruite ainsi que le presbytère voisin et quelques bâtiments alentour. Dans la journée du 19 janvier, par suite du dégel, les chemins étaient impraticables. L'artillerie que les Prussiens faisaient avancer à travers le Vésinet pour contenir une offensive des troupes françaises sur la rive gauche de la Seine, vers Bougival, progressait péniblement sous le regard de quelques témoins goguenards. [11]

Après l'armistice signé le 28 janvier 1871, la situation se détend hors de Paris où commence l'insurrection et certains parisiens ou proches banlieusards préfèrent venir au Vésinet pour s'éloigner des combats et bientôt de la Commune. Ce sera le cas de Georges Bizet qui, revenant au Vésinet avec sa jeune épouse, note dans sa correspondance : "Nous sommes ici campés, sans livres, sans effets et pas moyen de rentrer à Paris." Et quelques jours plus tard : "... Nous sommes ici tout à fait en sûreté, hélas ! ... Au Vésinet, les Prussiens sont chez eux, leurs patrouilles se multiplient, mais nous n'en sommes pas incommodés."
Un autre témoignage est celui d'un propriétaire du parc du Vésinet qui a demandé et obtenu peu après l'armistice, un laisser-passer pour aller visiter sa maison et pouvoir constater l'état dans lequel se trouvaient son jardin, ses meubles, sa cave, ses provisions diverses. [12]

Lorsqu'il arriva dans le parc, il put constater qu'en général les maisons ne semblaient pas avoir été saccagées, mais toutes ont été fouillées et plus on moins pillées seulement le pillage a été entendu de diverses façons. Ainsi le propriétaire a retrouvé intacte une cave garnie de fort bon vin; pas une bûche ne manquait, pas une pomme de terre n'avait été enlevée en revanche, toutes les armoires et tous les meubles à tiroirs étaient forcés;- s'ils avaient résisté ils étaient brisés; les autres meubles intacts le linge, des quantités de robes de femme et d'enfant, des petites layettes avaient été emportées jusqu'au dernier morceau; on voyait que le pillage avait dû être fait par quelque bon père de famille qui pensait à sa femme, à ses filles, à son petit dernier. c'est touchant enfin !
Des pendules, il n'avait pu en trouver le pauvre bon soldat de landwher ; on avait déjà signalé le goût tout particulier des Prussiens pour ce meuble que remplace chez eux le coucou de la Forêt-Noire. On avait eu le soin de les enlever, et de les ramener à Paris. A part cette razzia de linge et de garde-robe opérée violemment dans les meubles, la maison et le jardin étaient en parfait état aussi son propriétaire a-t-il assez vite pris son parti. Il s'attendait à bien pis.

Les archives de Chatou conservent quelques témoignages de "pillage": quelques bouteilles de vin ici, de la vaisselle là.
Après la signature des préliminaires de paix, en mars 1871, un bac provisoire à usage civil est mis en place, permettant de nouveau des échanges entre la presqu'île et les villes avoisinantes. Le pont ferroviaire entre Rueil et Chatou est réparé en deux mois (juillet-août 1871), et la continuité de la ligne rétablie.

A mesure que les Prussiens évacuent les environs de Paris, les chasseurs sont autorisés à reprendre les armes et à faire parler la poudre et « à se venger ainsi sur le gibier, très nombreux cette année, du long silence auquel la guerre les avait condamnés. » Quelques détails sur la richesse giboyeuse de la banlieue parisienne sont donc à ce moment d'actualité : Le lièvre et le lapin, ce dernier surtout, sont assez abondants au nord du Vésinet et dans les plaines de Cormeilles, de Houilles, de Sannois et de Montesson, à Carrières à Maisons ; aux abords de la forêt de Saint-Germain, les faisans, les perdreaux et les lapins, échappés du domaine national, se montrent en grande quantité. On chasse des perdreaux et des grives dans les bosquets de Montaigu, les vignes de Fourqueux, de Mareil et en général de tous les environs de la foret de Marly. Enfin les lapins affectionnent particulièrement les coteaux de Chennevières et de Champigny. [13]

Aphonse Pallu tira ses propres enseignements des dramatiques épisodes que la guerre franco-prussienne avait déclenché dans la société française. Il publia un mémoire, intitulé La Souveraineté nationale et les réformes sociales en juin 1871. Moins d'un an plus tard, une nouvelle campagne publicitaire illustrée par l'article de commande ci-dessous, [14] était lancée par la Compagnie Pall tandis que les préparatifs de l'érection en commune reprenaient avec le dépôt le 27 juin 1872 de l'acte d'abandonnement de MM. Pallu & Cie au profit de la future commune [15].

Le Vésinet,
Cette fois, si vous le voulez bien, nous ferons ensemble une petite promenade au Vésinet. Je n'ai pas besoin d'ajouter que les trains y vont d'heure en heure, jusqu'à minuit et demi, en trente minutes tout au plus, — juste le temps d'une course moyenne dans Paris. Autrefois, on y chassait comme dans les autres forêts autour de Paris. Il y avait des ravins sauvages et de grandes mares pour emmagasiner l'eau des pluies. La chronique assure même qu'on y assassinait de temps en temps, quand les maréchaussées oubliaient de diriger leurs tournées vers ces coins déserts.
Depuis, les choses ont changé d'aspect. A travers le bois, on a percé des routes, des allées et des contre-allées ; on a creusé des rivières qui ont des resauts et s'en vont mourir dans cinq grands lacs, avec de vrais poissons pour y pécher. Le chemins de fer a deux stations, à l'entrée et à la sortie. C'est charmant. Sur ces terrains aux trois quarts vendus on a bâti des villas de tous les styles et pour tous les goûts; on a construit un village avec église, maison d'école, et bureau de poste. Tous les besoins ont été prévus. Pour les jours de fêtes hippiques, on possède un champ de courses qui fait déjà parler de lui, même en bien, malgré les mauvaises langues dont le besoin est de dénigrer.
Que vous dirai-je de plus ? le reste, vous le savez : tout autour, pour encadrement, on a les coteaux de Marly, de Louveciennes, de Bougival et de Saint-Germain, qui font des horizons bleus au travers des chênes, et, par surcroît, la Seine à côté.
Il me reste encore une chose à dire: on a prétendu que le sol du Vésinet ne se prêtait pas, ou se prêtait mal, à la culture des jardins. Allez voir ces parcs où tout pousse admirablement, et vous saurez si l'on a raison. Pendant les pluies, en toute saison, vous pourrez sortir sans sabots ni souliers à clous, parce que cette terre qu'on décrie ne retient pas l'humidité. Le soi-disant mal qu'on lui reproche devient un bien quand il s'agit de villégiature. Vous trouverez enfin, dans un air salubre, tous les agréments que l'on recherche à la proximité de nos boulevards. Que veut-on de plus ?
Quant à moi, pour prêcher d'exemple, j'ai planté ma tente dans cette oasis, et, si j'en parle avec des éloges, c'est que je sais ce que je dis.
Jules Varnier.

***

    [1] Sutter Laumann, Histoire d'un trente sous (1870-1871) chez A. Savine, Paris, 1891.

    [2] Pierre Arrivetz, Chatou de Louis Napoléon à Mac-Mahon 1848-1878, Editions Alan Sutton, 2005. Chatou compte alors un peu plus de 3000 habitants.

    [3] La Dépèche, n°15, 20 septembre 1870 et Le Rappel, 24 septembre 1870 (n°469); 11 novembre 1870 (n°517). On parle le plus souvent de "Prussiens" mais il semble que les occupants de notre territoire aient été plutôt des Les Wurtembourgeois et les Saxons.

    [4] Le Rappel, n°517, 11 novembre 1870.

    [5] Sottise d'un officier prussien dans Le Petit journal 11 mai 1871.

    [6] La Concorde, 15 septembre 1870.

    [7] Le Figaro, n°222, 21 octobre 1871. Emile Chairou (1832-1883) fut promu chevalier de la Légion d'Honneur le 15, octobre 1871.

    [8] Le Rappel, n°483, 8 octobre 1870.

    [9] La Pensée, Paris, n°132, avril 1967.

    [10] Paris insurgé, histoire illustrée des événements accomplis du 18 mars au 28 mai 1871, Bragelonne, 1872.

    [11] E. Viollet-le-Duc, Mémoire sur la défense de Paris: septembre 1870-janvier 1871, Vve A. Morel (Paris) 1871.

    [12] Le Gaulois, n°949, 9 février 1871.

    [13] Le Petit Journal, n°3031, 20 avril 1871.

    [14] Le XIXe siècle, numéro 132, 2e année, 27 mars, 1872 ... et quelques autres titres...

    [15] Cet acte d'abandonnement sera suivi et entériné le 11 février 1876 par l'acte d'acceptation de la nouvelle commune du Vésinet.


Société d'Histoire du Vésinet, 2013 - www.histoire-vesinet.org