D'après Le Vésinet et ses environs - D. Thibault & G. Deloison, Histoire, Administration, Commerces, 1892.

Syndicat des propriétaires & principaux locataires du Vésinet

Cette Association, constituée conformément à la loi du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels, a été fondée en 1891, sur l'Initiative de Me Georges Deloison, avocat à la Cour d'appel de Paris; Elle avait pour but, d'après l'article 1er de ses statuts:

    - 1° La défense, l'amélioration, le développement général et particulier de la propriété du Vésinet ;

    - 2° L'examen des charges qui la grèvent ;

    - 3° L'établissement d'un centre d'action à l'effet de faciliter les relations entre propriétaires; provoquer et poursuivre l'étude de toutes les questions intéressant la propriété; solliciter auprès de Etat, de l'administration préfectorale, du Conseil général, du Conseil d'arrondissement, du Conseil municipal, des Chambres législatives et de toutes sociétés particulières, toutes les réformes pouvant améliorer les intérêts immobiliers, donner tous les renseignements sur toutes les questions intéressant la propriété;

    - 4° La conciliation ou l'arbitrage par l'intermédiaire du Syndicat, de toutes les difficultés pouvant s'élever entre les propriétaires adhérents ou avec des tiers;

    - 5° L'union, dans les termes de l'art. 5 de la loi du 21 mars 1884, avec d'autres syndicats de propriétaires, pour la défense des intérêts généraux de la propriété.

Le nombre des membres était illimité. La cotisation annuelle était à l'origine 12 francs au minimum. Nul ne pouvait faire partie de l'Association sans avoir été, au préalable, agréé par le Conseil. Il fallait être majeur et propriétaire ou locataire principal au Vésinet, et être présenté par deux sociétaires. Les adhésions des propriétaires du sexe féminin étaient reçues.
Le syndicat était administré gratuitement par un Conseil. La composition du premier Conseil (1891) était la suivante :

    Président d'Honneur: M. le commandant Hériot

    Président : M. G. Deloison, avocat à la Cour d'appel de Paris, conseiller municipal

    Vice - Présidents: M. Grimprel, directeur de la compagnie d'assurances sur la vie "La Nationale" ; M. Sauvalle, directeur de la Société du Vésinet.

    Secrétaire: M. de Casteran, docteur en droit

    Trésorier: M. Gilbert, architecte

    Administrateurs: MM. Buret, Cappe, Drevet, Dufresne, Finaly, Gaumard, Lachèvre, Limozin, Lippmann, Mimerel, Ozanne, Raffegeau.

Constitué à la date du 30 avril 1891, le Syndicat a pris aussitôt un rôle important dans la sphère d'action qui lui était assignée. Il s'est livré à l'étude approfondie des questions touchant à l'amélioration du Vésinet. Il a fourni son concours financier pour l'extension de l'éclairage sur le territoire de la commune. Le service de l'enlèvement des ordures fut organisé à son initiative.
Enfin, il usa de toutes les influences dont il pouvait disposer pour hâter la réalisation de projets formés depuis longtemps, tels que : l'établissement d'une gare de petite vitesse au Pecq, la réfection de la passerelle de la gare du Vésinet, etc. Les réclamations formées par un certain nombre de ses membres contre l'impôt sur les propriétés bâties ont été centralisées par ses soins. II a réussi à obtenir des dégrèvements importants dès sa première année d' existence. Il devait constituer pour le Vésinet, un précieux organe de perfectionnements.

L'éloge funèbre, prononcé par le Bâtonnier Bourdillon dans le discours de rentrée du 5 décembre 1904 et publié dans le Bulletin annuel de l'Association amicale des secrétaires et anciens secrétaires de la Conférence des avocats à Paris, de 1904, nous fournit une biographie de Me Deloison, le président fondateur du Syndicat des propriétaires :

Deloison Julien Georges (1846-1903)

Les cruelles souffrances que, depuis deux années, DELOISON endurait avec un rare courage, ont pris fin le 5 octobre [1903].
C'est la seule consolation que puissent accepter les chaudes et profondes affections qu'il avait inspirées. Il est difficile d'imaginer vie plus active, intelligence plus ouverte, nature plus loyale. Le Barreau, la politique, l'étude des questions sociales l'ont simultanément absorbé.
Fils d'un notaire de Brie-Comte-Robert, Deloison naquit dans cette petite ville, le 25 janvier 1846. Il fit ses humanités au Lycée Henri IV, son Droit et un long stage dans une étude, puis il prêta serment le 12 août 1870, et alla se battre avec une vaillance qui lui valut d'être proposé pour la médaille militaire.
Il nous revint, prêt à recueillir les fruits de sa studieuse jeunesse. Ses attaches familiales, son mariage avec la fille d'un des avoués les plus justement estimés de Paris, lui amenèrent, dès ses débuts, d'importantes clientèles, dont son mérite se chargea ensuite d'assurer la fidélité. Et c'est ainsi que, pendant trente années, nous l'avons vu supporter allègrement un très rude labeur.
De haute taille, la poitrine développée, la démarche ferme et sûre, la voix forte et le geste mesuré, Deloison, dans toute sa personne, respirait la franchise et provoquait la sympathie. Sa dialectique était redoutable, son esprit toujours en éveil et plein de ressources.
Désireux de convaincre le juge bien plus que de le séduire, il s'exprimait en termes simples et clairs, évitant, avec un soin égal, l'incorrection du langage ou sa préciosité.

Vous avez récompensé ces qualités maîtresses, que relevait encore la plus scrupuleuse délicatesse. Vos suffrages ont porté Deloison au Conseil, où il a siégé de 1897 à 1901. Sans négliger ses absorbantes occupations du Palais, il trouva le temps de faire une énergique incursion dans le domaine de la politique.
Candidat en Seine-et-Oise, aux élections législatives de 1898, il maintint sur la brèche le drapeau des modérés, avec une ténacité dont ses adversaires ne furent pas sans s'alarmer ; mais la victoire ne récompensa pas sa généreuse ardeur. Il n'en conçut nul découragement et continua, dans le rang, les efforts qui lui permettaient d'espérer le succès de son parti.
Son activité n'était point satisfaite. Les questions intéressant la fortune immobilière attirèrent son attention. Il les étudia et les défendit avec la chaleur qu'il apportait dans toutes les causes qui lui paraissaient justes.

Président de l'Union des chambres syndicales des propriétés bâties de France, ainsi que du Conseil judiciaire du Syndicat de Paris, président des congrès de Nantes, en 1899, et de Nice, en 1901, Deloison a montré dans ces occasions multiples une remarquable sagacité.
La haute situation qu'il s'était ainsi faite lui a permis de donner aux jeunes confrères qui l'entouraient des preuves certaines de son affectueuse sollicitude. Il les a appelés à prendre une part active à la croisade qu'il dirigeait contre certaines exigences administratives, qui lui semblaient excessives, et, lorsque les premières atteintes d'un mal inexorable l'eurent condamné à l'inaction, il eut, du moins, la satisfaction très douce de remettre entre leurs mains la défense des intérêts communs.
Sa plume, comme sa parole, a été féconde. Il a écrit un Traité des Sociétés commerciales françaises et étrangères et un ouvrage intitulé : les Valeurs mobilières françaises et étrangères et les opérations de Bourse. Là encore, il nous a donné toute la mesure de sa science juridique [1, 2].
Le sort des malheureux ne pouvait le laisser indifférent, et ce serait entreprendre une énumération bien longue que de rappeler les nombreuses sociétés philanthropiques dont il dota le Vésinet, où il goûtait avec joie un repos si justement gagné [3].
Deloison a vu, sans faiblesse, la mort s'approcher lentement. Il s'est successivement démis, malgré les plus amicales supplications, de tous les postes de combat où-il lui était désormais impossible de lutter.
Puis, il s'est éteint au milieu de sa famille, laissant comme consolation suprême à sa veuve et à ses enfants (que des liens intimes rattachent encore au Palais) le souvenir d'une très belle vie, constamment inspirée par l'amour du travail et le souci de la dignité. De par sa volonté formelle, ses obsèques ont été silencieuses. Nulle parole n'est venue troubler la paix sereine du cimetière de campagne où notre cher confrère dort son dernier sommeil.

En 1920 le Syndicat des Propriétaires du Vésinet changea de statut et se constitua en association sous le régime de la loi du 1er juillet 1901. Ses nouveaux statuts furent déposés à la Préfecture de Seine-et-Oise, à Versailles, le 22 avril 1920. Un an plus tard, l'association signa avec la Société des Terrains et Eaux du Vésinet une convention, faisant évoluer les dispositions prises par la Compagnie Pallu dans le Cahiers des Charges de 1863, vis-à-vis des acquéreurs.

En 1932 Le Syndicat des propriétaires du Vésinet fut approché par le Syndicat d'initiative à propos d'une demande de classement du site [lettre adressée à M. Ozouf, Président du syndicat des propriétaires], lettre qui se terminait par l'appel suivant: "Pour mener à bien cette œuvre d'intérêt général, il semble que le moment soit venu pour votre syndicat de manifester, par un vote de son conseil, son approbation à l'égard des efforts poursuivis par le Syndicat d'initiative et confirmant que les propriétaires du Vésinet les suivent avec intérêt et sont entièrement d'accord avec nous dans le désir de les voir aboutir".
Le président Ozouf répondit le 15 avril 1932 "J'ai le plaisir de vous faire connaître que, dans sa dernière séance, notre conseil a pleinement approuvé votre requête et a émis le vœu que la Commission départementale des monuments naturels et des sites décide l'inscription du territoire de la commune du Vésinet à l'inventaire prévu à l'article 4 de la loi du 2 mai 1930."

A la suite de cette initiative commune, les deux Syndicats restèrent étroitement associés à la vie municipale. Pour le Syndicat des propriétaires, cette association se prolongea jusqu'aux dernières années du XXe siècle. Pour le Syndicat d'Initiative, elle dure encore.

    [1] On trouve dans "Au fil des jours", livre de Georges Clemenceau (1900), de nombreuses citations ou allusions à Georges Deloison, un adversaire politique.

    [2] En 1892, Georges Deloison signa avec Désiré Thibault, ancien instituteur, un ouvrage intitulé "Le Vésinet et ses environs, Histoire, Administration, Commerces" dont le Syndicat des propriétaires finança la publication. L'ouvrage reprenait largement le contenu d'un manuscrit laissé trois ans plus tôt par l'Instituteur.

    [3] Il était domicilié à Paris, au n°67, rue de Miromesnil (VIIIe), pour des raisons professionnelles mais il demeurait le plus souvent au Vésinet, au n°1, route de La Borde où il est mort.

     


Société d'Histoire du Vésinet, 2011- www.histoire-vesinet.org